Si d'ici à fin avril les mesures anticovidiennes sautent pour cause d'illégalité, ce sera à deux femmes que la société belge le devra. A deux Audrey: Despontin et Lackner, avocates de la Ligue des droits humains, qui ont initié une action en référé auprès du tribunal de première instance de Bruxelles. Et qui l'ont gagnée.
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Si d'ici à fin avril les mesures anticovidiennes sautent pour cause d'illégalité, ce sera à deux femmes que la société belge le devra. A deux Audrey: Despontin et Lackner, avocates de la Ligue des droits humains, qui ont initié une action en référé auprès du tribunal de première instance de Bruxelles. Et qui l'ont gagnée. Ce n'était sans doute pas leur volonté, mais ça sonne comme une revanche. Ou, à tout le moins, un symbole: ces restrictions sanitaires qui touchent d'abord les femmes se retrouvent sérieusement ébranlées à cause/grâce (biffez la mention inutile selon que vous soyez pro ou anti) de deux femmes. Elles qui furent si peu entendues, depuis le début de la pandémie. Suffit de regarder une photo du dernier Codeco. Que du costard-cravate, depuis qu'il n'y a plus Sophie Wilmès. Puis, chez les "experts", tellement de Van (Ranst, Gucht, Damme, Laethem), de Gilbert, André, Coppieters, Molenberghs, Devos... Pour une Vlieghe et une Belkhir! La crise est gérée par des hommes. Blancs, quinquas, bourgeois. Et ça rime avec patriarcat. Des types qui ont pensé - comme l'a admis Marius Gilbert dans La Libre en mars dernier - que tous les Belges étaient à leur image. Mariés, deux gosses, dans une villa quatre façades avec un chien qui galope dans le jardin. Comme si notre pays était dépourvu de célibataires, de locataires, de précaires. Or, tous ceux-là sont en réalité majoritairement celles-là. C'est statistique: plus de femelles que de mâles, donc pas de paire pour toutes. Les familles monoparentales vivent pour moitié sous le seuil de pauvreté, et 83% d'entre elles ont des mères à leur tête. Les logements publics wallons sont occupés à 75% par des isolés, et 65% d'entre eux sont des "elles". "La problématique du mal-logement est profondément sexuée, résume une étude du Crisp. Les femmes [en] subissent de plein fouet les ravages. Tout simplement parce qu'elles sont davantage exposées à la précarité matérielle." Le temps partiel, le plafond de verre, la discrimination à l'embauche, les droits non individualisés, l'écart salarial, tout ça tout ça. Et maintenant, une pandémie! Et son explosion de violences intrafamiliales. Et son télétravail obligatoire. Une règle à l'impact "beaucoup plus fort sur les femmes que sur les hommes, surtout avec des enfants à domicile, puisqu'elles restent en première ligne dans la zone domestique", dixit la constitutionnaliste Anne-Emmanuelle Bourgaux (UMons), qui rappelait récemment à l'agence de presse Belga que ces messieurs consacrent chaque jour une heure et quinze minutes de moins que ces dames aux tâches ménagères. "Le droit de pouvoir travailler à l'extérieur, c'est une conquête. Cela a permis aux femmes de sortir des obligations qui leur sont traditionnellement dévolues."Et puis, c'est rarement souligné mais les métiers les plus exposés sont majoritairement genrés. Et pas seulement les infirmières ou les caissières. Professions "de contact", c'est en fait synonyme de "jobs féminins". Comme le sont les coiffeurs, à 78%. Pas de statistiques pour les esthéticiennes, masseuses, pédicures et manucures, mais qui a déjà été se faire faire le bikini ou une french chez un homme? Il y a les serveurs, aussi. A 59% des femmes. Les vendeurs en magasins: à 68%. Les pharmaciens: 69%. Les profs de maternelle, primaire, secondaire: respectivement 98, 84 et 67%. Les psychologues, qui risquent de bientôt crouler sous la tâche: 80%. Dans l'Horeca, par contre, il y a plus de restaurateurs et de tenanciers de bars masculins. Et devinez qui l'on entend le plus protester?