Pour un certain nombre d'observateurs, le départ du Royaume-Uni de l'Union européenne - et donc de l'immense majorité des anglophones de langue maternelle - devait remettre en cause l'ultra-domination de la langue anglaise au sein des institutions européennes. Les plus optimistes envisageaient même son remplacement pur et simple par le français, ce qui aurait en quelque sorte constitué un retour aux origines, lorsque notre langue était prépondérante.

?

Force est pourtant de constater que, depuis le Brexit, rien ne semble avoir beaucoup changé concernant l'usage des langues dans les arcanes européens. Le poids des habitudes et l'ampleur de l'effondrement de l'usage des autres langues - dont le français en particulier - expliquent sans doute cet immobilisme. Effondrement qui trouve sa genèse lors de l'adhésion, en 1995, des pays scandinaves à l'Union européenne, puis lors de l'élargissement de 2004 aux pays de l'Est.

En 2019, comme le signale le rapport sur le multilinguisme en Europe présidé par Christian Lequesne, 3,7 % des documents de la Commission européenne envoyés en traduction avaient le français comme langue source, contre 85,5 % pour l'anglais. Vingt ans plus tôt, on comptait encore 34 % des documents qui avaient pour langue source le français. Au Conseil, 2 % des documents rédigés avaient pour langue originale le français, contre 95 % en anglais (les 3% restant se partageaient entre les autres langues officielles de l'UE). Que dire encore du Parquet européen - nouvelle instance en charge de la répression des fraudes financières portant atteinte au budget de l'Union européenne - qui ne dispose que d'une seule langue de travail, à savoir l'anglais naturellement ?

Au regard de la disproportion des forces, l'idée d'utiliser d'autres langues que l'anglais au sein des institutions européennes pourrait passer comme passéiste et saugrenue, voire comme inopérante. Pourtant, si la situation du Parlement européen permet de nuancer quelque peu ce sombre panorama, c'est du côté de la Cour de justice de l'Union européenne que se trouve la preuve qu'une autre réalité est possible : le français continue en effet d'y être la langue de communication interne. Ainsi, tant les arrêts que les avis y sont traditionnellement rendus en français, des traductions étant ensuite disponibles dans toutes les langues...

Sur le plan des principes, n'oublions pas trop vite que le multilinguisme est un des socles de la construction européenne. Sachant que sur un site internet comme celui de la Commission européenne, le multilinguisme n'est franchement pas d'usage, comment peut-on rencontrer cette exigence de base voulant que chaque citoyen puisse interpeller les institutions dans sa langue maternelle ? L'utilisation quasi exclusive de l'anglais ne peut que contribuer à couper un lien déjà trop distendu entre l'Europe et les peuples. Que fait-on désormais de la devise de l'Union Européenne : "Unie dans la diversité" ?

Tout cela étant dit, il n'échappera à personne que la tendance à l'unilinguisme anglais ne s'infléchira pas sans une volonté politique ferme. Celle-ci est singulièrement attendue de la France, qui déplore le déclin de sa langue au sein des institutions européennes bien que, par le passé, elle n'ait pas toujours fait preuve de toute la détermination possible pour y remédier. Or, le Gouvernement français proclame depuis plus d'un an que la présidence française de l'Union européenne, qui débute en janvier, sera un levier pour la francophonie et plus largement pour le multilinguisme en Europe. Il est vrai que laisser passer cette présidence tournante de six mois sans faire avancer la question de l'usage des langues dans les institutions européennes laisserait entrevoir qu'aucune évolution - même modeste - ne pourrait être envisageable en la matière, et cela pour très longtemps. En effet, la conjonction du Brexit - encore proche - et d'une présidence française ne risque pas de se représenter de sitôt.

La France, comme l'ensemble des pays francophones européens, ne peut ignorer que c'est en misant sur des avancées collectives sur le multilinguisme que le français perdurera dans les enceintes européennes.

Le monolinguisme anglais n'est pas une fatalité, comme en atteste le rapport Lequesne - déjà mentionné, qui souligne qu'il n'est pas trop tard pour relancer le multilinguisme au sein des instances européennes. Gageons que, conformément aux engagements du Ministre-Président Pierre-Yves Jeholet, le Fédération Wallonie-Bruxelles apportera sa pierre à ce vaste et laborieux édifice.

A l'heure où les populismes émergent partout en Europe et alors même que jamais les citoyens ne se sont sentis si éloignés des institutions européennes, un renforcement du respect de la pluralité des langues et des cultures des peuples européens serait assurément un moyen de renouer avec les valeurs fondamentales du projet européen, qui proclame l'unité dans la diversité.

Pour un certain nombre d'observateurs, le départ du Royaume-Uni de l'Union européenne - et donc de l'immense majorité des anglophones de langue maternelle - devait remettre en cause l'ultra-domination de la langue anglaise au sein des institutions européennes. Les plus optimistes envisageaient même son remplacement pur et simple par le français, ce qui aurait en quelque sorte constitué un retour aux origines, lorsque notre langue était prépondérante. ?Force est pourtant de constater que, depuis le Brexit, rien ne semble avoir beaucoup changé concernant l'usage des langues dans les arcanes européens. Le poids des habitudes et l'ampleur de l'effondrement de l'usage des autres langues - dont le français en particulier - expliquent sans doute cet immobilisme. Effondrement qui trouve sa genèse lors de l'adhésion, en 1995, des pays scandinaves à l'Union européenne, puis lors de l'élargissement de 2004 aux pays de l'Est. En 2019, comme le signale le rapport sur le multilinguisme en Europe présidé par Christian Lequesne, 3,7 % des documents de la Commission européenne envoyés en traduction avaient le français comme langue source, contre 85,5 % pour l'anglais. Vingt ans plus tôt, on comptait encore 34 % des documents qui avaient pour langue source le français. Au Conseil, 2 % des documents rédigés avaient pour langue originale le français, contre 95 % en anglais (les 3% restant se partageaient entre les autres langues officielles de l'UE). Que dire encore du Parquet européen - nouvelle instance en charge de la répression des fraudes financières portant atteinte au budget de l'Union européenne - qui ne dispose que d'une seule langue de travail, à savoir l'anglais naturellement ?Au regard de la disproportion des forces, l'idée d'utiliser d'autres langues que l'anglais au sein des institutions européennes pourrait passer comme passéiste et saugrenue, voire comme inopérante. Pourtant, si la situation du Parlement européen permet de nuancer quelque peu ce sombre panorama, c'est du côté de la Cour de justice de l'Union européenne que se trouve la preuve qu'une autre réalité est possible : le français continue en effet d'y être la langue de communication interne. Ainsi, tant les arrêts que les avis y sont traditionnellement rendus en français, des traductions étant ensuite disponibles dans toutes les langues... Sur le plan des principes, n'oublions pas trop vite que le multilinguisme est un des socles de la construction européenne. Sachant que sur un site internet comme celui de la Commission européenne, le multilinguisme n'est franchement pas d'usage, comment peut-on rencontrer cette exigence de base voulant que chaque citoyen puisse interpeller les institutions dans sa langue maternelle ? L'utilisation quasi exclusive de l'anglais ne peut que contribuer à couper un lien déjà trop distendu entre l'Europe et les peuples. Que fait-on désormais de la devise de l'Union Européenne : "Unie dans la diversité" ?Tout cela étant dit, il n'échappera à personne que la tendance à l'unilinguisme anglais ne s'infléchira pas sans une volonté politique ferme. Celle-ci est singulièrement attendue de la France, qui déplore le déclin de sa langue au sein des institutions européennes bien que, par le passé, elle n'ait pas toujours fait preuve de toute la détermination possible pour y remédier. Or, le Gouvernement français proclame depuis plus d'un an que la présidence française de l'Union européenne, qui débute en janvier, sera un levier pour la francophonie et plus largement pour le multilinguisme en Europe. Il est vrai que laisser passer cette présidence tournante de six mois sans faire avancer la question de l'usage des langues dans les institutions européennes laisserait entrevoir qu'aucune évolution - même modeste - ne pourrait être envisageable en la matière, et cela pour très longtemps. En effet, la conjonction du Brexit - encore proche - et d'une présidence française ne risque pas de se représenter de sitôt.La France, comme l'ensemble des pays francophones européens, ne peut ignorer que c'est en misant sur des avancées collectives sur le multilinguisme que le français perdurera dans les enceintes européennes. Le monolinguisme anglais n'est pas une fatalité, comme en atteste le rapport Lequesne - déjà mentionné, qui souligne qu'il n'est pas trop tard pour relancer le multilinguisme au sein des instances européennes. Gageons que, conformément aux engagements du Ministre-Président Pierre-Yves Jeholet, le Fédération Wallonie-Bruxelles apportera sa pierre à ce vaste et laborieux édifice. A l'heure où les populismes émergent partout en Europe et alors même que jamais les citoyens ne se sont sentis si éloignés des institutions européennes, un renforcement du respect de la pluralité des langues et des cultures des peuples européens serait assurément un moyen de renouer avec les valeurs fondamentales du projet européen, qui proclame l'unité dans la diversité.