La grève nationale de ce lundi n'est pas de nature à faire baisser la tension au sein de la majorité fédérale, après une dizaine de jours marqués par le bras de fer sur les mesures sanitaires et les âpres critiques du MR qui s'en sont suivies. Même si ce n'est pas de nature à la faire tomber: ce sont davantage des jeux de positionnements auxquels on assiste pour l'instant.
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La grève nationale de ce lundi n'est pas de nature à faire baisser la tension au sein de la majorité fédérale, après une dizaine de jours marqués par le bras de fer sur les mesures sanitaires et les âpres critiques du MR qui s'en sont suivies. Même si ce n'est pas de nature à la faire tomber: ce sont davantage des jeux de positionnements auxquels on assiste pour l'instant.Aujourd'hui, c'est le coeur du projet socio-économique de la Vivaldi qui est sur la table. Avec un président du PS, Paul Magnette, qui soutient "à 200%" les travailleurs, d'autant plus que le PTB fait tout pour récupérer le mouvement. La rivalité PS-MR ne fait pas oublier qu'une sérieux combat se joue à gauche également. Que le MR ne voit pas forcément d'un mauvais oeil, car tant que le PTB taille des croupières au PS ses chances de devenir le premier parti francophone en 2024 grandissent. Voilà l'enjeu, du moins sur le terrain politique. Car sur le plan social et immédiat, la grève porte cette revendication: dans les secteurs qui ont "profité" de la crise, comme la grande distribution ou le pharma, pourquoi ne pourrait-on pas octroyer une hausse de plus de 0,4% aux "héros du Corona"?Les syndicats mobilisent, en première instance, pour dénoncer une marge de manoeuvre salariale trop limitée, après l'échec rapide du dialogue social avec le patronat, tout en exprimant un malaise plus large sur la répartition des richesses. La balle est désormais dans le camp du gouvernement qui temporise, et pour cause: il est profondément divisé sur le sujet et estime... que cela reste du ressort du dialogue social.Pour le PS, cette grève nationale est parfaitement justifiée: poussé dans son dos à l'extrême gauche, il doit le crier haut et fort. D'habitude plutôt discret, pour laisser les gouvernements faire leur travail, son président a multiplié les expressions publiques ces derniers jours. En se déclarant "à 200%" derrière les travailleurs.N'est-ce pas curieux que le PS exprime ce soutien alors... qu'il participe précisément à toutes les majorités? "Pour les actionnaires, il y a de l'argent, mais pour les travailleurs, il n'y en a pas? Mais c'est le coeur du coeur du combat du socialisme, se justifie un Paul Magnette dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux dimanche, après plusieurs interviews dans le même sens ce week-end. Je suis à 200% derrière les travailleurs parce que cette grève n'est pas une grève contre le gouvernement, c'est une action de mobilisation pour mettre la pression sur les employeurs." Il souligne que certains secteurs ont profité de la crise, comme la grande distribution, et pourraient revaloriser les salaires au-delà des 0,4%, à l'heure où des dirigeants (chez Delhaize) s'octroient des hausses de 30%.Paul Magnette fait d'ailleurs feu de tout bois contre le patronat et la FEB accusée de "bloquer l'enveloppe bien-être, et donc l'augmentation des basses allocations et des basses pensions pour les personnes en grande difficulté". "C'est un chantage de lier cela aux négociations salariales, peste un numéro un socialiste qui se dit "terriblement en colère".Tant la grève que ces déclarations visent aussi à mettre la pression pour la suite: une fois la pandémie vaincue, les grands chantiers socio-économiques (emploi, pensions, budget...) seront sur la table.Le combat des chefs à gauche n'est pas pour rien dans ce climat électrique. Dans un grand entretien au Soir, samedi, Paul Magnette tapait à plusieurs reprises sur le PTB: "un parti poujadiste de gauche qui n'apporte rien au débat public", un parti qui reprend les combats du socialisme et "se distingue par la défense de la Chine et de Cuba et le refus de comdamner la violation des droits fondamentaux dans ces pays".Personne n'est dupe, toutefois, au sujet de la difficulté du PS de concilier son rôle de gestionnaire responsable dans cette période délicate avec celui d'agitateur à gauche. Le dernière baromètre Le Soir/RTL-TVI illustrait bien l'enjeu politique avec un PTB en forte hausse, se rapprochant même de la place de numéro un en Wallonie. "Même si un jour le PTB dépasse le PS, jamais ils ne prendront leurs responsabilités, dit encore Paul Magnette, jamais, vous devez bien vous mettre ça au fond du crâne, c'est un parti léniniste."En attendant, la figure de proue du PTB surfe sur la vague. Dans une carte blanche publiée sur notre site, Raoul Hedebouw, sa figure de proue, souligne que "les héros du Corona méritent mieux que des miettes"."Que nous a appris la crise du coronavirus?, écrit Raoul Hedebouw. Qui prépare le gâteau, qui produit de la richesse? Ce ne sont pas les Pieter Timmermans (président de la FEB -ndlr) de ce monde, mais bien le personnel soignant, les caissières et les dockers, les chauffeurs de camion, les aides-ménagères, les enseignants et les puéricultrices, les réassortisseurs, les ouvriers à la chaîne et tant d'autres. C'est la classe travailleuse qui fait tourner la société. S'ils n'avaient pas continué à travailler pendant la crise, notre société se serait effondrée. Ces héros et héroïnes méritent mieux qu'une hausse de salaire dérisoire de maximum 0,4 %, ou qu'une prime unique."A droite, forcément, on regarde avec un mélange d'indignation et d'intérêt cette course à l'échalotte. "Je suis fils d'indépendant, je sais l'impact du client qui ne passe pas la porte, soulignait dimanche midi Georges-Louis Bouchez président du MR, sur RTL-TVI. Faire grève, ne pas travailler alors que tellement d'autres ne peuvent pas, ce n'est pas correct." Avant cela, il avait déjà dénoncé "l'irresponsabilité dangereuse" des syndicats d'appeler à la grève en pleine pandémie. La Fédération des entreprises de Belgique (FEB) ne dit pas autre chose ce lundi matin: "en ces temps extrêmement difficiles, personne n'a rien à gagner de cette grève". Le président du MR argumente encore: ces 0,4% s'ajoutent à l'indexation des salaires et alors qu'une crise économique d'envergure est causée par la crise sanitaire, l'essentiel est de "préserver les emplois". Dans les secteurs qui ont "profité" de la crise, des jours sombres pourraient d'ailleurs suivre si le pouvoir d'achat baisse. Et il convient de respecter la loi (de 1996) qui veille à préserver le caractère concurrentiel de l'économie belge. Le Syndicat libéral (CGSLB), constate encore Georges-Louis Bouchez, ne s'associe pas à cette grève car il estime qu'il est encore l'heure de la concertation: "Cela prouve qu'il reste un syndicalisme responsable".En toile de fond, il y a ceci: le MR dénonce le côté populiste et extrémiste du PTB, en rappellant les maux du communisme. Mais le parti libéral ne voit pas forcément sa progression d'un mauvais oeil car l'enjeu pour 2024 sera bel et bien la première place du côté francophone - et plus le PTB taille des croupières aux socialistes, plus le MR a des chances de sortir gagnant du combat.Le président libéral doit toutefois s'expliquer et s'expliquer encore après ses critiques émises à l'issue du dernier Comité de concertation et les tensions internes qui sont apparues au sein de son parti, après la "colère" de sa vice-Première ministre, Sophie Wilmès, contre cette défiance face au consensus sur le paquet de mesures pour lutter contre la recrudescence de l'épidémie."Je tiens à rappeler mon soutien envers l'ensemble de mes ministres du gouvernement, l'ensemble des mandataires qui font un excellent travail, a dit Georges-Louis Bouchez, dimanche. Et vu la configuration du gouvernement, le débat est normal!" Et encore: "Ce gouvernement n'est pas en danger. Tous ceux qui empêcheraient l'équilibre du gouvernement seraient irresponsables. Ce qui n'empêche pas le débat et nous restons loyaux à l'accord du gouvernement." La gestion de la pandémie ne faisait pas partie de cet accord: CQFD.Paul Magnette, de son côté, a rappelé que le Premier ministre, Alexander De Croo (Open VLD), avait affirmé que l'attitude du MR devait cesser en Conseil des ministres restreint, jeudi dernier. "Je ne dirais pas qu'il y a un problème avec le MR, dit-il en saluant le travail de Sophie Wilmès ou du ministre-président francophone, Pierre-Yves Jeholet. Il y a une stratégie ou une attitude du président du MR qui est très particulière. Et qui donne à penser, quand on voit le duo permanent avec Denis Ducarme, que c'est un problème de lutte pour le leadership."Sur fond de lutte des travailleurs, chaque parti se positionne, pointe du doigt le problème de son rival et tente de soigner ses maux. En sachant qu'après, PS et MR devront bien dialoguer au sein du gouvernemet, tandis que le PTB continuera à faire du bruit... pour rien.