Les tensions sociales font tanguer la Vivaldi fédérale. Ce n'est pas une surprise: après les vicissitudes de la gestion de l'épidémie de Covid, les gros sujets socio-économiques sont de nature explosive pour des partenaires aux positions antagonistes. Pour les uns et les autres, c'est aussi l'occasion de se positionner.
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Les tensions sociales font tanguer la Vivaldi fédérale. Ce n'est pas une surprise: après les vicissitudes de la gestion de l'épidémie de Covid, les gros sujets socio-économiques sont de nature explosive pour des partenaires aux positions antagonistes. Pour les uns et les autres, c'est aussi l'occasion de se positionner.L'absence d'accord interprofessionnel entre les partenaires sociaux ramène le débat sur la marge salariale sur la table du gouvernement De Croo. Et cela écartèle les positions, à l'avant-veille de la fête du travail, le 1er mai, un rendez-vous où chacun, traditionnellement, bombe le torseConner Rousseau, président de Vooruit (nouveau nom du parti socialiste flamand), a allumé la mèche, en début de semaine. Pour lui, il est impensable que les employés ne bénéficient pas d'une augmentation salariale supérieure au 0,4% proposé lors des discussions.Il s'agit, notamment, de récompenser Deborah, une caissière symbolique qui s'est dépensé sans compter lors de la crise du coronavirus, alors que son entreprise récompense généreusement ses actionaires. "Quiconque affirme que c'est impossible devrait m'expliquer pourquoi les entreprises sont capables de verser des dividendes élevés", soulignait Conner Rousseau une interview au Tijd. C'est aussi la ligne forte défendue par le PS. Réplique des libéraux. "L'accord du gouvernement est très clair: la loi de 1996 s'applique, souligne Georges-Louis Bouchez, président du MR. Une norme salariale de 0,4 afin de préserver la compétitivité mais surtout les emplois! Ce n'est pas le moment de faire la course avec les populistes qui nous conduisent dans le mur. Du sang froid!" Son collègue Egbert Lachaert, président de l'Open VLD, appelle aussi les syndicats à "présenter des perspectives réalistes à leur base". "Cher Egbert, nous devons être cohérents, lui a répondu de façon inhabituelle Pierre-Yves Dermagne, vice-Premier ministre PS au fédéral, en charge de l'Emploi et de l'Economie. Sans marge pour une prime corona sérieuse et en l'absence de discussion sur le salaire minimum, il n'y aura pas non plus de marge pour les dividendes et les salaires des patrons." Une façon de mette la pression. Si la loi de 1996 sur la norme salariale vise à modérer les augmentations permises pour préserver la compétitivtié de la Belgique (pour cette année, on resterait à 0,4%), elle contient aussi, en son article 14, des éléments permettant des limiter les dividendes et les bonus des entreprises.Pas moins de onze questions d'actualité se trouvaient sur la table de la Chambre, ce jeudi après-midi. Preuve d'un moment de forte tension."De grandes déclarations donnent rarement de grands résultats autour de la table de négociations, souligne Nathalie Muylle, ancienne ministre CD&V. Or, force est de constater que des présidents de parti, y compris au sein de la majorité, ont voulu le faire dans la presse." Elle épingle des propos de Conner Rousseau, président des socialistes flamands (Vooruit) et tient à ranger son parti du côté de la responsabilité défendue par les libéraux. "Nous sommes dans une crise, nous sommes soucieux de sauver des emplois", insiste-t-elle."Ceux qui ont fait tourner l'économie pendant cette crise méritent un peu plus: 0,4% de hausse, c'est le minimum en ce qui nous concerne, clament les écologistes Cécile Cornet et Evita Willaert. Dans les secteurs où cela fonctionne davantage, on devrait faire plus." Les personnes qui ont maintenu notre pays à flot tout au long de la pire crise depuis la seconde guerre mondiale méritent plus qu'une simple augmentation brute de 10 euros par mois. Ecolo-Groen rappelle la possibilité de travailler avec des circulaires, afin d'assurer la mise en place d'une prime Corona dans les secteurs et les entreprises qui réussi à traverser la crise."La classe ouvrière du pays n'accepte pas que les entreprises versent six milliards de dividendes, s'insurge Raoul Hedebouw. Vous avez entendu Egbert Lachaert, président de l'Open VLD, dire que ces 0,4% sonts suffisants: je ne suis pas d'accord." La figure de proue de la gauche radicale soutient les propos de Conner Rousseau selon lesquels on devrait abandonner les dividendes. Le PTB réclame aussi une révision de la loi de 1996 qui encadre la marge salariale.Ahmed Laaouej, chef de groupe PS, monte le ton, comme pour montrer que le PTB n'a pas le monopole du coeur: "Le message que j'entends adresser aujourd'hui est à destination d'un certain patronat: quel mépris, quelle indécence à l'encontre de ceux qui ont travaillé durant cette crise qui a mis notre pays à l'épreuve. Alors même que depuis 1996, la distribution de dividendes n'a cessé d'augmenter, les voilà aujourd'hui refusant toute augmentation significative des salaires, voulant la limiter à 0,4%. Quelle indécence! Les travailleurs de Belgique veulent de la reconnaissance." S'il s'agit d'appliquer la loi, on peut moderer les dividendes et les bonus via l'article 14 de cete loi, clame Ahmed Laaouej.Tania Dejonghe (Open VLD) soutient en retour la modération salariale, demande que la loi soit respectée et évoquée la possibilité d''agir via des primes uniques ou des congés supplémentaires;"En entendant les partenaires de votre gouvernement, un constat s'impose, celui de divisions profondes, souligne Catherine Fonck, cheffe de groupe CDH. Un camp contre l'autre. Non, il n'est pas acceptable que les travailleurs qui ont tenu la Belgique debout ne puissent pas bénéficier des services tenus. Mais non, il n'est pas non plus acceptable d'enfoncer les entreprises qui souffrent." Il faut "mettre de l'huile dans les rouages". Elle ajoute: "Le rôle du ministre de l'Emploi n'est pas de faire des déclarations musclées, mais d'être un acteur pour trouver des solutions. Oui ou non, votre gouvernement va-t-il jouer ce rôle d'acteur de solution?" "Quelle tristesse que ce spectacle, vous regardez sans rien faire, allez-vous enfin remettre de l'ordre dans votre gouvernement?", demande Björn Anseeuw (N-VA).Visiblement, Alexander De Croo est embarrassé par ce moment, mais déterminé à trouver une issue. "Ce sont des questions importantes qui arrivent à un moment difficile", entame le Premier ministre. Il salue les "héros du coronavirus". Mais: "On parle de Deborah, caissière de supermarché, mais aussi de Caroline, jeune entrepreneuse", complète-t-il."Si on veut trouver des solutions dans les mois qui viennent, ce sera en travaillant ensemble, prolonge Alexander De Croo La solution, c'est de ne pas se diviser, mais de chercher ce qui nous unit. Cela vaut aussi pour les partenaires sociaux dont nous attendons qu'ils parviennent à trouver des solutions. C'est d'ailleurs la position du gouvernement: un équilibre à trouver entre pouvoir d'achat et compétitivité."Le Premier ministre rappelle que gouvernement a déjà balisé les discussions, en permettant notamment des marges supplémentaires pour les entreprises qui ont bien fonctionné. "Un accord social équilibré demeure la meilleure solution. Avec le ministre de l'Emploi on va y travailler. On ne va pas sortir de la plus grande crise depuis la seconde guerre mondiale en se tournant le dos. C'est ensemble que nous gagnerons et ensemble que nous perdrons."Pierre-Yves Dermagne, vice-Premier ministre PS et ministre de l'Emploi, poursuit: "Depuis plusieurs mois, j'ai passé beaucoup de temps avec les partenaires sociaux. Avec respect des uns et des autres. Le contexte était particulièrement complexe. La marge salariale est limitée." Lui aussi dit sa volonté de sortir de l'impasse: "Nous multiplions les contacts pour arriver à un accord. Nous leur avons laissé jusqu'au 1er mai. il reste plusieurs jours. Cet accord doit être équilibré. La note de base est équilibrée. C'est la solidarité qui nous permettre de maintenir l'économie à flot."