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Atteint aux deux tiers du mois de mai, le seuil symbolique de 100 000 victimes liées au Covid-19 a fait couler beaucoup d'encre aux Etats-Unis, pays de loin le plus touché par la pandémie à l'échelle mondiale. Il n'empêche, malgré quelques zones particulièrement impactées (les Etats de New York, du Michigan, de la Californie et désormais de l'Alabama), le pays présente proportionnellement bien moins de victimes que les Etats européens les plus affectés, trois fois moins, par exemple, que la Belgique. Mais aux Etats-Unis, divisés comme jamais, la crise a pris en cette année électorale une tournure politique et Donald Trump, qui argue pourtant d'une gestion " remarquable " de la pandémie, n'a pas été épargné par les critiques, émanant principalement de la presse dite " libérale ". Le manque de prévoyance et d'organisation dans le chef de l'autorité centrale s'est principalement fait sentir dans les premières semaines après l'apparition du virus. L'incapacité de celle-ci à pourvoir la population en tests de dépistage et les hôpitaux en respirateurs a été particulièrement décriée. Mais passés les premiers moments d'adaptation, les gouverneurs des entités fédérées ont pris le relais, certains optant pour des mesures de confinement particulièrement sévères, tandis que d'autres, en majorité républicains et dans des Etats ruraux, préféraient renvoyer les citoyens à leurs responsabilités individuelles. Vendredi 29 mai, l'annonce par le gouverneur de l'Etat de New York, Andrew Cuomo, d'une reprise progressive de l'ensemble des activités commerciales dans la métropole de la côte Est le 8 juin a soulagé les centaines de milliers de résidents empêchés de travailler et de subvenir à leurs besoins. Ce retour à la normale semble appuyé par les chiffres : l'Etat a enregistré en ces derniers jours de mai des niveaux de nouvelles infections au plus bas depuis la fin mars. " La propagation massive du coronavirus a surpris l'ensemble du système hospitalier américain - et mondial ", estime Israel Rocha, 42 ans, directeur de l'hôpital d'Elmhurst, situé dans le quartier new-yorkais du Queens. L'établissement était pourtant, en théorie, préparé. Sa situation géographique en plein milieu du tissu urbain et sa position à équidistance entre deux des trois aéroports de la ville lui conféraient un statut d'hôpital de première importance en cas de catastrophe sanitaire ou naturelle. Mais la structure hospitalière d'Elmhurst s'est rapidement révélée incapable de faire face à l'afflux des patients et à la multiplication des décès en son sein. " Je pense qu'aucune structure hospitalière au monde n'était préparée à un tel afflux de patients et à une pandémie d'une telle ampleur. C'est d'autant plus le cas à New York City qui s'est révélée être la ville la plus touchée au monde (NDLR : on ignore à ce jour si les données relatives à la ville chinoise de Wuhan sont fiables) ". D'une capacité de 545 lits, l'hôpital d'Elmhurst, un des plus sollicités de la ville de New York durant cette pandémie, a défrayé la chronique pour avoir notamment été obligé de faire appel à des camions réfrigérés pour stocker les corps de patients décédés des suites du virus. Les images avaient suscité l'indignation aux Etats-Unis, pays généralement orgueilleux d'un statut revendiqué de " plus développé au monde ". " Mais la situation s'améliore désormais de jour en jour ", tempère Israel Rocha, dont l'établissement a pu traiter avec succès près de 1 200 patients atteints du Covid-19. " Nous avons atteint le niveau le plus bas en matière de patients diagnostiqués porteurs du virus. Nous pensons que la partie la plus délicate de cette pandémie est derrière nous. " " Pour le moment, il est totalement hasardeux de se prononcer sur la possibilité d'une seconde vague dans les mois à venir ", précise Israel Rocha. " Si le Covid-19 se comporte comme d'autres types de virus, ce qui relève d'un certain mystère à l'heure actuelle, il est possible qu'il passe par des phases "dormantes" et qu'il refasse son apparition dans quelques mois dans des conditions météorologiques plus propices à sa propagation. Les données que nous possédons nous indiquent qu'il s'agit d'un virus qui se déplace extrêmement rapidement. Il faut donc parer à toutes les éventualités et être prêts pour les prochaines vagues de froid, surtout si des patients se mettent à contracter la grippe en sus du coronavirus, ce qui fragiliserait encore davantage les organismes. Il y a donc lieu d'assurer une vaccination massive contre la grippe pour limiter autant que possible la coexistence des deux virus. " Le directeur d'hôpital se révèle toutefois assez dubitatif quant à la probabilité de voir arriver sur le marché un vaccin contre le coronavirus dans un délai restreint. Selon lui, les chances de pouvoir administrer celui-ci au grand public avant ou pendant l'hiver prochain sont quasi nulles. " Il faudra sans doute au moins un an avant de pouvoir vacciner à grande échelle ", pointe ce dernier. Dans des scénarios d'épidémie ou de pandémie, il existe un seuil " d'immunité de masse " qui, une fois atteint, permet à une population déterminée de se protéger d'une propagation hors de contrôle d'un virus. Les scientifiques estiment celui-ci à 60 %. C'est trois fois plus que la proportion de New Yorkais actuellement immunisés contre la maladie. Les grandes villes européennes présentent quant à elles des taux d'immunité variant entre 10 et 20 %. La gestion de la crise sanitaire par l'administration Trump et les pouvoirs fédérés n'a pas déçu Israel Rocha : " Je ne peux que me féliciter de l'aide reçue des autorités fédérales et des gouverneurs des différents Etats. A cela, s'est ajoutée la mise à disposition dans notre hôpital de plus de cent membres du personnel médical de l'armée américaine, ainsi que de nombreux médecins et infirmières venant des quatre coins du pays, ce qui n'est généralement pas admis ", déclare-t-il. " Je pense que les Etats-Unis ont eu à souffrir d'un traitement médiatique assez défavorable dans le cadre de cette crise, certainement au vu du nombre élevé de décès, mais, au regard des circonstances, j'estime que le pays s'en est plutôt bien tiré ", conclut Israel Rocha. Voir un tel constat partagé par le grand public constitue sans doute l'espoir de Donald Trump, qui a annoncé le 29 mai que les Etats-Unis se retiraient de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) - une institution que le président américain estime " totalement contrôlée par la Chine ". Donald Trump, qui n'est pas connu pour son amour du multilatéralisme et de la coopération internationale, parie, en jouant cavalier seul, que sa gestion de la crise sera honorée par ses concitoyens dans les urnes dans cinq mois. A l'heure actuelle, les sondages d'opinion ne semblent pas lui donner raison. Par Maxence Dozin.