Dans la foule de manifestants qui arpente les rues de la capitale américaine Washington, Justin Monroe regarde les belles bâtisses et soupire. Il doute de pouvoir un jour vivre dans l'une d'elles et profiter lui aussi de toute cette prospérité. "Nous ne pouvons pas gagner cet argent. Ils ne veulent pas que nous gagnions cet argent", assure à l'AFP cet Afro-Américain de 25 ans. Ce cuisinier, qui a perdu son emploi avec la pandémie, vit dans un quartier bien moins huppé de la capitale, de l'autre côté de la rivière. Pour lui, les violences policières qui ont déclenché cette vague de protestation sont la norme pour les Noirs américains, et non une exception.

La mort de George Floyd, asphyxié par un policier blanc il y a dix jours à Minneapolis, a conduit à une vague historique de manifestations dans le pays. Le président américain Donald Trump est accusé de n'avoir apporté jusqu'ici aucune réponse aux maux dénoncés par les manifestants. "Personne n'a jamais fait autant pour la communauté noire que ce que le président Trump a fait", a-t-il pourtant assuré vendredi lors d'une conférence de presse à la Maison Blanche.

"L'égalité devant la loi doit signifier que chaque Américain reçoit le même traitement dans chaque interaction avec les forces de l'ordre, quels que soient sa race, sa couleur, son sexe et sa foi", a-t-il encore déclaré. Des études ont pourtant montré que les Afro-Américains sont plus susceptibles que les autres d'être tués par la police, même si leur taux de chômage n'a jamais été aussi bas que sous la présidence de Donald Trump.

Chômage en hausse

"Les Afro-Américains ont toujours pleinement participé à l'économie américaine, sans en tirer les bénéfices", explique Nicole Smith, économiste de l'université de Georgetown. Ils sont ainsi plus nombreux à être sans emploi, et n'ont pas profité de la baisse du chômage du mois de mai. Celui-ci a reculé à 13,3% pour l'ensemble de la population américaine, mais a continué à augmenter, de 0,1 point, pour les travailleurs noirs, qui étaient 16,8% à être au chômage, selon les chiffres du département du Travail.

Washington D.C., 16th Street, REUTERS/Carlos Barria
Washington D.C., 16th Street © REUTERS/Carlos Barria

Même le Covid-19 touche plus les Afro-Américains: ils représentent 13,4% de la population, mais 22,9% des décès dus au nouveau coronavirus, selon les Centres de prévention et de contrôle des maladies (CDC).

La pandémie a exacerbé les inégalités, mais celles-ci existaient bien avant. Ainsi, le patrimoine moyen des ménages blancs est environ 6,5 fois supérieur à celui des ménages noirs. Comme en 1962, a calculé la Réserve fédérale de Cleveland.

Dans un scénario optimiste, il faudra 200 ans pour effacer cette différence. Mais à cause de la pandémie, "la plupart des écarts se creuseront", avertit Dionissi Aliprantis, économiste à la Fed de Cleveland, dans une interview à l'AFP.

Aux racines du racisme

Des générations de lois et de pratiques ségrégationnistes, même après l'abolition de l'esclavage au milieu du XIXe siècle, empêchent toujours aujourd'hui les Afro-Américains de vivre dans certains quartiers, ou d'avoir le même accès que leurs compatriotes blancs aux services financiers et aux prêts immobiliers.

L'accession à la propriété est la clé, aux Etats-Unis, pour créer une richesse qui peut être transmise à la génération suivante. Mais une étude de la Brookings Institution de 2018 a révélé que les maisons situées dans des quartiers où la moitié au moins des habitants sont noirs valent moitié moins cher.

Muriel Bowser, maire de Washington D.C., Khalid Naji-Allah Executive Office of the Mayor/Handout via REUTERS
Muriel Bowser, maire de Washington D.C. © Khalid Naji-Allah Executive Office of the Mayor/Handout via REUTERS

Malgré des lois visant à prévenir la discrimination dans les prêts et le logement, la ségrégation a persisté. Ces quartiers sont moins bien desservis par les transports et comptent moins d'emplois. Résultat: les Afro-Américains sont ceux qui mettent le plus de temps à se rendre au travail, d'après une étude de l'université de Chicago en 2014.

Et sur le CV? Ceux qui tentent de cacher la couleur de leur peau sont deux fois plus souvent contactés par un employeur potentiel que ceux qui ne le font pas, a montré une étude réalisée en 2016 par des chercheurs des universités de Toronto et Stanford. "Je suis vraiment désavantagé, car je termine juste l'université et j'appartiens à une minorité", s'inquiète Emmanuel Sanchez, venu se joindre aux manifestants devant la Maison Blanche.

Une multitude de lois interdisent la discrimination, mais de nombreux Américains noirs expliquent avoir toujours dû faire face à des préjugés. "En tant qu'homme afro-américain, j'ai dû en faire beaucoup plus dans beaucoup de domaines", déplore Devyn Brown, qui a récemment perdu, lui aussi à cause de la pandémie, un emploi bien payé dans une entreprise de télécommunications de San Diego, en Californie.

Dans la foule de manifestants qui arpente les rues de la capitale américaine Washington, Justin Monroe regarde les belles bâtisses et soupire. Il doute de pouvoir un jour vivre dans l'une d'elles et profiter lui aussi de toute cette prospérité. "Nous ne pouvons pas gagner cet argent. Ils ne veulent pas que nous gagnions cet argent", assure à l'AFP cet Afro-Américain de 25 ans. Ce cuisinier, qui a perdu son emploi avec la pandémie, vit dans un quartier bien moins huppé de la capitale, de l'autre côté de la rivière. Pour lui, les violences policières qui ont déclenché cette vague de protestation sont la norme pour les Noirs américains, et non une exception.La mort de George Floyd, asphyxié par un policier blanc il y a dix jours à Minneapolis, a conduit à une vague historique de manifestations dans le pays. Le président américain Donald Trump est accusé de n'avoir apporté jusqu'ici aucune réponse aux maux dénoncés par les manifestants. "Personne n'a jamais fait autant pour la communauté noire que ce que le président Trump a fait", a-t-il pourtant assuré vendredi lors d'une conférence de presse à la Maison Blanche."L'égalité devant la loi doit signifier que chaque Américain reçoit le même traitement dans chaque interaction avec les forces de l'ordre, quels que soient sa race, sa couleur, son sexe et sa foi", a-t-il encore déclaré. Des études ont pourtant montré que les Afro-Américains sont plus susceptibles que les autres d'être tués par la police, même si leur taux de chômage n'a jamais été aussi bas que sous la présidence de Donald Trump."Les Afro-Américains ont toujours pleinement participé à l'économie américaine, sans en tirer les bénéfices", explique Nicole Smith, économiste de l'université de Georgetown. Ils sont ainsi plus nombreux à être sans emploi, et n'ont pas profité de la baisse du chômage du mois de mai. Celui-ci a reculé à 13,3% pour l'ensemble de la population américaine, mais a continué à augmenter, de 0,1 point, pour les travailleurs noirs, qui étaient 16,8% à être au chômage, selon les chiffres du département du Travail.Même le Covid-19 touche plus les Afro-Américains: ils représentent 13,4% de la population, mais 22,9% des décès dus au nouveau coronavirus, selon les Centres de prévention et de contrôle des maladies (CDC).La pandémie a exacerbé les inégalités, mais celles-ci existaient bien avant. Ainsi, le patrimoine moyen des ménages blancs est environ 6,5 fois supérieur à celui des ménages noirs. Comme en 1962, a calculé la Réserve fédérale de Cleveland.Dans un scénario optimiste, il faudra 200 ans pour effacer cette différence. Mais à cause de la pandémie, "la plupart des écarts se creuseront", avertit Dionissi Aliprantis, économiste à la Fed de Cleveland, dans une interview à l'AFP.Des générations de lois et de pratiques ségrégationnistes, même après l'abolition de l'esclavage au milieu du XIXe siècle, empêchent toujours aujourd'hui les Afro-Américains de vivre dans certains quartiers, ou d'avoir le même accès que leurs compatriotes blancs aux services financiers et aux prêts immobiliers.L'accession à la propriété est la clé, aux Etats-Unis, pour créer une richesse qui peut être transmise à la génération suivante. Mais une étude de la Brookings Institution de 2018 a révélé que les maisons situées dans des quartiers où la moitié au moins des habitants sont noirs valent moitié moins cher.Malgré des lois visant à prévenir la discrimination dans les prêts et le logement, la ségrégation a persisté. Ces quartiers sont moins bien desservis par les transports et comptent moins d'emplois. Résultat: les Afro-Américains sont ceux qui mettent le plus de temps à se rendre au travail, d'après une étude de l'université de Chicago en 2014.Et sur le CV? Ceux qui tentent de cacher la couleur de leur peau sont deux fois plus souvent contactés par un employeur potentiel que ceux qui ne le font pas, a montré une étude réalisée en 2016 par des chercheurs des universités de Toronto et Stanford. "Je suis vraiment désavantagé, car je termine juste l'université et j'appartiens à une minorité", s'inquiète Emmanuel Sanchez, venu se joindre aux manifestants devant la Maison Blanche.Une multitude de lois interdisent la discrimination, mais de nombreux Américains noirs expliquent avoir toujours dû faire face à des préjugés. "En tant qu'homme afro-américain, j'ai dû en faire beaucoup plus dans beaucoup de domaines", déplore Devyn Brown, qui a récemment perdu, lui aussi à cause de la pandémie, un emploi bien payé dans une entreprise de télécommunications de San Diego, en Californie.