Pour le régime iranien, l'année 2020 se termine comme elle avait commencé, par l'assassinat de l'une de ses importantes figures. La mort du général Qassem Soleimani, chef de la force al-Qods des Gardiens de la révolution, le vendredi 3 janvier à Bagdad, avait fait craindre une escalade guerrière entre les Etats-Unis, Israël et l'Iran. Donald Trump l'avait justifiée par les attaques répétées de milices irakiennes pro- iraniennes contre les intérêts américains dans ce pays, au nom de la lutte contre le terrorisme dont Soleimani était l'un des principaux artisans dans sa version chiite. Celle, le vendredi 27 novembre près de Téhéran, de Mohsen Fakhrizadeh, considéré à Washington et à Tel-Aviv comme le chef du programme nucléaire iranien ...

Pour le régime iranien, l'année 2020 se termine comme elle avait commencé, par l'assassinat de l'une de ses importantes figures. La mort du général Qassem Soleimani, chef de la force al-Qods des Gardiens de la révolution, le vendredi 3 janvier à Bagdad, avait fait craindre une escalade guerrière entre les Etats-Unis, Israël et l'Iran. Donald Trump l'avait justifiée par les attaques répétées de milices irakiennes pro- iraniennes contre les intérêts américains dans ce pays, au nom de la lutte contre le terrorisme dont Soleimani était l'un des principaux artisans dans sa version chiite. Celle, le vendredi 27 novembre près de Téhéran, de Mohsen Fakhrizadeh, considéré à Washington et à Tel-Aviv comme le chef du programme nucléaire iranien secret, n'a pas été revendiquée. Mais la responsabilité d'Israël ne fait pas beaucoup de doutes. Ni l'assentiment voire la collaboration des Etats-Unis. L'opération qui a eu pour cadre la route entre Téhéran et la ville de Absard apparaît comme particulièrement sophistiquée. Elle se serait déroulée hors de toute présence humaine, orchestrée à distance, grâce à une ou des mitrailleuses automatiques télécommandées. C'est en tout cas ce qu'a révélé l'agence de presse iranienne Fars. Alors que la voiture de sécurité qui précédait la sienne avait pris les devants pour effectuer des repérages préventifs sur le lieu de sa destination, Mohsen Fakhrizadeh serait sorti de son propre véhicule blindé après un accroc qu'il aurait attribué à un incident mécanique. Il aurait alors été abattu par des tirs de mitrailleuse depuis une voiture situé à quelque 150 mètres. Dans une république iranienne qui sait ses experts en recherche nucléaire exposés à des représailles, l'assassinat de l'un des plus prestigieux d'entre eux, officiellement chef de l'Organisation de la recherche et de l'innovation en matière de défense, a nécessité des moyens et une expertise qui ne sont pas à la portée du premier Etat venu, des mois voire des années de préparation et des complicités locales. Le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, l'amiral Ali Shamkhani, a accusé l'Organisation des moudjahidine du peuple d'Iran (OMPI), principal groupe d'opposition au régime, d'y avoir participé. Cet assassinat survient à un moment charnière dans les relations entre les Etats-Unis et l'Iran, alors que le démocrate Joe Biden, qui s'est engagé à tenter de renouer les voies du dialogue avec Téhéran, s'apprête à succéder au républicain Donald Trump, qui avait décidé la sortie des Etats-Unis de l'accord de Vienne sur le nucléaire iranien, prévoyant un développement encadré de son programme civil. Depuis cette dénonciation en 2018, l'Iran, s'estimant délié de ses engagements avec les Européens, les Russes et les Chinois, a accéléré les avancées en matière d'enrichissement d'uranium. En représailles à la mort de Mohsen Fakhrizadeh, le Parlement iranien a autorisé de le pousser à 20 pour cent. Un usage militaire requiert de l'uranium enrichi à 90 pour cent. Il n'est donc pas exclu que Benjamin Netanyahou ait profité de ces dernières semaines de cohabitation avec un président américain très à l'écoute de ses demandes pour porter un nouveau coup à son ennemi iranien. Si Donald Trump a voulu entraver, de son côté, la politique iranienne de son successeur, il n'est pas sûr qu'il y parvienne. Parce que l'Iran n'a pas nécessairement la volonté et les moyens d'une escalade qui, elle, gênerait Joe Biden.