"Nous sommes désormais unis face à la volonté d'investir dans une décennie de grands travaux qui vont changer l'Amérique." Une fois n'est pas coutume, le président Biden est parvenu à s'assurer du soutien d'une partie significative des sénateurs républicains (19 sur 50) pour faire passer un projet de loi portant sur la rénovation des infrastructures nationales, le tout pour un montant de 1 200 milliards de dollars. Dix pour cent de cette somme seront consacrés à améliorer et rénover le réseau routier. D'autres portions de cette enveloppe seront affectées à la rénovation des aéroports ou encore du réseau haut débit, une priorité affichée depuis la campagne électorale.
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"Nous sommes désormais unis face à la volonté d'investir dans une décennie de grands travaux qui vont changer l'Amérique." Une fois n'est pas coutume, le président Biden est parvenu à s'assurer du soutien d'une partie significative des sénateurs républicains (19 sur 50) pour faire passer un projet de loi portant sur la rénovation des infrastructures nationales, le tout pour un montant de 1 200 milliards de dollars. Dix pour cent de cette somme seront consacrés à améliorer et rénover le réseau routier. D'autres portions de cette enveloppe seront affectées à la rénovation des aéroports ou encore du réseau haut débit, une priorité affichée depuis la campagne électorale. Mais, alors que le plan d'infrastructures doit encore passer la rampe de la Chambre des représentants, Joe Biden devra veiller, dans les semaines à venir, à amadouer l'aile gauche de son parti afin que celle-ci valide le plan fraîchement adopté au Sénat. Pour cette faction, plus progressiste en matière sociale et environnementale, le plan d'infrastructures a pris la préséance en fait de priorité législative, et veut monnayer son soutien en mettant les bouchées doubles pour faire passer un autre plan de dépenses, d'une portée bien supérieure. Il s'agit là en effet d'un mécanisme de dépenses fédérales portant sur un montant record de 3,5 trillions de dollars, dit "plan de politiques sociales", qui doit être approuvé grâce au processus de "réconciliation" - en l'espèce, contourner l'opposition républicaine au Sénat par l'adoption de lois à une majorité simple. Joe Biden, fidèle à sa réputation, se montre optimiste, estimant qu'il pourrait faire d'une pierre deux coups, soit s'assurer le soutien des élus démocrates de la Chambre pour son plan d'infrastructures pour ensuite voir ceux-ci adopter le plan de relance social qui leur est cher. En attendant, le président doit plus que jamais viser à l'unité de son propre parti. Des tensions sont apparues entre les progressistes et le centre au sujet de l'identité du parti, la question se posant de savoir si ce dernier a vocation à continuer indéfiniment à délier le cordon de la bourse, alors que les Etats-Unis sont plus endettés que jamais. Le centre du parti, qui voit d'un mauvais oeil le montant exorbitant proposé par l'aile gauche pour ses politiques sociales, espère que ses membres ne voteront pas l'enveloppe souhaitée par les progressistes le jour venu. Mais si le plan d'infrastructures a pu parvenir à convaincre une portion non négligeable des élus conservateurs au Sénat, c'est uniquement en vertu, élément exceptionnel par les temps qui courent, de préoccupations communes aux deux partis: les Etats-Unis sont, en ce qui concerne leurs réseaux routier, portuaire, aéroportuaire et numérique, un pays vieillissant, ce qu'aucun politicien ne peut ignorer. En revanche, du côté des politiques sociales, un gouffre sépare les deux partis, et plus encore les éléments les plus conservateurs des républicains et les plus progressistes des démocrates. Ces derniers sont donc ainsi forcés de jouer à un jeu permanent de stratégie pour assurer à leur président un soutien a minima sur les politiques dites "bi- partisanes", tout en veillant à mettre la pression sur ce dernier pour qu'il signe des politiques sociales ambitieuses. Cette façon de procéder, si elle trouve toute sa logique en matière législative - et jouit du soutien de l'opinion publique - pourrait par contre se retourner contre eux si d'aventure les républicains reprenaient le contrôle du Sénat, voire des deux Chambres, aux élections de mi-mandat prévues l'année prochaine. La vengeance serait alors terrible.