Les partis eurosceptiques ne cessent de convaincre de nouveaux adeptes. "PopuList", une analyse d'experts universitaires en populisme et en radicalisme que The Guardian a pu consulter, révèle qu'un tiers des électeurs au sein de l'Union européenne soutien un parti qui lui est hostile, ou à tout le moins critique.
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Les partis eurosceptiques ne cessent de convaincre de nouveaux adeptes. "PopuList", une analyse d'experts universitaires en populisme et en radicalisme que The Guardian a pu consulter, révèle qu'un tiers des électeurs au sein de l'Union européenne soutien un parti qui lui est hostile, ou à tout le moins critique. L'étude donne une double définition à l'euroscepticisme. D'un côté, la version "dure", c'est-à-dire le rejet catégorique de l'intégration politique et économique européenne et une opposition virulente au maintien dans l'UE. De l'autre, la version "douce", des objections plus modérées envers certains aspects du projet européen. Les chiffres montrent que, depuis 1992, le soutien combiné aux partis d'extrême droite, d'extrême gauche et autres formations eurosceptiques est passé de 15% à près de 35%, rapporte encore The Guardian. Dans ces trois catégories, ce sont les partis d'extrême droite qui ont le plus évolué. Après avoir plus ou moins stagné pendant plus de dix ans, le soutien à l'euroscepticisme a commencé à augmenter rapidement à partir de 2005. Une hausse que l'étude attribue principalement au virage eurosceptique du parti polonais Droit et Justice (PiS). Une augmentation similaire a eu lieu en 2010 avec Fidesz, la formation de l'actuel Premier ministre hongrois Viktor Orban. On observe également un troisième bond, en 2013 cette fois, avec l'émergence du Mouvement 5 Etoiles (M5S) en Italie. On peut encore citer, vers 2015, la progression de l'AfD (Alternative für Deutschland) en Allemagne et Podemos en Espagne. Pour Matthijs Rooduijn, politologue à l'université d'Amsterdam qui a participé à la recherche, ces quatre "vagues" peuvent être plus ou moins liées à des évènements précis au sein du bloc européen : l'élargissement de l'UE en 2004, les référendums français et néerlandais en 2005, la crise de la zone euro en 2010, la crise migratoire en 2015 et le référendum sur le Brexit en 2016. Parmi les partis aux tendances eurosceptiques, ce sont ceux qualifiés "d'extrême droite" qui se taillent la part du lion. Au cours des trois dernières décennies, les votes pour les partis d'extrême droite ont triplé en Europe. Environ un citoyen sur six donne sa voix à ces formations. Leur succès électoral provient de l'hostilité envers l'UE mais également de leurs positions, souvent tranchées, sur d'autres thématiques, comme l'immigration. Pourtant, l'attitude moyenne du citoyen envers l'immigration n'a pas beaucoup évolué au fil des ans. Pourquoi donc vote-t-il davantage pour des partis d'extrême droite ? Pour Matthijs Rooduijn, qui écrit un billet dans The Guardian, cela peut s'expliquer par trois éléments : la capacité de ces partis à mobiliser les électeurs au-delà de leur base, un électeur moins fidèle qu'auparavant à un parti, et la place prédominante que la question de l'immigration a prise dans l'espace politique, public et médiatique. "Il y a aujourd'hui une meilleure adéquation entre l'offre et la demande en matière de politique anti-immigration", résume-t-il. Une situation qu'il juge à double tranchant : une bonne nouvelle car cela donne une voix à ceux qui se sont souvent sentis négligés, une mauvaise car leurs idées sont souvent incompatibles avec les valeurs démocratiques. Si les partis europhobes/sceptiques cartonnent, le soutien au bloc européen atteint un niveau record. De récents sondages ont montré que l'opinion publique était plus favorable à l'UE ces dernières années. Dans un sondage Eurobaromètre réalisé l'an dernier, 68% des sondés estimaient que les pays de l'UE avaient globalement bénéficié de leur appartenance à l'UE. C'est le niveau d'approbation le plus élevé depuis 1983. 61% déclaraient également que l'appartenance de leur pays était une bonne chose, une moyenne qui n'avait été enregistrée qu'après la chute du mur de Berlin en 1989. Une étude du Pew Research Center réalisée en octobre dernier fait également état de taux d'approbation élevés et d'un fort sentiment que l'adhésion à l'UE avait été une bonne chose pour les pays des répondants.Face aux réactions populaires, parfois négatives, contre le Brexit, les leaders populistes ont quant à eux baissé le ton concernant la sortie de l'UE. On entend moins souvent Marine Le Pen parler de Frexit ou Geert Wilders de Nexit. Le discours des partis eurosceptiques, lui aussi, a changé. On ne cherche plus à renier l'Europe en bloc, mais plutôt à la réformer, l'assouplir en vue de rendre un peu de souveraineté nationale aux États membres.