L'arrivée de Joe Biden à la Maison-Blanche après quatre années de diplomatie fantasque de Donald Trump devait consacrer le retour d'un multilatéralisme apaisant et de relations bilatérales marquées du sceau du dialogue. Après onze mois de présidence Biden, ce n'est pas gagné.
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L'arrivée de Joe Biden à la Maison-Blanche après quatre années de diplomatie fantasque de Donald Trump devait consacrer le retour d'un multilatéralisme apaisant et de relations bilatérales marquées du sceau du dialogue. Après onze mois de présidence Biden, ce n'est pas gagné. L'entrée, rapide et sans doute précipitée, des talibans à Kaboul, le 15 août, complique l'évacuation des civils étrangers et des collaborateurs afghans des armées occidentales dans un pays où la première expérience d'exercice du pouvoir des "étudiants en théologie" entre 1996 et 2001 n'a pas laissé que de bons souvenirs ; c'est peu dire. Initialement prévu au 1er mai 2021 en vertu de l'accord de Doha signé entre les Américains et les talibans en février 2020 sous la présidence de Donald Trump, le retrait des troupes américaines, repoussé par son successeur Joe Biden à la date symbolique du 11 septembre, est finalement fixé, sous la pression des nouveaux maîtres de Kaboul, au 31 août. Précipitation du retrait militaire et impréparation de l'évacuation des civils confèrent à la sortie des Américains d'Afghanistan un air de chaos. Un sentiment renforcé par un attentat, attribué à l'Etat islamique au Khorassan, branche locale de Daech, le 26 août, aux abords de l'aéroport de la capitale submergés par la foule des Afghans désireux de fuir le régime islamiste en devenir. Une centaine d'entre eux et treize soldats américains sont tués. Aux questions sur ce fiasco sécuritaire s'ajoutent les reproches des dirigeants des Etats européens engagés militairement en Afghanistan sur le manque de concertation avec Washington pour les opérations d'évacuation. Le discrédit de l'image des Etats-Unis est double. Sur le mode du "tout ça pour ça" d'abord: vingt ans de présence en Afghanistan pour finalement céder le pouvoir aux dirigeants islamistes que l'opération de 2001 était censée chasser, c'est cher payé. Sur l'amateurisme de la diplomatie et de l'armée américaines, ensuite: comment la sortie d'Afghanistan des Américains a-t-elle pu être si chaotique? Si Joe Biden partage avec nombre des ses prédécesseurs la responsabilité de l'échec de la première opération, il porte la paternité de celui de la seconde. Tout en ayant suscité la méfiance circonspecte de ses alliés européens. Le 15 septembre, le président américain Joe Biden, le Premier ministre australien Scott Morrison et son homologue britannique Boris Johnson dévoilent en grande pompe virtuelle un vaste partenariat de sécurité entre une alliance Aukus, pour Australie, Royaume-Uni, Etats-Unis, clairement développée en opposition aux prétentions de grande puissance affichées depuis quelques années par la Chine dans la région indo-pacifique sous l'impulsion du président, toujours plus puissant, Xi Jinping. Inconvénient de taille: ce projet implique la rupture par l'Australie d'un contrat pour la fourniture de douze sous-marins à propulsion conventionnelle conclu avec la France en 2016, et leur remplacement par des bâtiments américains à propulsion nucléaire, plus menaçants pour Pékin. Et, vexation suprême, Paris n'en a même pas été averti. L'initiative provoque une crise diplomatique entre la France et les trois pays concernés. Elle est officiellement apaisée entre Paris et Washington le 29 octobre, à la faveur d'une rencontre réunissant Emmanuel Macron et Joe Biden en marge du sommet du G20 à Rome. Mais elle est révélatrice de deux tropismes du président des Etats-Unis qui, sur ce point, ne diffère guère de son prédécesseur Donald Trump: une obsession de la menace militaire que représente la Chine et la conviction du poids très relatif de l'Europe face à ce défi prioritaire supposé. Promesse de campagne du candidat Biden, le "sommet pour la démocratie" organisé par Joe Biden les 9 et 10 décembre s'inscrit pareillement dans la suite logique de la confrontation délibérément installée par les Etats-Unis avec la Chine et son allié russe. Le choix des cent-dix participants était discutable. Il n'était pas complètement illégitime, les dérives autocratiques de la Turquie de Recep Tayyip Erdogan ou de la Tunisie de Kaïs Saïed, conviées ni l'une ni l'autre, étant un peu plus inquiétantes que les entorses à la démocratie observées au Brésil ou en République démocratique du Congo, Etats invités à la "fête". Le problème principal de pareil sommet réside dans l'intention - donner une leçon de démocratie? - et dans la crédibilité de la partie invitante à la dispenser - les Etats-Unis de l'assaut sur le Capitole, des prisons d'Abou Ghraib et de Guantanamo, et des exécutions extrajudicaires par drone à travers le monde. Résultat: en opposant à cette démocratie tellement malmenée ces dernières années les mérites d'une "démocratie efficace" face aux crises sanitaire et économique, la Chine risque de convaincre les plus naïfs qu'elle n'est plus vraiment une dictature. Il reste trois ans à Joe Biden pour faire (beaucoup) mieux en politique étrangère.