Pas de quoi pavoiser. Un homme en cavale, les forces de sécurité du royaume à ses trousses, et c'est toute la Flandre qui se prend l'extrémisme de droite au visage. C'est que le courant idéologique serait tendance au nord du pays, sa présence de plus en plus envahissante et les bourgmestres toujours plus nombreux à signaler des indices de son inquiétante vitalité: alors qu'ils n'étaient encore qu'un sur cinq en 2018, ils sont aujourd'hui un sur trois à déclarer le voir pointer le bout de son groin. Sur le marché pas mal encombré de la radicalisation, la version ultradroitière est une valeur cotée à la hausse, occupée à carrément voler la vedette à ses variantes de gauc...

Pas de quoi pavoiser. Un homme en cavale, les forces de sécurité du royaume à ses trousses, et c'est toute la Flandre qui se prend l'extrémisme de droite au visage. C'est que le courant idéologique serait tendance au nord du pays, sa présence de plus en plus envahissante et les bourgmestres toujours plus nombreux à signaler des indices de son inquiétante vitalité: alors qu'ils n'étaient encore qu'un sur cinq en 2018, ils sont aujourd'hui un sur trois à déclarer le voir pointer le bout de son groin. Sur le marché pas mal encombré de la radicalisation, la version ultradroitière est une valeur cotée à la hausse, occupée à carrément voler la vedette à ses variantes de gauche et même djihadiste. C'est pas du jeu, c'est pas fair-play, hurle la mouvance nationaliste flamande que ce genre de hit-parade désole et incommode. N-VA et Vlaams Belang appellent à prendre de la hauteur, à relever le défi de la radicalisation sans verser outrancièrement dans une focalisation sur une de ses branches, par un effet de mode lié à la traque d'un militaire, peut-être d'ailleurs un loup solitaire, connoté d'extrême droite. Cette approche ne pourrait être que contre-productive. "Se focaliser, c'est susciter davantage de polarisation", raisonne ainsi Nadia Sminate, députée N-VA. Et puis, il ne faut surtout pas confondre conviction politique et violence politique. Le passage à l'acte, voilà la ligne rouge à ne pas franchir. Comme si tout le reste n'était que littérature. Affaire d'opinions. Ou querelle de drapeau. Car au milieu de cette tourmente, le Vlaamse Leeuw vit des moments difficiles. On se dispute l'usage des couleurs officielles de la Flandre et l'on s'accuse mutuellement d'en abuser. Lorsqu'en 1985, la Communauté flamande a adopté le fier lion noir et jaune en guise de drapeau, le mouvement flamand en avait fait depuis belle lurette une marque déposée, quoique sous des traits différents. Voici quelques semaines, le Vlaams Belang s'offusquait de voir le Vlaamse Leeuw catalogué comme un signe de radicalisation en étant affiché sur un Powerpoint à l'occasion d'un webinaire consacré par l'Union flamande des villes et communes à l'extrémisme de droite. "C'est aller un pont trop loin, plus encore de la part d'une organisation qui fonctionne grâce à l'argent du contribuable flamand", s'insurgeait alors le chef de groupe du parti, Chris Janssens. De voir le Belang se draper dans les couleurs de la Flandre, l'Open VLD Bart Somers a vu rouge. Du haut de sa dignité de ministre flamand de l'Intérieur, il a crié à son tour à l'usurpation, à la profanation: "Notre drapeau, mon drapeau, le drapeau officiel de la Communauté flamande, n'est pas la propriété des nationalistes mais de tous les citoyens de la Communauté flamande. Les nationalistes commettent l'erreur de croire que ce drapeau leur appartient alors qu'il appartient à tout le monde. Qui en abuse, qui nuit à son image? Ces gens qui, aujourd'hui en Flandre, posent des armes de guerre à la main, avec derrière eux le Vlaamse Leeuw. Je trouve scandaleux que notre drapeau soit capté par les extrémistes de droite, cela me dégoûte que l'on souille ainsi mon, notre drapeau." On ne choisit pas toujours ses fréquentations.