De la Chine à l'Italie, en passant par l'Iran, le Mexique et les États-Unis, les politiciens qui ont dû prendre des décisions dès le début de l'épidémie ont souvent minimisé la crise sanitaire. Ils ont perdu un temps précieux à combattre la maladie.
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De la Chine à l'Italie, en passant par l'Iran, le Mexique et les États-Unis, les politiciens qui ont dû prendre des décisions dès le début de l'épidémie ont souvent minimisé la crise sanitaire. Ils ont perdu un temps précieux à combattre la maladie. La semaine dernière, le président mexicain Andrés Manuel López Obrador a encouragé son peuple à manger au restaurant. Le président américain Donald Trump a insisté sur le fait que la plupart des Américains pourraient commencer à retourner au travail avant Pâques, et le président brésilien, Jair Bolsonaro, a minimisé l'importance du coronavirus en le qualifiant de "petit rhume".Pourquoi ces dirigeants ne veulent-ils pas voir la réalité du coronavirus ? Pour plusieurs raisons : la crainte de nuire à leur image politique ou celle de leur pays, la crainte de nuire à l'économie ou par conviction que cette épidémie ne sera pas aussi grave qu'il n'y paraît.La Chine a annoncé pour la première fois l'apparition d'une mystérieuse pneumonie le 31 décembre. Dans cette annonce, les responsables chinois ont déclaré que la plupart des patients s'étaient rendus dans un marché alimentaire à Wuhan et qu'il n'y avait "aucune preuve évidente" de transmission interhumaine. Non seulement les autorités chinoises se sont trompées dans les détails, mais surtout elles ont essayé de dissimuler les informations sur l'épidémie naissante. Tout ça sur ordre du Président chinois Xi Jinping.La Chine a donc laissé des millions de personnes entrer et sortir de Wuhan permettant au virus de se propager. Comme on le voit aujourd'hui dans d'autres pays, si la Chine avait agi pour verrouiller Wuhan seulement trois semaines plus tôt, elle aurait réduit le nombre de cas de 95 %.Mais si la Chine a été le premier pays à donner la priorité à la politique plutôt qu'à la santé publique dans cette pandémie, elle ne serait pas la dernière. L'Espagne, et en particulier le Premier ministre Pedro Sánchez, a dû faire un choix difficile. Son gouvernement minoritaire de gauche fraichement constitué (janvier) lui a donné une faible emprise sur le pouvoir et a fait de lui l'un des dirigeants les plus faibles du pays.Début mars, alors même que les cas confirmés de coronavirus augmentaient en Espagne, Sánchez a permis à des milliers de personnes d'assister à des matchs de football et a même autorisé la tenue d'un rassemblement féministe de 120 000 personnes à Madrid. La capitale espagnole est maintenant devenue l'épicentre de l'épidémie du pays.De son côté, le président brésilien, Jair Bolsonaro arécemment déclaré : "dans mon cas particulier, avec mon passé d'athlète, si j'étais infecté par le virus, je n'aurais pas à m'inquiéter. Je ne ressentirais rien ou, si j'étais très affecté, ce serait comme une petite grippe ou un petit rhume". Quelques jours plus tard il affirme, à tort, que les Brésiliens, d'une manière ou d'une autre, sont immunisés contre la maladie. Le déni du dirigeant brésilien provient en partie de sa réticence plus générale à accepter les preuves scientifiques, comme en témoigne son rejet du changement climatique. Mais il y a aussi une raison politique évidente : il aimerait acquérir plus de pouvoir, comme Viktor Orban.Les dirigeants qui ont bâti l'essentiel de leur réputation sur la relance de l'économie de leur pays (à peu près tout le monde) sont en train de trembler. On comprend alors facilement pourquoi certains d'entre eux donnent la priorité à la croissance économique plutôt qu'aux mesures nécessaires pour freiner une hausse des infections.Le président mexicain Obrador continue de dire aux Mexicains qu'ils ne doivent pas avoir peur du Covid-19. Malgré les avertissements des responsables de la santé mondiale, il continue à organiser des rassemblements politiques, à embrasser ses partisans et à demander aux Mexicains de sortir faire du shopping pour soutenir l'économie du pays en plein ralentissement.Du côté de Donald Trump, après avoir passé des mois à minimiser le problème du "virus chinois", affirmant que l'Amérique l'avait sous contrôle, il a finalement écouté les experts médicaux qui ont déclaré que le pays devait imposer des mesures de distanciation sociale pour ralentir la propagation du coronavirus. Mais après seulement quelques semaines, le président a voulu que tout rentre dans l'ordre.En allant contre toutes les recommandations des experts, le président des États-Unis a récemment déclaré sur son média préféré (Fox News) qu'il voulait que les entreprises rouvrent et que les gens retrouvent du travail avant Pâques, le 12 avril. "Quelle belle échéance" ! Malgré tout, sur un élan de lucidité il revient quand même sur ses paroles en prolongeant les lignes directrices du plan coronavirus jusqu'au 30 avril.Depuis un an, des grèves sévissent dans les milieux de la santé en France. Fin février, le neurologue François Salachas avait interpellé le Président français Emmanuel Macron en visite à l'hôpital de Pitié-Salpêtrière où est décédé le premier Français victime du coronavirus : "L'hôpital public est en train de flamber à la même vitesse que Notre-Dame a failli flamber, ça s'est joué à rien et, là, en ce moment, ça se joue à rien".Quant à la Belgique, le budget alloué aux soins de santé a souvent été rabaissé, ajusté, comme vous nous le rappelions iciLe SRAS en 2003, la grippe H1N1 en 2009, le MERS en 2012, Ebola en 2014 et Zika en 2015. Chacune de ces maladies s'est propagée dans le monde entier et a tué des milliers de personnes. Mais elles n'ont pas produit la perturbation à grande échelle que connait le Covid-19 en 2020. Elles ont été principalement limitées à des régions spécifiques.Il n'est donc pas surprenant que certains dirigeants et leurs populations n'ont pas pris au sérieux le nouveau fléau du coronavirus. Chaque dirigeant mondial qui verrait une épidémie dans une région spécifique de la Chine pourrait naturellement supposer qu'elle se déroulerait de la même manière que les précédentes épidémies de coronavirus et ne prendrait pas des mesures drastiques dès le début, à savoir la fermeture des frontières et l'instauration d'un confinement.Ceux qui s'en sortent le mieux aujourd'hui sont, pour la plupart, des pays qui avaient déjà connu des épidémies. La Corée du Sud connaissait le SRAS et l'Arabie saoudite se souvenait du MERS. Avant que l'épidémie ne s'aggrave, ils ont pris les mesures nécessaires pour ralentir la propagation. C'est le genre d'action rapide et agressive qui est encore nécessaire aujourd'hui. Le négationnisme ne fera qu'aggraver la situation.