Le 1er mai est traditionnellement un moment de musculation politique. La cuvée 2021 ne fera pas exception à la règle. La gauche et la droite ont entamé un bras de fer plus que symbolique autour de l'accord interprofessionnel et de la discussion - laborieuse - entre partenaires sociaux, avec l'augmentation salariale et les dividendes des grandes entreprises pour enjeu.
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Le 1er mai est traditionnellement un moment de musculation politique. La cuvée 2021 ne fera pas exception à la règle. La gauche et la droite ont entamé un bras de fer plus que symbolique autour de l'accord interprofessionnel et de la discussion - laborieuse - entre partenaires sociaux, avec l'augmentation salariale et les dividendes des grandes entreprises pour enjeu.En résumé, les socialistes (et les écologistes) demandent une marge supérieure à 0,4% pour augmenter les salaires - fixée en fonction de la loi sur la modération salariale, induite par une loi de 1996. Si ce n'est pas le cas, le PS menace de demander que l'on active un autre article de la même loi pour limiter les dividendes des entreprises. En bombant le torse: ce vendredi matin, Paul Magnette disait notamment: "Sous le gouvernement Michel, c'était open bar pour le patronat. Maintenant, c'est fini, les socialistes sont de retour." Forcément, le PTB met de l'huile sur le feu dans ce qui s'apparente comme un combat à mort à la gauche du paysage politique en Belgique francophone. "La vraie solution, c'est de libérer la négociation salariale pour permettre de vraies augmentations, dit Raoul Hedebouw. Et donc d'adapter la loi de 1996. J'ai déposé une proposition de loi dans ce sens avec mon camarade Marc Goblet (ancien patron de la FGTB - Ndlr). Nous pouvons la voter dès la semaine prochaine."Quant aux libéraux, ils restent sur une ligne ferme de modération salariale, en rappelant plus souvent qu'à leur tour ce qui a été coulé dans le marbre de la déclaration gouvernementale: "Puis-je rappeler à Paul Magnette qu'il y a un accord de gouvernement?, coupe Georges-Louis Bouchez, président du MR. Interdire les dividendes c'est priver l'Etat et les politiques sociales de plusieurs milliards d'euros de rentrées via ses participations et l'impôt, souligne. Courir derrière les populistes n'est jamais une bonne idée." Avec, en retour, une remarque grivoise de Jean-Pascal Labille (PS), patron de Solidarits. Ambiance.Jeudi après-midi à la Chambre, le Premier ministre a appelé les uns et les autres à "ne passe tourner le dos". Précisant: "La solution, c'est de ne pas se diviser, mais de chercher ce qui nous unit. Cela vaut aussi pour les partenaires sociaux dont nous attendons qu'ils parviennent à trouver des solutions." Ceux-ci poursuivront le dialogue social dans les semaines à venir, ont-ils annoncé.L'enjeu? Ne pas opposer Deborah à Carole. Pour sortir de la crise, il convient de panser les plaies de tous ceux qui ont fortement souffert de son impact socio-économique. Conner Rousseau, président des socialistes flamands (Vooruit), a mis en avant la figure de Deborah, jeune caissière dans un supermarché, pour symboliser la nécessité d'un revalorisation salariale. Le Premier ministre, en retour, a évoqué l'importance de ne pas oublier une tout aussi symbolique Carole, jeune entrepreneuse. Et le MR d'ajouter tous ces indépendants qui sont les premières victimes des activités à l'arrêt depuis des mois.Voilà pourquoi la nécessité d'une concorde nationale s'impose par-delà les gesticulations et les muscles gonflés à la veille du 1er mai. Il s'agit d'un rendez-vous crucial pour la confiance et l'unité de la société.Le plan de relance européen, qui prévoit quelque 6 milliards d'investissemrnts en Belgique, qui s'accompagnera d'un volet belge, va dans le sens d'une concorde plus large. Le volet belge a été déposé cettte semaine à la Commission européenne. Comme un exemple allant dans le von sens."Nous avons commencé nos travaux à la mi-octobre, avec trois mois de retard par rapport à nos partenaires européens; mais nous sommes dans les temps, se réjouit le ecrétaire d'Etat Thomas Dermine, en charge du dossier et étoile montante du PS. Cela prouve, à mes yeux, que le fédéralisme de coopération peut fonctionner en Belgique. Surtout: nous avons décidé de concentrer les projets d'investissements sur cinq grands enjeux : le climat, la digitalisation, la mobilité, l'inclusion et la productivité, qui est un problème majeur." La négociation n'a pas toujours été simple entre niveaux de pouvoir et chacun a imposé, aussi, ses priorités, rendant l'ensemble pas toujours 100% cohérent. Mais l'unité a été préservée.Le volet belge va d'ailleurs générer de nouveaux bras de fer. "Il y a des sensibilités budgétaires différentes au sein du gouvernement, concède Thomas Dermine. Mais une vaste majorité estime que nous sommes à un moment charnière, qu'investir est doublement bon, pour sortir de la crise et engager la transition. Si la Belgique ne le fait pas, d'autres le feront, à commencer par les Etats-Unis. Ce serait stupide."En effet.