Dans un monde parfait, - d'un point de vue 'progressiste' - la gauche de gestion (le PS) et la gauche de contestation (le PTB) coopéreraient pour construire un meilleur rapport de forces face à la droite. On en est loin. Entre les ex (?) maoïstes et les socialistes, l'ambiance est polaire. Le PS vit mal une situation inédite: par le passé, jamais il n'a été débordé 'sur sa gauche'. Depuis une petite dizaine d'années, le PTB lui fait de l'ombre. Il lui fait la leçon, et aligne quelques réussites électorales tout sauf négligeables.

'Hold-up' électoral

Dans un monde parfait, les deux gauches resteraient évidemment concurrentes sur l'échiquier politique. Au lendemain des élections cependant, elles se retrouveraient au coude à coude, pour obtenir ce qui manque tant aujourd'hui aux gestionnaires de gauche : des avancées sociales significatives, seul moyen de se réconcilier avec leur base militante. Ce coude à coude est impossible actuellement. Le PTB ne possède pas les codes - la culture - du compromis. Il refuse toute alliance avec la gauche gestionnaire, y compris à l'échelon local.

Une FGTB bis ?

Le PTB effectue une sorte de doux 'hold-up' électoral. Il capte un nombre croissant de voix de gauche, mais il n'en fait rien. Ou plutôt, il alimente la contestation sociale, et agit comme s'il était une FGTB bis, Avec une nuance importante : la FGTB, elle, pratique la concertation avec le patronat sur le terrain social. Le PTB, lui, refuse de monter sur le terrain. Même lorsque le PS et Ecolo sont en position inconfortable, face à l'aile droite du gouvernement.

Une stratégie paradoxale.

La stratégie du PTB est paradoxale. Ce parti souhaite doper la gauche. Dans les faits, il l'affaiblit. En refusant toute alliance, il jette les socialistes et les écologistes dans les bras du MR. C'est ce qui s'est passé notamment à Molenbeek, à Liège et en région wallonne. Seul sur sa banquise, le PTB gèle une partie des voix de gauche. Si le phénomène devait s'accentuer lors des prochains scrutins, les bouchons de champagne pourraient sauter chez Georges-Louis Bouchez.

Le PTB a un problème avec le pluralisme. Il reste fasciné par des régimes à parti unique (Chine, Cuba...) ou autoritaires (Venezuela...). Ce positionnement inquiète - le mot est faible - les socialistes. Ceux-ci ont un problème avec le communisme liberticide, toujours la référence doctrinale des dirigeants du PTB.

Dans la tradition marxiste-léniniste

Ce n'est pas tant le programme socio-économique du PTB (la taxe sur les millionnaires, même Joe Biden est pour !) qui trouble les autres forces de gauche, mais bien ses oripeaux marxistes-léninistes. Ceux-ci ressortent du placard dès que le parti de Peter Mertens, au-delà de ses luttes au quotidien sur le front social, aborde les questions doctrinales. Il le fait de moins en moins, préférant cultiver son image de 'parti de la vraie gauche', sympa et anti-establishment.

Sur le fond, pourtant, dans la plus pure tradition marxiste-léniniste, le PTB demeure intransigeant, notamment pour condamner toute collaboration de classes avec la 'bourgeoisie'. En ce compris les sociaux-démocrates honnis, toujours considérés par le PTB comme des traîtres à la classe ouvrière. Dans son livre " Comment osent-ils ? La crise, l'euro et le grand hold-up " (éditions Aden), le président du PTB, Peter Mertens, résume sa position par rapport au PS : ce parti se comporte en " garagiste du capitalisme". Tout est dit. Le PS n'est pas un allié potentiel, plutôt un ennemi à abattre.

Où est la 'vraie ' gauche ?

Sauf revirement doctrinal du PTB (improbable), ou conversion du PS au marxisme-léninisme (impensable), on voit mal ces deux partis faire le plus petit chemin ensemble. Le PTB restera seul sur sa banquise. Le PS devra démontrer que la 'vraie gauche' n'est pas celle qui cultive son splendide isolement, mais celle qui, au pouvoir, tente d'adoucir les conditions de vie de tous les Belges.

Claude Demelenne, essayiste, auteur de plusieurs ouvrages sur la gauche

Dans un monde parfait, - d'un point de vue 'progressiste' - la gauche de gestion (le PS) et la gauche de contestation (le PTB) coopéreraient pour construire un meilleur rapport de forces face à la droite. On en est loin. Entre les ex (?) maoïstes et les socialistes, l'ambiance est polaire. Le PS vit mal une situation inédite: par le passé, jamais il n'a été débordé 'sur sa gauche'. Depuis une petite dizaine d'années, le PTB lui fait de l'ombre. Il lui fait la leçon, et aligne quelques réussites électorales tout sauf négligeables.'Hold-up' électoralDans un monde parfait, les deux gauches resteraient évidemment concurrentes sur l'échiquier politique. Au lendemain des élections cependant, elles se retrouveraient au coude à coude, pour obtenir ce qui manque tant aujourd'hui aux gestionnaires de gauche : des avancées sociales significatives, seul moyen de se réconcilier avec leur base militante. Ce coude à coude est impossible actuellement. Le PTB ne possède pas les codes - la culture - du compromis. Il refuse toute alliance avec la gauche gestionnaire, y compris à l'échelon local.Une FGTB bis ?Le PTB effectue une sorte de doux 'hold-up' électoral. Il capte un nombre croissant de voix de gauche, mais il n'en fait rien. Ou plutôt, il alimente la contestation sociale, et agit comme s'il était une FGTB bis, Avec une nuance importante : la FGTB, elle, pratique la concertation avec le patronat sur le terrain social. Le PTB, lui, refuse de monter sur le terrain. Même lorsque le PS et Ecolo sont en position inconfortable, face à l'aile droite du gouvernement.Une stratégie paradoxale.La stratégie du PTB est paradoxale. Ce parti souhaite doper la gauche. Dans les faits, il l'affaiblit. En refusant toute alliance, il jette les socialistes et les écologistes dans les bras du MR. C'est ce qui s'est passé notamment à Molenbeek, à Liège et en région wallonne. Seul sur sa banquise, le PTB gèle une partie des voix de gauche. Si le phénomène devait s'accentuer lors des prochains scrutins, les bouchons de champagne pourraient sauter chez Georges-Louis Bouchez.Le PTB a un problème avec le pluralisme. Il reste fasciné par des régimes à parti unique (Chine, Cuba...) ou autoritaires (Venezuela...). Ce positionnement inquiète - le mot est faible - les socialistes. Ceux-ci ont un problème avec le communisme liberticide, toujours la référence doctrinale des dirigeants du PTB.Dans la tradition marxiste-léninisteCe n'est pas tant le programme socio-économique du PTB (la taxe sur les millionnaires, même Joe Biden est pour !) qui trouble les autres forces de gauche, mais bien ses oripeaux marxistes-léninistes. Ceux-ci ressortent du placard dès que le parti de Peter Mertens, au-delà de ses luttes au quotidien sur le front social, aborde les questions doctrinales. Il le fait de moins en moins, préférant cultiver son image de 'parti de la vraie gauche', sympa et anti-establishment. Sur le fond, pourtant, dans la plus pure tradition marxiste-léniniste, le PTB demeure intransigeant, notamment pour condamner toute collaboration de classes avec la 'bourgeoisie'. En ce compris les sociaux-démocrates honnis, toujours considérés par le PTB comme des traîtres à la classe ouvrière. Dans son livre " Comment osent-ils ? La crise, l'euro et le grand hold-up " (éditions Aden), le président du PTB, Peter Mertens, résume sa position par rapport au PS : ce parti se comporte en " garagiste du capitalisme". Tout est dit. Le PS n'est pas un allié potentiel, plutôt un ennemi à abattre.Où est la 'vraie ' gauche ?Sauf revirement doctrinal du PTB (improbable), ou conversion du PS au marxisme-léninisme (impensable), on voit mal ces deux partis faire le plus petit chemin ensemble. Le PTB restera seul sur sa banquise. Le PS devra démontrer que la 'vraie gauche' n'est pas celle qui cultive son splendide isolement, mais celle qui, au pouvoir, tente d'adoucir les conditions de vie de tous les Belges.Claude Demelenne, essayiste, auteur de plusieurs ouvrages sur la gauche