Le jeudi 11 février au soir, la Vouli, le Parlement grec, a adopté un projet de loi intitulé "modalités d'admission dans l'enseignement supérieur, protection de la liberté académique et amélioration de l'environnement universitaire". Cent soixante-six élus de la majorité gouvernementale de droite Nouvelle Démocratie (ND) et d'un petit parti d'extrême droite Solution grecque ont voté pour. Les 132 députés de l'opposition du centre et de gauche l'ont rejeté. Ils se sont fait le relais des étudiants, professeurs, employés des administrations universitaires, doyens des facultés et même recteurs qui, depuis la présentation du projet le 13 janvier, le dénonçaient en faisant signer une pétition ou en organisant des manifestations hebdomadaires. Car pour eux, avec ce texte, "le gouvernement cherche à imposer un régime de terreur", selon Nikiforos Petros Rallios, étudiant en sciences politiques à l'université de Crète. Pour Leda Papastefanaki, professeure d'histoire économique et sociale à l'université de Ioannina, "le gouvernement veut contrôler la vie académique ; il mène une attaque contre la recherche, les idées, leur circulation". Elle est l'une des enseignantes à l'initiative de la pétition signée p...

Le jeudi 11 février au soir, la Vouli, le Parlement grec, a adopté un projet de loi intitulé "modalités d'admission dans l'enseignement supérieur, protection de la liberté académique et amélioration de l'environnement universitaire". Cent soixante-six élus de la majorité gouvernementale de droite Nouvelle Démocratie (ND) et d'un petit parti d'extrême droite Solution grecque ont voté pour. Les 132 députés de l'opposition du centre et de gauche l'ont rejeté. Ils se sont fait le relais des étudiants, professeurs, employés des administrations universitaires, doyens des facultés et même recteurs qui, depuis la présentation du projet le 13 janvier, le dénonçaient en faisant signer une pétition ou en organisant des manifestations hebdomadaires. Car pour eux, avec ce texte, "le gouvernement cherche à imposer un régime de terreur", selon Nikiforos Petros Rallios, étudiant en sciences politiques à l'université de Crète. Pour Leda Papastefanaki, professeure d'histoire économique et sociale à l'université de Ioannina, "le gouvernement veut contrôler la vie académique ; il mène une attaque contre la recherche, les idées, leur circulation". Elle est l'une des enseignantes à l'initiative de la pétition signée par plus de mille enseignants grecs ou étrangers. Le point qui inquiète le plus est l'instauration d'un corps d'environ 1 000 policiers, dédié aux universités et rattaché au ministère de la Protection du citoyen. Mais dans le fond, cette loi, c'est "surveiller et punir, pour citer Michel Foucault", selon Alexandra Koronaiou, professeure de sociologie et doyenne de la faculté des sciences sociales à l'université Panteion d'Athènes. Les instruments accordés aux universités en disent long: surveillance par caméras, contrôles biométriques aux entrées, enregistrement des communications téléphoniques, nécessité d'obtenir l'accord de cette police (en plus de celui du recteur) pour organiser des assemblées générales et réunions culturelles qui seront contrôlées par des policiers. Un conseil de discipline mêlant enseignants et policiers sera instauré pour punir les étudiants ayant commis des actes répréhensibles. Même les enseignants-chercheurs sont visés. "Le gouvernement menace de couper leurs financements de recherche s'ils refusent de faciliter le travail de ce corps policier", s'insurge la doyenne. Pour elle, le gouvernement cherche à abolir "l'autogestion des universités", garantie par la Constitution. "En fait, de nombreux articles ne sont pas conformes au statut des universités tel qu'il est inscrit dans la Constitution", ajoute Leda Papastefanaki. Cette entorse permettrait l'ouverture de la privatisation du système universitaire. Cet avis, l'étudiant Nikiforos Petros Rallios le partage: "Depuis deux ans, le gouvernement a réduit le budget des universités et a coupé les programmes de recherche." Il craint donc une "dévalorisation continue de l'enseignement public, afin d'ouvrir la voie aux universités privées". Modestos Gavalas, étudiant en droit, témoigne: "A l'université Aristotelous de Thessalonique, où je suis, nous n'avons pas assez de salles de cours, mais le gouvernement trouve 30 millions pour un corps de police!" Pour sa part, Leda Papastefanaki estime que "le gouvernement veut permettre aux "collèges" privés qui sont implantées en Grèce d'obtenir le même statut que les universités".Côté gouvernemental, c'est un autre discours. A la Vouli, le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis (ND) a assuré: "Ce n'est pas la police qui entre dans les universités mais la démocratie." Ajoutant que c'est "un moyen de fermer la porte à la violence et d'ouvrir la voie à la liberté". Il n'a pas convaincu ses opposants. "La répression violente des manifestations des derniers jours est un mauvais signe", déplore Leda Papastefanaki. En 48 heures, les 10 et 11 février, pas moins d'une vingtaine d'étudiants ont été arrêtés et quatre blessés, par les CRS, et les forces de l'ordre auraient même cassé la mâchoire d'une étudiante en lui assénant des coups d'extincteur, selon des vidéos. De quoi raviver des tristes souvenirs en Grèce... En 1973, en pleine dictature des colonels, un mouvement estudiantin avait été réprimé dans le sang par l'armée et la police. Pour Alexandra Koronaiou, "ce gouvernement s'oriente de plus en plus vers une radicalisation à droite". "C'est conforme à la logique de cette droite ultraconservatrice sur les questions de société, ultralibérale sur les sujets économiques", enchérit Leda Papastefanaki. Cette opinion, nombre d'observateurs la partagent, au regard des décisions prises: baisse de la taxe foncière qui profite surtout aux plus grands propriétaires, rattachement de la recherche - jusqu'alors compétence du ministère de l'Enseignement - au ministère du Développement et des Investissements, abolition de l' "asile universitaire" qui, depuis 1974, limitait les possibilités d'intervention de la police dans l'enceinte des établissements d'enseignement, suppression du numéro d'identifiant social pour les migrants... Journalistes et artistes dénoncent la censure dans les médias privés proches du pouvoir et au sein de ERT, la radio-télévision publique, placée sous la tutelle du Premier ministre, comme l'agence de presse ANA et les services de renseignement. Enfin, le remaniement du 5 janvier dernier incline à confirmer un renforcement de l'extrême droite: Makis Voridis, ministre de l'Agriculture dans l'équipe précédente et promu à l'Intérieur, est l'un des fondateurs du Laos, un petit parti d'extrême droite disparu du paysage politique en 2012... mais dont les cadres ont ensuite rejoint Nouvelle Démocratie. Leda Papastefanaki soupire: "La Grèce devient une démocratie illibérale."Un article de Fabien Perrier.