L'admission du Premier ministre Boris Johnson en soins intensifs suscite une forte inquiétude au Royaume-Uni et montre à quel point le coronavirus peut durement atteindre des sujets en bonne santé, qu'ils soient anonymes ou puissants. Diagnostiqué positif au Covid-19 le 27 mars, le chef de gouvernement conservateur avait refusé de s'arrêter de travailler, depuis ses appartements de Downing Street. Au bout de 10 jours, dimanche, il a été hospitalisé "pour des examens". Une "mesure de précaution", officiellement.

Le lendemain, "au cours de l'après-midi, l'état de santé du Premier ministre s'est détérioré et, sur le conseil de son équipe médicale, il a été transféré au service des soins intensifs de l'hôpital", a annoncé son porte-parole.

Cette nuit, Boris Johnson aurait reçu de l'oxygène. Mais il ne se trouve pas sous respirateur, a indiqué mardi un ministre de premier plan, Michael Gove. Si le gouvernement tente donc de rester rassurant, "cela ne fait aucun doute que la tournure prise par les événements signifie que Boris Johnson est gravement malade", estimait pourtant lundi soir Derek Hill, professeur d'imagerie médicale à l'University College de Londres, cité par Science Media Centre.

L'État de santé du chef de l'État britannique et son évolution n'est donc pas rassurante. Pourtant, il semblerait que dans sa communication, le gouvernement tente de temporiser et de se montrer optimiste.

Minimiser et rassurer

Boris Johnson a donc passé le flambeau à Dominic Raab, ministre des Affaires étrangères, qui le remplace "là où c'est nécessaire". Une manière de dire qu'il sera bientôt de retour pour reprendre les choses en main.

Nombreux sont les exemples d'hommes d'État qui ont voulu garder le pouvoir jusqu'à la fin, malgré la maladie qui les rongeait. Si ç'a été le cas dans les monarchies passé, cela est toujours particulièrement vrai dans les régimes totalitaires. Dans ces États, la santé du dirigeant est l'un des secrets les mieux gardés. L'omerta sur la santé des puissants existe pourtant aussi dans nos démocraties modernes.

Le cas français

En 1973, Georges Pompidou, visiblement épuisé par le cancer, avait continué ses fonctions. À l'époque toute la presse avait nié l'évidence, rappelle l'INA. Pompidou est mort dans l'exercice de ses fonctions sans que la population ne soit jamais officiellement informée de son état. La stupeur de la population était donc totale lorsque l'ORTF avait interrompu brutalement ses programmes, dans la soirée du 2 avril 1974, pour annoncer la mort du président.

Un évènement qui a ensuite marqué la politique française puisque son successeur, Valéry Giscard d'Estaing, a régulièrement publié ses bulletins de santé durant son mandat. Une promesse électorale faite également par le président suivant, François Mitterrand, mais qu'il n'a pas respectée. Une fois élu, celui-ci a en effet caché son cancer de la prostate diagnostiqué en début de mandat.

Les bulletins de santé falsifiés se sont ensuite succédé pendant ses deux mandats. Sa maladie n'a finalement été dévoilée au grand public qu'avec douze ans de retard, lorsque le président a donné son accord. Mais la tradition du secret a persisté au moment même où il prétendait jouer la carte de la transparence : l'antériorité de la maladie continue d'être dissimulée aux Français et les lésions cancéreuses dont il souffre sont présentées comme "bénignes".

Jacques Chirac en 2005., Belga
Jacques Chirac en 2005. © Belga

Cela rappelle également le cas de Jacques Chirac et de son accident vasculaire cérébral en 2005 dont il ne s'est jamais vraiment remis. À l'époque, il est également président de la République, mais personne n'a remis en cause sa capacité à diriger la France.

Besoin de transparence

La santé des dirigeants demeure donc un tabou, même dans nos démocraties. Même aujourd'hui pour la presse, la maladie et la mort sont des sujets difficiles à aborder. Bien sûr, l'exigence de transparence est beaucoup plus forte aujourd'hui qu'elle ne l'était il y a quelques décennies. Mais, la question de la santé des responsables politiques continue à provoquer des réactions mitigées.

Au moment de la campagne présidentielle de 2016, la presse américaine a ainsi évoqué brièvement les problèmes pulmonaires d'Hillary Clinton ou ses malaises lors de manifestations publiques.

En Europe également, la presse continue de se poser la question de la limite entre le respect de la vie privée et le devoir de divulguer les informations concernant l'état de santé des dirigeants. On se souvient des questionnements autour des tremblements répétés d'Angela Merkel lors d'apparitions publiques l'année dernière.

Vers une tyrannie de la transparence ?

Faut-il pour autant imposer aux dirigeants (démocratiques) de divulguer leur moindre bulletin de santé, ou cela demeure-t-il du domaine de la vie privée ? Le dirigeant ont-ils droit à l'intimité ou faut-il faire régner la transparence à tout prix ?

Ce serait manifestement un choix que les dirigeants devraient faire eux-mêmes puisque l'histoire nous apprend que ceux qui ont choisi de mentir, ce sont retrouvé face à des rumeurs encore bien plus graves que la réalité elle-même, rappelle l'INA, avec les conséquences que cela a eues sur leur carrière politique.

Hillary Clinton aurait-elle gagné la présidence si elle avait été plus transparente sur son état de santé ? Nul ne le sait. Ce que l'on peut toutefois constater, c'est que Donald Trump s'est habilement servi des rumeurs pour discréditer son adversaire.

Briser l'omerta

Pourtant, les dirigeants qui décideraient de briser l'omerta pourraient en retirer un plus grand bénéfice, notamment une plus grande proximité avec l'électeur.

C'est le choix fait par Ronald Reagan en 1985. Il a été transparent lorsqu'il a été diagnostiqué d'un cancer du côlon alors qu'il était président des États-Unis. Ce qui lui a valu de finir son mandat avec un très haut taux de popularité.

Reste à voir la voie que Boris Johnson et son équipe choisiront dans ce contexte très particulier de pandémie de coronavirus. Son état risque d'évoluer rapidement, dans un sens ou dans l'autre, comme nous l'apprennent les soignants qui luttent contre le Covid-19 à travers le monde.

L'admission du Premier ministre Boris Johnson en soins intensifs suscite une forte inquiétude au Royaume-Uni et montre à quel point le coronavirus peut durement atteindre des sujets en bonne santé, qu'ils soient anonymes ou puissants. Diagnostiqué positif au Covid-19 le 27 mars, le chef de gouvernement conservateur avait refusé de s'arrêter de travailler, depuis ses appartements de Downing Street. Au bout de 10 jours, dimanche, il a été hospitalisé "pour des examens". Une "mesure de précaution", officiellement. Le lendemain, "au cours de l'après-midi, l'état de santé du Premier ministre s'est détérioré et, sur le conseil de son équipe médicale, il a été transféré au service des soins intensifs de l'hôpital", a annoncé son porte-parole. Cette nuit, Boris Johnson aurait reçu de l'oxygène. Mais il ne se trouve pas sous respirateur, a indiqué mardi un ministre de premier plan, Michael Gove. Si le gouvernement tente donc de rester rassurant, "cela ne fait aucun doute que la tournure prise par les événements signifie que Boris Johnson est gravement malade", estimait pourtant lundi soir Derek Hill, professeur d'imagerie médicale à l'University College de Londres, cité par Science Media Centre.L'État de santé du chef de l'État britannique et son évolution n'est donc pas rassurante. Pourtant, il semblerait que dans sa communication, le gouvernement tente de temporiser et de se montrer optimiste. Minimiser et rassurerBoris Johnson a donc passé le flambeau à Dominic Raab, ministre des Affaires étrangères, qui le remplace "là où c'est nécessaire". Une manière de dire qu'il sera bientôt de retour pour reprendre les choses en main. Nombreux sont les exemples d'hommes d'État qui ont voulu garder le pouvoir jusqu'à la fin, malgré la maladie qui les rongeait. Si ç'a été le cas dans les monarchies passé, cela est toujours particulièrement vrai dans les régimes totalitaires. Dans ces États, la santé du dirigeant est l'un des secrets les mieux gardés. L'omerta sur la santé des puissants existe pourtant aussi dans nos démocraties modernes. Le cas françaisEn 1973, Georges Pompidou, visiblement épuisé par le cancer, avait continué ses fonctions. À l'époque toute la presse avait nié l'évidence, rappelle l'INA. Pompidou est mort dans l'exercice de ses fonctions sans que la population ne soit jamais officiellement informée de son état. La stupeur de la population était donc totale lorsque l'ORTF avait interrompu brutalement ses programmes, dans la soirée du 2 avril 1974, pour annoncer la mort du président. Un évènement qui a ensuite marqué la politique française puisque son successeur, Valéry Giscard d'Estaing, a régulièrement publié ses bulletins de santé durant son mandat. Une promesse électorale faite également par le président suivant, François Mitterrand, mais qu'il n'a pas respectée. Une fois élu, celui-ci a en effet caché son cancer de la prostate diagnostiqué en début de mandat.Les bulletins de santé falsifiés se sont ensuite succédé pendant ses deux mandats. Sa maladie n'a finalement été dévoilée au grand public qu'avec douze ans de retard, lorsque le président a donné son accord. Mais la tradition du secret a persisté au moment même où il prétendait jouer la carte de la transparence : l'antériorité de la maladie continue d'être dissimulée aux Français et les lésions cancéreuses dont il souffre sont présentées comme "bénignes". Cela rappelle également le cas de Jacques Chirac et de son accident vasculaire cérébral en 2005 dont il ne s'est jamais vraiment remis. À l'époque, il est également président de la République, mais personne n'a remis en cause sa capacité à diriger la France.Besoin de transparence La santé des dirigeants demeure donc un tabou, même dans nos démocraties. Même aujourd'hui pour la presse, la maladie et la mort sont des sujets difficiles à aborder. Bien sûr, l'exigence de transparence est beaucoup plus forte aujourd'hui qu'elle ne l'était il y a quelques décennies. Mais, la question de la santé des responsables politiques continue à provoquer des réactions mitigées. Au moment de la campagne présidentielle de 2016, la presse américaine a ainsi évoqué brièvement les problèmes pulmonaires d'Hillary Clinton ou ses malaises lors de manifestations publiques. En Europe également, la presse continue de se poser la question de la limite entre le respect de la vie privée et le devoir de divulguer les informations concernant l'état de santé des dirigeants. On se souvient des questionnements autour des tremblements répétés d'Angela Merkel lors d'apparitions publiques l'année dernière.Vers une tyrannie de la transparence ? Faut-il pour autant imposer aux dirigeants (démocratiques) de divulguer leur moindre bulletin de santé, ou cela demeure-t-il du domaine de la vie privée ? Le dirigeant ont-ils droit à l'intimité ou faut-il faire régner la transparence à tout prix ? Ce serait manifestement un choix que les dirigeants devraient faire eux-mêmes puisque l'histoire nous apprend que ceux qui ont choisi de mentir, ce sont retrouvé face à des rumeurs encore bien plus graves que la réalité elle-même, rappelle l'INA, avec les conséquences que cela a eues sur leur carrière politique. Hillary Clinton aurait-elle gagné la présidence si elle avait été plus transparente sur son état de santé ? Nul ne le sait. Ce que l'on peut toutefois constater, c'est que Donald Trump s'est habilement servi des rumeurs pour discréditer son adversaire. Briser l'omerta Pourtant, les dirigeants qui décideraient de briser l'omerta pourraient en retirer un plus grand bénéfice, notamment une plus grande proximité avec l'électeur. C'est le choix fait par Ronald Reagan en 1985. Il a été transparent lorsqu'il a été diagnostiqué d'un cancer du côlon alors qu'il était président des États-Unis. Ce qui lui a valu de finir son mandat avec un très haut taux de popularité. Reste à voir la voie que Boris Johnson et son équipe choisiront dans ce contexte très particulier de pandémie de coronavirus. Son état risque d'évoluer rapidement, dans un sens ou dans l'autre, comme nous l'apprennent les soignants qui luttent contre le Covid-19 à travers le monde.