Cela fait dix jours que Jürgen Conings, ce militaire sympathisant d'extrême droite menaçant de passer à l'acte, est en cavale. Introuvable. La police et l'armée fouillent depuis ce jeudi matin trois nouvelles zones délimitées au nord du Boslaan, dans le parc naturel de la Haute Campine (Limbourg).
...

Cela fait dix jours que Jürgen Conings, ce militaire sympathisant d'extrême droite menaçant de passer à l'acte, est en cavale. Introuvable. La police et l'armée fouillent depuis ce jeudi matin trois nouvelles zones délimitées au nord du Boslaan, dans le parc naturel de la Haute Campine (Limbourg). Il n'y a pour l'heure aucune indication que la personne recherchée est décédée, a souligné le parquet fédéral. "On espère pouvoir le retrouver ici aujourd'hui mais il est évident (...) que l'on reste attentif à toutes les pistes. On n'est pas loin des Pays-Bas et de l'Allemagne, ce sont des pistes envisagées également." Près de 300 militaires et 120 policiers sont déployés.Heureusement, à ce jour, si le mystère reste entier, ce sniper n'est pas passé à l'acte. Sa détermination à nuire a toutefois, déjà provoqué de sérieux remous, tout en mobilisant un déploiement important de forces armées.L'extrémiste aurait-il déjà gagné une partie de son combat, sans tirer une balle? Voici, à tout le moins, quatre points qui méritent réflexion et suscitent la sidération.La cavale du militaire a suscité des soutiens inattendus dans la population, sous la forme d'un groupe Facebook rassemblant près de 50000 personnes ou de marches réunissant quelques dizaines de sympathisants, sans compter les expressions cryptées. En Flandre, la force de l'extrême droite est connue depuis longtemps, avec un Vlaams Blok a plus de 30% à Anvers, au début des années 1990, et un Vlaams Belang désormais premier parti dans les sondages. L'existence d'une ultra-droite radicale et décomplexée a été mise à jour avec, notamment, les révélations au sujet de l'association Schild & Vrienden de Dries Van Langenhove, devenu député sur une liste Vlaams Belang, en dépit de cela.L'affaire Conings révèle désormais que des citoyens ne sont plus gêné de s'afficher comme soutiens d'une violence extrémiste, même s'ils affichent cet appui au nom de la liberté d'expression. Et en intégrant bon nombre de théories du complot (voir point 4).Avec sa menace de passer à l'acte et sa cavale, le militaire provoque un sérieux charivari au sein de l'Etat. L'Etat-major de l'armée reconnaît que des fautes ont été commises, les dysfonctionnements des renseignements sont mis à jour et la ministre de la Défense, Ludivine Dedonder (PS), est fragilisée. Rien que ça. Une tentative de déstabilisation est bel et bien en cours.Heureusement, la démocratie reste forte et réagit avec toutes les institutions qui la composent: le gouvernement agit, le parlement contrôle, les services de sécurité surveillent et la justice passera à l'acte. Il n'y a pas péril en la demeure.Le petit jeu de l'extrême droite flamande, qui condamne sans tout à fait condamner le menace que représente Jürgen Conings, illustre toutefois le danger du populisme néo-nazi entré dans nos parlements en toute légalité.Bien sûr, il y a des nuances dans cet élément d'analyse et heureusement: ce n'est pas un logique "bloc contre bloc". Il n'empêche: pour se défendre, la ministre francophone de la Défense (PS) charge les "semeurs de haine" que sont les nationalistes flamands depuis des années. Elle a évidemment raison en ce qui concerne l'extrême droite. C'est plus subtil en ce qui concerne la N-VA, même si les ambiguïtés ont été nombreuses ces dernières années.. Le résultat, c'est un bras de fer politique partiellement communautarisé et idéologisé, alors qu'il ne devait y avoir qu'une discussion sur ce qui est intolérable - la violence extrémiste - et ce qui est souhaitable - un fonctionnemnt adéquat de l'Etat.Le dossier n'est pas clos, politiquement, des éléments doivent encore être mis à jour au sujet des failles au sein de l'armée. Mais la N-VA ne laisse plus rien passer à la ministre et les arguments ont, parfois, abandonné le terrain du rationnel pour devenir du "marketing politique". Au nom, dans le cas des nationalistes, de la défense des intérêts flamands face à une ministre qui traquerait les flamingants. Attention, danger.S'il y a bien un sujet susceptible de convenir aux théories du complot qui déferlent sur les réseaux sociaux, c'est bien celui-là. Du genre: s'il y aurait tant de forces de l'ordre pour traquer le fugitif, c'est qu'il a des choses à révéler. Ou, à l'inverse, c'est parce qu'il aurait des alliés et qu'un coup d'Etat serait possible. Ou encore: le militaire aurait été tué, mais on va faire passer son meurtre pour un suicide. Le tout fait son chemin sans la moindre preuve et apparaît au détour de conversations.Forcément, comme on l'a vu aux Etats-Unis avec le mouvement QAnon, les théories du complot et la "post-vérité" composent désormais une des bases de l'idéologie de l'extrême droite. Plus la cavale se prolonge sans que l'on ne connaisse ce qu ise trame réellement, plus les théories risquent de prospérer.Pour cela, en plus évidemment de la sécurité des personnes menacées, il est à espérer que cette chasse à l'homme connaisse rapidement son dénouement.