Pendant des années, Daniel a travaillé dur comme agent de sécurité : de longs shifts de travail, des heures supplémentaires de plus en plus nombreuses, la nécessité de remplacer régulièrement des collègues malades... Il a toujours continué à se démener. Jusqu'à il y a deux mois. Soudain, il n'y arrivait plus. C'est avec difficulté qu'il s'est levé de son lit. J'ai alors posé le diagnostic de burn-out.

Un grand sens des responsabilités est typique des personnes souffrant de burn-out. Daniel est une telle personne. Comme beaucoup de gens dans son cas, il avait le sentiment de ne pas être à la hauteur. Comme s'il ne pouvait pas faire face à autant de choses que les autres, ou qu'il ne faisait pas assez d'efforts. Comme s'il avait laissé tomber ses collègues et qu'il aurait déjà dû être rétabli. Ces pensées persistantes prennent beaucoup d'énergie et nuisent au processus de guérison. Après des semaines passées à essayer de faire sortir ces idées de la tête de mon patient, ces pensées se sont progressivement estompées et nous avons enfin pu entamer les étapes suivantes du processus thérapeutique.

Juste "un petit formulaire" ?

Mais Daniel reçoit alors un questionnaire de la mutuelle, en vue de sa réintégration. Celui-ci doit être complété dans la semaine. Une sélection des questions : "je m'inquiète de ce que mes collègues pensent de mon absence" ; "quand je reviendrai, je devrai travailler dur ou faire plus d'heures pour rattraper mon retard" ; "dans mon travail, je m'engage à deux cents pour cent" ; "pensez-vous pouvoir reprendre votre travail normal sans restrictions dues à votre maladie, et ce dans un délai de quatre semaines ?". Pas de quoi se réjouir. Ces questions sont évidemment intéressantes à poser pour un soignant mais pas s'il s'agit de contrôler et éventuellement sanctionner le travailleur.

Contrairement à ce que prétend le ministre Vandenbroucke, un tel questionnaire n'est pas seulement "un petit formulaire" à remplir. Ce qui est pour lui une formalité peut avoir des conséquences négatives majeures pour le patient et son processus de guérison. Daniel est complètement retourné par ces questions. Elles lui donnent l'impression que c'est mal d'être malade et que c'est sa propre faute. De la sorte, on fait plusieurs pas en arrière dans le processus de rétablissement au lieu d'avancer. Ce n'est pas ce dont les malades de longue durée ont besoin. Il ne faut pas de stigmatisation ou culpabilisation.

Notre pays compte désormais un demi-million de malades de longue durée. Cela représente 1 travailleur sur 10. Parmi eux, 112 000 souffrent de burn-out ou de dépression. Lorsque tant de personnes tombent malades dans une même génération, il est impossible de parler d'un problème individuel. Le problème est plus profond. Il faut examiner les conditions qui rendent tant de gens malades.

Abdel a travaillé comme opérateur de processus dans une grande entreprise chimique pendant toute sa carrière. Au cours des quatre dernières années, pour le même travail, le nombre de membres du personnel a diminué. Les travailleurs qui partent à la pension ne sont pas remplacés. On demande de plus en plus au travailleurs d'être "polyvlaent" selon le jargon des employeurs. Ce qui veut dire que les travailleurs sont obligés de se déplacer beaucoup plus qu'avant et assumer davantage de responsabilités. Abdel sent qu'il est plus vite fatigué mentalement et physiquement qu'avant. Il lui faut davantage de temps pour récupérer. Le travail par équipes en continu entraîne des troubles du sommeil. Les demandes de congé sont régulièrement refusées en raison du manque de personnel. Abdel est à bout.

Rythme, pression, accélération : trop de travailleurs à bout

Chaque jour, dans nos cabinets, nous voyons des personnes qui sont au bout du rouleau. Mentalement, physiquement, ou les deux. À cause de leur travail. Le rythme est trop élevé, la pression est intenable, il faut faire plus de travail avec moins de personnes, ou faire les mêmes mouvements de plus en plus vite, ce qui surcharge les articulations. L'hyper-flexibilité et l'emploi précaire deviennent la nouvelle norme. Dans le même temps, le gouvernement Vivaldi continue à démanteler la prépension, pour que les gens soient obligés de travailler encore plus longtemps alors que dans le même temps des jeunes se retrouvent sans emploi ou dans des emplois précaires qui ne leur permettent pas de se projeter et construire un avenir. Lorsque, finalement, ces travailleurs ont été pressés comme des citrons dans leur carrière, arrivent les questionnaires, les contrôles, et désormais également la menace de sanctions. Mais la menace d'une perte de revenu n'a jamais aidé une personne malade à trouver un emploi plus sain ou plus adapté. Ces systèmes rendent en fait les gens encore plus malades.

Les gouvernements de notre pays proposent des "coachs" de réintégration, des bureaux d'intérim pour malades, une intervention rapide du VDAB (équivalent en Flandre du Forem ou d'Actiris, NdlT)... Tout tourne encore et toujours autour des "malades", en tant que principaux responsables. Mais on est aussi indulgent pour les entreprises qu'on est sévère avec les malades de longue durée. Le journal De Standaard résume : "Les sanctions pour les entreprises sont devenues des mesures pour rien.". Où est l'obligation de fournir un travail adapté ? Comment est-il possible que 7 personnes sur 10 qui font un parcours de réintégration sont finalement licenciées ? Ce n'est pas un parcours de réintégration, c'est un parcours de licenciement. Le même article explique que les entreprises ne seraient sanctionnées que si elles dépassaient trois fois la moyenne du secteur en matière de maladie de longue durée. Ainsi, une société de titres-services ne sera sanctionnée que si elle compte trois fois plus de malades de longue durée que toutes les autres sociétés de titres-services. Alors que toutes les aide-ménagères subissent les mêmes accidents du travail et les mêmes problèmes de santé liés au travail à cause de la pression de travail dans le secteur et de la pénibilité (tendinites, canal carpien, lombalgie). De la sorte, la cause n'est traitée dans aucun secteur. Depuis, l'opposition à cette proposition a été telle que le ministre a rapidement nié son existence.

Rendre les circonstances plus humaines

Le "deux poids, deux mesures" est particulièrement choquant. Beaucoup de gens veulent travailler, mais leur demande d'un travail adapté reste lettre morte chez les employeurs. Dans l'étude sur les fins de carrière menée par Médecine pour le Peuple, certains travailleurs ont témoigné du fait qu'ils subissaient des pressions de la part de leur employeur : "soit vous vous adaptez au travail, soit vous en tirez les conclusions." Cela doit changer. Les entreprises qui refusent un travail adapté à leurs travailleurs malades et préfèrent licencier ceux-ci doivent être réellement sanctionnées. C'est le seul moyen de mettre les grandes entreprises face à leurs responsabilités.

En reconnaissant le burn-out comme maladie professionnelle, on augmente également la responsabilité des employeurs. Cela permettrait d'assurer le remboursement des traitements, mais, surtout, cette reconnaissance contribuerait à une meilleure prévention, car les employeurs se sentiraient plus responsables et prendraient des mesures.

Si on veut s'attaquer à l'épidémie de maladies de longue durée, il faut en effet agir sur ses causes : la flexibilisation croissante, la pression de travail croissante, mais aussi la fermeture de toutes les options de pension anticipée. C'est le même Frank Vandenbroucke qui, il y a 16 ans, a contribué à l'élaboration du Pacte des générations et au durcissement des conditions de prépension. Les conséquences, on les voit aujourd'hui : pour chaque prépensionné en moins depuis 2012, il y a un malade de longue durée plus âgé en plus. Au lieu de faire la chasse aux travailleurs âgés, il faut oeuvrer pour le droit au repos et à la liberté en fin de carrière, sans que les gens deviennent gravement malades. Si on veut un véritable changement, c'est à cela qu'il faut s'attaquer. Car, si les circonstances sont tellement déterminantes pour l'être humain, rendons les circonstances plus humaines.

Pendant des années, Daniel a travaillé dur comme agent de sécurité : de longs shifts de travail, des heures supplémentaires de plus en plus nombreuses, la nécessité de remplacer régulièrement des collègues malades... Il a toujours continué à se démener. Jusqu'à il y a deux mois. Soudain, il n'y arrivait plus. C'est avec difficulté qu'il s'est levé de son lit. J'ai alors posé le diagnostic de burn-out. Un grand sens des responsabilités est typique des personnes souffrant de burn-out. Daniel est une telle personne. Comme beaucoup de gens dans son cas, il avait le sentiment de ne pas être à la hauteur. Comme s'il ne pouvait pas faire face à autant de choses que les autres, ou qu'il ne faisait pas assez d'efforts. Comme s'il avait laissé tomber ses collègues et qu'il aurait déjà dû être rétabli. Ces pensées persistantes prennent beaucoup d'énergie et nuisent au processus de guérison. Après des semaines passées à essayer de faire sortir ces idées de la tête de mon patient, ces pensées se sont progressivement estompées et nous avons enfin pu entamer les étapes suivantes du processus thérapeutique. Mais Daniel reçoit alors un questionnaire de la mutuelle, en vue de sa réintégration. Celui-ci doit être complété dans la semaine. Une sélection des questions : "je m'inquiète de ce que mes collègues pensent de mon absence" ; "quand je reviendrai, je devrai travailler dur ou faire plus d'heures pour rattraper mon retard" ; "dans mon travail, je m'engage à deux cents pour cent" ; "pensez-vous pouvoir reprendre votre travail normal sans restrictions dues à votre maladie, et ce dans un délai de quatre semaines ?". Pas de quoi se réjouir. Ces questions sont évidemment intéressantes à poser pour un soignant mais pas s'il s'agit de contrôler et éventuellement sanctionner le travailleur. Contrairement à ce que prétend le ministre Vandenbroucke, un tel questionnaire n'est pas seulement "un petit formulaire" à remplir. Ce qui est pour lui une formalité peut avoir des conséquences négatives majeures pour le patient et son processus de guérison. Daniel est complètement retourné par ces questions. Elles lui donnent l'impression que c'est mal d'être malade et que c'est sa propre faute. De la sorte, on fait plusieurs pas en arrière dans le processus de rétablissement au lieu d'avancer. Ce n'est pas ce dont les malades de longue durée ont besoin. Il ne faut pas de stigmatisation ou culpabilisation. Notre pays compte désormais un demi-million de malades de longue durée. Cela représente 1 travailleur sur 10. Parmi eux, 112 000 souffrent de burn-out ou de dépression. Lorsque tant de personnes tombent malades dans une même génération, il est impossible de parler d'un problème individuel. Le problème est plus profond. Il faut examiner les conditions qui rendent tant de gens malades. Abdel a travaillé comme opérateur de processus dans une grande entreprise chimique pendant toute sa carrière. Au cours des quatre dernières années, pour le même travail, le nombre de membres du personnel a diminué. Les travailleurs qui partent à la pension ne sont pas remplacés. On demande de plus en plus au travailleurs d'être "polyvlaent" selon le jargon des employeurs. Ce qui veut dire que les travailleurs sont obligés de se déplacer beaucoup plus qu'avant et assumer davantage de responsabilités. Abdel sent qu'il est plus vite fatigué mentalement et physiquement qu'avant. Il lui faut davantage de temps pour récupérer. Le travail par équipes en continu entraîne des troubles du sommeil. Les demandes de congé sont régulièrement refusées en raison du manque de personnel. Abdel est à bout. Chaque jour, dans nos cabinets, nous voyons des personnes qui sont au bout du rouleau. Mentalement, physiquement, ou les deux. À cause de leur travail. Le rythme est trop élevé, la pression est intenable, il faut faire plus de travail avec moins de personnes, ou faire les mêmes mouvements de plus en plus vite, ce qui surcharge les articulations. L'hyper-flexibilité et l'emploi précaire deviennent la nouvelle norme. Dans le même temps, le gouvernement Vivaldi continue à démanteler la prépension, pour que les gens soient obligés de travailler encore plus longtemps alors que dans le même temps des jeunes se retrouvent sans emploi ou dans des emplois précaires qui ne leur permettent pas de se projeter et construire un avenir. Lorsque, finalement, ces travailleurs ont été pressés comme des citrons dans leur carrière, arrivent les questionnaires, les contrôles, et désormais également la menace de sanctions. Mais la menace d'une perte de revenu n'a jamais aidé une personne malade à trouver un emploi plus sain ou plus adapté. Ces systèmes rendent en fait les gens encore plus malades.Les gouvernements de notre pays proposent des "coachs" de réintégration, des bureaux d'intérim pour malades, une intervention rapide du VDAB (équivalent en Flandre du Forem ou d'Actiris, NdlT)... Tout tourne encore et toujours autour des "malades", en tant que principaux responsables. Mais on est aussi indulgent pour les entreprises qu'on est sévère avec les malades de longue durée. Le journal De Standaard résume : "Les sanctions pour les entreprises sont devenues des mesures pour rien.". Où est l'obligation de fournir un travail adapté ? Comment est-il possible que 7 personnes sur 10 qui font un parcours de réintégration sont finalement licenciées ? Ce n'est pas un parcours de réintégration, c'est un parcours de licenciement. Le même article explique que les entreprises ne seraient sanctionnées que si elles dépassaient trois fois la moyenne du secteur en matière de maladie de longue durée. Ainsi, une société de titres-services ne sera sanctionnée que si elle compte trois fois plus de malades de longue durée que toutes les autres sociétés de titres-services. Alors que toutes les aide-ménagères subissent les mêmes accidents du travail et les mêmes problèmes de santé liés au travail à cause de la pression de travail dans le secteur et de la pénibilité (tendinites, canal carpien, lombalgie). De la sorte, la cause n'est traitée dans aucun secteur. Depuis, l'opposition à cette proposition a été telle que le ministre a rapidement nié son existence. Le "deux poids, deux mesures" est particulièrement choquant. Beaucoup de gens veulent travailler, mais leur demande d'un travail adapté reste lettre morte chez les employeurs. Dans l'étude sur les fins de carrière menée par Médecine pour le Peuple, certains travailleurs ont témoigné du fait qu'ils subissaient des pressions de la part de leur employeur : "soit vous vous adaptez au travail, soit vous en tirez les conclusions." Cela doit changer. Les entreprises qui refusent un travail adapté à leurs travailleurs malades et préfèrent licencier ceux-ci doivent être réellement sanctionnées. C'est le seul moyen de mettre les grandes entreprises face à leurs responsabilités. En reconnaissant le burn-out comme maladie professionnelle, on augmente également la responsabilité des employeurs. Cela permettrait d'assurer le remboursement des traitements, mais, surtout, cette reconnaissance contribuerait à une meilleure prévention, car les employeurs se sentiraient plus responsables et prendraient des mesures. Si on veut s'attaquer à l'épidémie de maladies de longue durée, il faut en effet agir sur ses causes : la flexibilisation croissante, la pression de travail croissante, mais aussi la fermeture de toutes les options de pension anticipée. C'est le même Frank Vandenbroucke qui, il y a 16 ans, a contribué à l'élaboration du Pacte des générations et au durcissement des conditions de prépension. Les conséquences, on les voit aujourd'hui : pour chaque prépensionné en moins depuis 2012, il y a un malade de longue durée plus âgé en plus. Au lieu de faire la chasse aux travailleurs âgés, il faut oeuvrer pour le droit au repos et à la liberté en fin de carrière, sans que les gens deviennent gravement malades. Si on veut un véritable changement, c'est à cela qu'il faut s'attaquer. Car, si les circonstances sont tellement déterminantes pour l'être humain, rendons les circonstances plus humaines.