En France, Emmanuel Macron a parlé d'une "guerre" contre le coronavirus. Une guerre, oui. Mais une guerre d'un genre nouveau. Tous contre tous, sans alliances. Les nations et leurs dirigeants semblent être revenus à la logique du chacun pour soi. Chacun use de ses propres moyens pour s'assurer les armes qui permettront de lutter contre la propagation du virus : kits de tests, gants, masques, appareils respiratoires.

C'est dans ce contexte que mercredi l'Amérique a célébré en grande pompe l'arrivée sur le sol de l'Union de plus de 500 000 écouvillons permettant de diagnostiquer le coronavirus. Un stock impressionnant. En comparaison, l'Italie, depuis le début de l'épidémie, n'en a pas fabriqué plus de 100.000. Sauf que justement l'avion qui a assuré cette livraison providentielle provenait... de la base militaire américaine d'Aviano, en Vénétie. Il y avait donc en Italie une réserve colossale de kits de tests, a quelques kilomètres de l'épicentre de l'épidémie qui met à genoux le pays depuis près d'un mois. Des tests dont les hôpitaux italiens manquent cruellement et dont ils ont besoin pour endiguer le mal qui touche la péninsule.

L'annonce de cette livraison transatlantique a été faite sur Instagram par un compte du ministère des armées montrant également une photo de l'avion et de sa cargaison. Un post très vite supprimé. Mais la nouvelle a été ensuite confirmée par un général du Pentagone, Paul Friedrichs, qui, alors qu'il expliquait lors d'un point presse le fonctionnement d'un test standard, a admis que les Etats-Unis en avaient importé d'Italie.

., Capture d'écran Instagram
. © Capture d'écran Instagram

Le demi-million de tests en question a été fabriqué par l'entreprise Copan Diagnostics à Brescia, la ville qui se trouve en ce moment-même en première ligne de la lutte contre le nouveau coronavirus; L'ambassadeur américain en Italie Lewis Einsenberg l'a confirmé au journal La Repubblica : "Nous nous réjouissons que Copan Diagnostics continue d'assurer la production de tests en quantité suffisante pour l'Italie tout en assurant les ventes à l'étranger, et les Etats-Unis continueront d'acheter des tests à des entreprises italiennes selon les nécessités et les quantités disponibles."

"Nous n'étions pas tenus de prévenir les autorités italiennes"

Sauf que justement, non. L'Italie n'a pas de tests en quantité suffisante, au contraire. Tous les jours des milliers de personnes se voient expliquer qu'elles ne seront pas testées et doivent simplement rester chez elles en attendant l'apparition éventuelle de symptômes graves. Même les membres du personnel soignant qui sont en première ligne depuis le début de la pandémie et donc les plus à risques de contracter le virus n'y ont pas droit. Ils se demandent légitimement ce qui a pu mener à la situation dans laquelle une entreprise italienne a vendu à un autre pays plus de tests qu'il n'en a été utilisé dans une péninsule qui est désormais le pays ou le coronavirus a causé le plus de décès.

Copan Diagnostics a assuré que "tout a été fait à la lumière du jour. Nous n'étions pas tenus de prévenir les autorités italiennes. Ces tests sont un produit qui est en vente libre, et nous sommes une entreprise leader qui exporte dans le monde entier. D'ailleurs tous ces tests ont été achetés non pas par le gouvernement américain mais par des clients et distributeurs privés. Ils n'ont été acheminés par un vol militaire que parce qu'il n'y avait pas de vols commerciaux disponibles."

Une explication dont on peut légitimement douter compte-tenu des informations qui circulent sur les méthodes agressives du gouvernement américain pour se fournir en moyens de lutte contre le virus. La Maison Blanche est ainsi soupçonnée d'avoir offert une somme mirobolante au laboratoire allemand CureVac pour obtenir l'exclusivité du vaccin expérimental contre la maladie Covid-19. En ce moment-même, des ventes aux enchères ont lieu partout dans le monde ou notamment des masques et des appareils respiratoires sont vendus à des prix exorbitants. Un enjeu économique où c'est le plus fort qui gagne. Comme lors d'une guerre. Mais une guerre où chacun combat pour soi. Sans alliances

Dans un communiqué, la compagnie Copan Industrials a tenu à réagir à la polémique concernant l'envoi de kits de test aux Etats-Unis.

Dans ce texte, l'entreprise basée à Brescia affirme avoir fourni aux hôpitaux italiens plus d'un million d'écouvillons tandis que seulement 200.000 tests auraient été effectués en Italie. Ce qui selon la firme démontre qu'il n'y a pas de pénurie de ces écouvillons dans la péninsule, raison pour laquelle leur export n'a pas été strictement interdit par le gouvernement italien.

"Pendant des décennies, Copan a exporté ses produits aux Etats-Unis par le biais de distributeurs fournissant à la fois les secteurs publics et privés." Indique Copan industrials.

" En raison de la diminution du nombre de vols commerciaux, le gouvernement américain a affrété un appareil militaire pour organiser le transport de nos écouvillons dans leur pays. [...] Il n'y a eu aucune opération cachée, nos produits ont été vendus au prix du marché et Copan n'a pas vendu de produits à un quelconque gouvernement. Par dessus tout, nous n'avons pas privé du moindre écouvillon les citoyens de Brescia, d'Italie ou d'Europe."

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Philémon Stinès

Sources

https://www.ilpost.it/2020/03/20/mezzo-milione-tamponi-italia-stati-uniti/

:https://www.repubblica.it/cronaca/2020/03/19/news/coronavirus_tamponi_da_brescia_a_stati_uniti-251735473/

https://www.vesuviolive.it/ultime-notizie/330407-coronavirus-tamponi-brescia-usa/

https://www.ilgiornale.it/news/mondo/coronavirus-i-tamponi-arrivati-negli-usa-prodotti-brescia-1843413.html

En France, Emmanuel Macron a parlé d'une "guerre" contre le coronavirus. Une guerre, oui. Mais une guerre d'un genre nouveau. Tous contre tous, sans alliances. Les nations et leurs dirigeants semblent être revenus à la logique du chacun pour soi. Chacun use de ses propres moyens pour s'assurer les armes qui permettront de lutter contre la propagation du virus : kits de tests, gants, masques, appareils respiratoires. C'est dans ce contexte que mercredi l'Amérique a célébré en grande pompe l'arrivée sur le sol de l'Union de plus de 500 000 écouvillons permettant de diagnostiquer le coronavirus. Un stock impressionnant. En comparaison, l'Italie, depuis le début de l'épidémie, n'en a pas fabriqué plus de 100.000. Sauf que justement l'avion qui a assuré cette livraison providentielle provenait... de la base militaire américaine d'Aviano, en Vénétie. Il y avait donc en Italie une réserve colossale de kits de tests, a quelques kilomètres de l'épicentre de l'épidémie qui met à genoux le pays depuis près d'un mois. Des tests dont les hôpitaux italiens manquent cruellement et dont ils ont besoin pour endiguer le mal qui touche la péninsule.L'annonce de cette livraison transatlantique a été faite sur Instagram par un compte du ministère des armées montrant également une photo de l'avion et de sa cargaison. Un post très vite supprimé. Mais la nouvelle a été ensuite confirmée par un général du Pentagone, Paul Friedrichs, qui, alors qu'il expliquait lors d'un point presse le fonctionnement d'un test standard, a admis que les Etats-Unis en avaient importé d'Italie.Le demi-million de tests en question a été fabriqué par l'entreprise Copan Diagnostics à Brescia, la ville qui se trouve en ce moment-même en première ligne de la lutte contre le nouveau coronavirus; L'ambassadeur américain en Italie Lewis Einsenberg l'a confirmé au journal La Repubblica : "Nous nous réjouissons que Copan Diagnostics continue d'assurer la production de tests en quantité suffisante pour l'Italie tout en assurant les ventes à l'étranger, et les Etats-Unis continueront d'acheter des tests à des entreprises italiennes selon les nécessités et les quantités disponibles.""Nous n'étions pas tenus de prévenir les autorités italiennes"Sauf que justement, non. L'Italie n'a pas de tests en quantité suffisante, au contraire. Tous les jours des milliers de personnes se voient expliquer qu'elles ne seront pas testées et doivent simplement rester chez elles en attendant l'apparition éventuelle de symptômes graves. Même les membres du personnel soignant qui sont en première ligne depuis le début de la pandémie et donc les plus à risques de contracter le virus n'y ont pas droit. Ils se demandent légitimement ce qui a pu mener à la situation dans laquelle une entreprise italienne a vendu à un autre pays plus de tests qu'il n'en a été utilisé dans une péninsule qui est désormais le pays ou le coronavirus a causé le plus de décès.Copan Diagnostics a assuré que "tout a été fait à la lumière du jour. Nous n'étions pas tenus de prévenir les autorités italiennes. Ces tests sont un produit qui est en vente libre, et nous sommes une entreprise leader qui exporte dans le monde entier. D'ailleurs tous ces tests ont été achetés non pas par le gouvernement américain mais par des clients et distributeurs privés. Ils n'ont été acheminés par un vol militaire que parce qu'il n'y avait pas de vols commerciaux disponibles."Une explication dont on peut légitimement douter compte-tenu des informations qui circulent sur les méthodes agressives du gouvernement américain pour se fournir en moyens de lutte contre le virus. La Maison Blanche est ainsi soupçonnée d'avoir offert une somme mirobolante au laboratoire allemand CureVac pour obtenir l'exclusivité du vaccin expérimental contre la maladie Covid-19. En ce moment-même, des ventes aux enchères ont lieu partout dans le monde ou notamment des masques et des appareils respiratoires sont vendus à des prix exorbitants. Un enjeu économique où c'est le plus fort qui gagne. Comme lors d'une guerre. Mais une guerre où chacun combat pour soi. Sans alliances.Philémon StinèsSources https://www.ilpost.it/2020/03/20/mezzo-milione-tamponi-italia-stati-uniti/:https://www.repubblica.it/cronaca/2020/03/19/news/coronavirus_tamponi_da_brescia_a_stati_uniti-251735473/https://www.vesuviolive.it/ultime-notizie/330407-coronavirus-tamponi-brescia-usa/https://www.ilgiornale.it/news/mondo/coronavirus-i-tamponi-arrivati-negli-usa-prodotti-brescia-1843413.html