De l'interview qu'Emmanuel Macron a accordée au Parisien, on a surtout retenu son intention d'"emmerder les non-vaccinés". On peut estimer qu'un président de la république ne devrait pas parler comme cela, pas plus du reste qu'un candidat à la charge suprême. Le plus problématique ne résidait pourtant pas dans le recours à ce langage familier mais bien dans deux autres inclinations que cette interview révélait du chef de l'Etat.
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De l'interview qu'Emmanuel Macron a accordée au Parisien, on a surtout retenu son intention d'"emmerder les non-vaccinés". On peut estimer qu'un président de la république ne devrait pas parler comme cela, pas plus du reste qu'un candidat à la charge suprême. Le plus problématique ne résidait pourtant pas dans le recours à ce langage familier mais bien dans deux autres inclinations que cette interview révélait du chef de l'Etat. Il y a affirmé avoir "très envie" d'emmerder les non-vaccinés et a poursuivi en assurant qu'on "va continuer de le faire jusqu'au bout". L'envie d'un président devient donc la politique d'un gouvernement. Et ce n'est pas le plus sain dans l'exercice d'un pouvoir démocratique parce qu'à cette aune, c'est peut-être un caprice de son patron que Jean Castex devra satisfaire demain. Surtout, Emmanuel Macron a paru dénier aux non-vaccinés le statut de citoyen. "Quand ma liberté vient menacer celle des autres, je deviens un irresponsable. Un irresponsable n'est plus un citoyen", a-t-il soutenu. De quel droit le président français se permet-il d'établir de nouveaux critères de déchéance potentielle de nationalité? Il flirte avec l'abus de pouvoir et, à nouveau, avec le mépris. Mais Emmanuel Macron n'en a cure. Il a réussi un coup politique. Et que l'histoire questionne sa hauteur morale parce qu'il aura recouru à ce procédé lui importera peu s'il est réélu au soir du 30 avril. En se rangeant aussi radicalement du côté des vaccinés, il flatte les "bons" citoyens, majoritaires, qui sont lassés de devoir se restreindre pour satisfaire l'obstination égotiste d'une minorité. Il embarrasse Valérie Pécresse, la candidate du parti Les Républicains, dont les cadres sont divisés sur le pass vaccinal et sur la pression croissante exercée sur les non-vaccinés. Et en surfocalisant la campagne sur la gestion de l'épidémie, il prive Eric Zemmour de débat sur son thème programmatique de prédilection, la question migratoire et la place de l'islam. Emmanuel Macron progresse - légèrement - dans les sondages. Et certains de ses adversaires, croyant pouvoir capitaliser sur la même recette, enchaînent avec d'autres punchlines. "Il faut ressortir le Kärcher. [...] Il est temps de nettoyer les quartiers. Il faut traquer les caïds, les voyous, les criminels, les dealers. C'est eux qu'il faut harceler, qu'il faut punir, qu'il faut priver de leur citoyenneté" (sous-entendu: pas les non-vaccinés), scande Valérie Pécresse, en essayant de raviver le souvenir "glorieux" de la présidence Sarkozy, un exercice à double tranchant - sa politique n'avait pas été couronnée de succès sur la question de la sécurité et il s'est, depuis, rapproché de Macron. On en vient à se demander à qui peut, au final, profiter tout ce brouhaha. Et une conviction commence à se faire jour pour convenir que Marine Le Pen pourrait en être la grande bénéficiaire. Face aux outrances et aux absences d'Eric Zemmour, elle apparaît, à tort ou à raison, moins radicale et son programme plus crédible. Zemmour la normalise. Aux saillies clivantes d'Emmanuel Macron, elle oppose une stratégie rassembleuse et apaisée. Macron la présidentialise. Elle est nettement moins haut dans les sondages qu'à pareille époque il y a cinq ans. Mais elle pourra bénéficier d'une plus grande réserve de voix et du désamour de la gauche pour Macron. Et si le danger pour la France venait de la sous-estimation de la perdante de 2017?