Le regain de popularité de l'énergie atomique, dans un pays qui s'est engagé en 2003 à l'abandonner, est également visible depuis les bancs de l'opposition au Parlement fédéral.
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Le regain de popularité de l'énergie atomique, dans un pays qui s'est engagé en 2003 à l'abandonner, est également visible depuis les bancs de l'opposition au Parlement fédéral. Le Vlaams Belang - dont le député Dries Van Langenhove participait aux marches pour le climat muni d'une pancarte "Sauvez la terre, investissez dans l'énergie nucléaire" - et la N-VA sont depuis longtemps favorables au maintien des centrales belges, voire à la construction de nouvelles unités de production. Le CDH et DéFI qui avaient, comme tous les autres partis francophones, inscrit à leur programme électoral de mai 2019 la sortie du nucléaire en 2025, couplée à la construction de centrales à gaz, ont, on le sait, changé d'avis sur le sujet depuis la rentrée. Le PTB, lui, se tient remarquablement peu bruyant sur la question. Il a bien une doctrine, qui ne veut ni du gaz ni du nucléaire, mais se garde bien de la propager avec toute la force de frappe dont, dans d'autres domaines, il peut se montrer capable. Il n'a ainsi pas envoyé de communiqué de presse à ce sujet depuis février dernier, et n'a jamais sponsorisé d'inexistantes publications Facebook. Le dernier post contenant l'expression "centrale à gaz" sur la page officielle du parti date de juillet 2019, et dénonçait le passage d'un collaborateur de la ministre de l'Energie de l'époque, Marie-Christine Marghem, chez Engie: "Le conseiller qui travaillait sur le mécanisme de soutien des centrales à gaz est passé chez Electrabel, où il gère le même dossier", pouvait-on alors lire sur une page que les questions énergétiques agitent pourtant encore beaucoup, à travers notamment la revendication de la baisse de la TVA à 6%. Mais sur le nucléaire, sur le mécanisme de rémunération de capacités, sur les centrales à gaz, presque rien, donc. "C'est vrai, reconnaît le porteparole du PTB et chef de groupe à la Chambre, Raoul Hedebouw, parce qu'on ne veut pas se faire piéger dans ce faux débat imposé par la droite et Georges-Louis Bouchez. Le vrai enjeu est de savoir si des mécanismes de marché pourront nous mener à une production d'énergie verte à 100%, et pour nous la réponse est non. Ce n'est pas en subsidiant Engie à coups de centaines de millions pour construire des centrales à gaz ou pour prolonger ses centrales nucléaires qu'on y arrivera. On veut que cet argent soit consacré au renouvelable, par une banque publique pour le climat. Parce que là, nucléaire ou gaz, Engie a plus de pouvoir que nos quatre ministres de l'Energie réunis..." Le PTB est hostile de longue date à l'atome: les luttes pacifistes des années 1970 et 1980, surtout actives en Flandre, n'y sont pas pour rien. "Prolonger les centrales, c'est la solution rapide pour les entreprises, pour défendre leur logique de profit facile, le court terme, contre des réflexions à très long terme qu'implique notamment la question des déchets... C'est pour ça que la droite défend le nucléaire", ajoute Raoul Hedebouw. Mais les combats climatiques des années 2020 ne sont pas loin non plus: pas question, pour autant, de s'orienter vers une énergie émettrice de gaz à effet de serre. "Une étude de la Creg a démontré qu'en réorientant nos investissements, il est possible de se passer à la fois des centrales à gaz et des réacteurs nucléaires", rappelle Raoul Hedebouw. Sans le crier trop fort.