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Et si Pete Buttigieg, jeune maire qui représente l'aile modérée du parti démocrate, créait la surprise ? Celui qu'on appelle "Mayor Pete" a fait une excellente pré-campagne. Si sa candidature pour être investi pour affronter Donald Trump en novembre était au départ assez discrète, les sondages l'ont petit à petit hissé au haut du classement. Et cette bonne dynamique semble se confirmer: il est en tête du scrutin des primaires démocrates dans l'Iowa, selon des résultats partiels. Pete Buttigieg obtient 26,9% des délégués, devant Bernie Sanders, à 25,1%. La sénatrice progressiste Elizabeth Warren est à 18,3% et l'ancien vice-président de Barack Obama, Joe Biden, essuie un revers, terminant quatrième à 15,6%. C'est une spectaculaire ascension à l'échelle nationalepour le benjamin de la course. D'autant que ces premiers résultats laissent penser que Joe Biden, techniquement favori, pourrait rapidement se retrouver en difficulté si la tendance devait se confirmer dans les prochains votes. Buttigieg pourrait alors s'emparer des électeurs modérés qu'ils visent tous les deux. Encore inconnu en début d'année, Pete Buttigieg fait désormais partie du quatuor de tête. Il est l'option "jeune" des candidats, avec presque la moitié de l'âge de ses adversaires les plus en vue. S'il est actuellement maire de South Bend, petite ville de l'Indiana qu'il se targue d'avoir revitalisée, Pete Buttigieg est aussi un ancien militaire déployé en Afghanistan. Quels sont les atouts qui pourraient amener cet outsider à griller la politesse à ses aînés démocrates ? Il souhaite offrir aux citoyens, frustrés par un système économique et démocratique qui ne fonctionne pas, une alternative, quelqu'un qui a de l'expérience en politique, mais qui "ne vient pas de Washington". Il considère que ses missions en tant que maire et le fait de se retrouver directement face à ses responsabilités est ce dont l'Amérique a besoin. Pour récupérer des sympathisants, il va devoir convaincre au-delà des clivages au sein de son propre parti, certains candidats étant jugés trop à gauche par les électeurs. Cela devrait l'amener à subtiliser des partisans de Joe Biden. Comment compte-t-il s'y prendre ? "Ce que je propose est un message vraiment différent sur la meilleure façon d'aller de l'avant. Chaque fois que mon parti a remporté la présidentielle au cours des cinquante dernières années ou plus, c'était avec un candidat qui venait d'arriver sur la scène nationale, faisait appel aux plus hautes valeurs des Américains, n'était pas vu comme une créature de Washington et représentait une nouvelle génération de dirigeants", confiait-il, lors d'une interview à l'AFP en novembre dernier. "Nous sommes en pointe sur certaines questions, notamment la réforme de notre système démocratique. Il y a d'autres domaines dans lesquels je dirais volontiers que nous ne sommes pas aussi extrêmes que certains de mes concurrents, comme la santé ou d'autres". Mais les Américains sont-ils prêts à élire un président ouvertement homosexuel ? Aux États-Unis, 43 présidents blancs, hétérosexuels supposés, s'étaient succédé jusqu'à l'élection de Barack Obama en 2008, première ouverture à la diversité raciale. Mais jamais de président homosexuel. Depuis la légalisation du mariage homosexuel en 2015, "le paysage pour les candidats LGBTQ a radicalement changé", affirme la démocrate Annise Parker, présidente du Victory Fund, organisation américaine qui soutient les candidats homosexuels. "Lors de mon élection, j'étais la première maire ouvertement gay d'une des 100 premières villes américaines. (...) Le nombre d'élus gays au plus haut niveau augmente très vite". Un sondage de mai 2019 confirme cette évolution: 76% des Américains - et 83% des démocrates - se disaient prêts à voter pour un candidat ouvertement homosexuel. C'est trois fois plus qu'en 1978. Les dernières études montrent par ailleurs que la plupart des électeurs, en particulier les jeunes, se moquent de l'orientation sexuelle des candidats. Mais des réticences demeurent. Certains électeurs redoutent que son homosexualité ne lui mette des bâtons dans les roues s'il remportait les primaires et affrontait Donald Trump. Un sondage indiquait en octobre dernier que 45% des électeurs considéraient que l'Amérique n'était "pas" ou "probablement pas" prête pour un président gay. Un argument qui pourrait peser lourd en sa défaveur. S'il consolide son statut de prétendant sérieux à la Maison-Blanche, il a, sans expérience d'envergure nationale, encore beaucoup à faire pour convaincre. Il souffre notamment d'un soutien très faible dans la communauté afro-américaine, un électorat pourtant clé pour remporter la primaire démocrate, et par extension la présidentielle. D'autant qu'après l'Iowa et le New Hampshire viendront immédiatement deux États à forte population hispanique et noire, le Nevada et la Caroline du Sud, où la plupart des sondage donnaient un soutien quasi inexistant à Buttigieg. Reconnaissant qu'il n'avait pas encore réussi à se faire entendre des minorités, Pete Buttigieg a évoqué lors d'un débat son homosexualité : "cela m'importe parce que bien que je n'aie jamais été discriminé à cause de la couleur de ma peau, je sais ce que c'est que de se sentir parfois étranger dans mon propre pays". Son expérience lui a inculqué "l'obligation profonde d'aider ceux dont les droits sont remis en jeu tous les jours".