Peu de chefs d'Etat dans le monde disposent d'autant de pouvoirs que leur homologue français, lequel est élu sur son seul nom - aux Etats-Unis, par exemple, le président est désigné par des grands électeurs. C'est une histoire que les Français aiment. La participation se situe autour de 80 %, et jusqu'à 85,85 % au second tour de l'élection de 1981. C'est peut-être une histoire en train de s'achever, un modèle qui a fait son temps, comme le serait un chef de l'Etat incapable, bien malgré lui, de solliciter un second mandat au terme de cinq années passées au sommet. Président, ce n'est plus ce que c'était : on en voit même d'anciens qui trébuchent au premier tour d'une simple primaire.
...

Peu de chefs d'Etat dans le monde disposent d'autant de pouvoirs que leur homologue français, lequel est élu sur son seul nom - aux Etats-Unis, par exemple, le président est désigné par des grands électeurs. C'est une histoire que les Français aiment. La participation se situe autour de 80 %, et jusqu'à 85,85 % au second tour de l'élection de 1981. C'est peut-être une histoire en train de s'achever, un modèle qui a fait son temps, comme le serait un chef de l'Etat incapable, bien malgré lui, de solliciter un second mandat au terme de cinq années passées au sommet. Président, ce n'est plus ce que c'était : on en voit même d'anciens qui trébuchent au premier tour d'une simple primaire. " Je suis l'homme le plus haï de France, cela me donne une petite chance, n'est-ce pas, d'être un jour le plus aimé ", remarquait, à la fin des années 1960, François Mitterrand, avant de devenir le " plus long " de tous les présidents (quatorze ans). Quelle époque ! Quelle épopée ! Mais personne ne pensera que l'Elysée est un enfer. En cette première semaine de 2017, à quelque cent jours de l'échéance, on fait la queue. Ce ne sont pas les Journées du patrimoine, c'est le début de l'élection présidentielle, et on dénombre près d'une cinquantaine de prétendants. Entre ici, cher président - la première femme se fait encore attendre... Le bureau se situe désormais au premier étage ; un huissier vous y conduira. Jacques Chirac, en 1995, a la surprise de le trouver dans l'état où il était lors du départ de De Gaulle - une attention de François Mitterrand. Douze ans plus tard, dans cette même pièce, Chirac ose une suggestion à Nicolas Sarkozy : " Ne prends pas Bernard Kouchner au gouvernement ! " Le nouvel entrant le nommera deux jours plus tard. En 2012, c'est en regardant une chaîne... sportive que Nicolas Sarkozy attend François Hollande. Le président " normal " ne prête guère une oreille attentive lorsque son prédécesseur, dans le secret de leur tête-à-tête, lui raconte la violence des attaques sur sa vie privée sur les réseaux sociaux. Hollande est persuadé, à tort, que lui saura y échapper. Un futur suit rarement le conseil d'un ex. Et jamais ses avertissements. " Vous avez de beaux chiens, prenez garde qu'ils ne les bouffent pas tous ", demande François Mitterrand à Jacques Chirac, en songeant au couple de colverts présent dans les jardins. En vain : à l'automne suivant, Mascou, le labrador de Chirac, goûte au canard. Double portion. On sous-estime toujours à quel point la politique est un univers sans pitié. Par Eric Mandonnet.