Comédien ou avocat? Si on lui a toujours dit qu'il deviendrait soit l'un, soit l'autre, Christophe Cornet d'Elzius a finalement réussi à combiner les deux. Membre du barreau de Bruxelles depuis 2014, il a fondé sa propre troupe d'amateurs la même année, Les Capricieux du théâtre. C'est avec cette double casquette atypique qu'il a tenté le tout pour le tout, introduisant une requête en extrême urgence au Conseil d'Etat, celle qui a forcé le gouvernement à annuler la fermeture des lieux culturels décidée le 22 décembre dernier.
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Comédien ou avocat? Si on lui a toujours dit qu'il deviendrait soit l'un, soit l'autre, Christophe Cornet d'Elzius a finalement réussi à combiner les deux. Membre du barreau de Bruxelles depuis 2014, il a fondé sa propre troupe d'amateurs la même année, Les Capricieux du théâtre. C'est avec cette double casquette atypique qu'il a tenté le tout pour le tout, introduisant une requête en extrême urgence au Conseil d'Etat, celle qui a forcé le gouvernement à annuler la fermeture des lieux culturels décidée le 22 décembre dernier. Avec Mathieu Pinte, régisseur et technicien de spectacle au nom duquel la fameuse requête a été déposée, et l'auteur et metteur en scène François Dumortier, Christophe Cornet d'Elzius forme le trio aux compétences complémentaires de Sganarelle Productions, toute jeune société organisatrice de spectacles au nom pêché chez Molière. Les trois larrons se sont rencontrés en 2016, lors de la revue annuelle du Jeune Barreau: Mathieu Pinte y était régisseur, François Dumortier, metteur en scène, et Christophe Cornet d'Elzius, comédien. A l'été 2021, ils lancent un projet de premier spectacle produit par leurs soins, une revue de fin d'année coécrite par six auteurs, avec six comédiens et deux musiciens sur scène, Demain c'était mieux. Quatre représentations sont programmées au Centre culturel d'Auderghem, les 28, 29 et 30 décembre 2021. 3 décembre. Coup dur: le Codeco limite le public des événements en intérieur à deux cents personnes. Pour Sganarelle Productions, l'annonce signifie une perte de quinze mille euros. Mais l'équipe refuse de baisser les bras et poursuit les répétitions. 22 décembre. Effondrement: un nouveau Codeco décide la fermeture pure et dure des salles de spectacle, jusqu'à nouvel ordre. Pour Demain c'était mieux, spectacle lié à l'actualité et donc "périssable", cela équivaut à une mise à mort, avant même la naissance. "On n'avait pas de répétition ce soir-là et j'ai suivi toute la conférence de presse, se souvient Christophe Cornet d'Elzius. Un journaliste a demandé à Alexander De Croo ce qui justifiait que la culture soit affectée et pas les cafés et les mariages. Le Premier ministre a botté en touche, il n'a pas répondu. Là, je me suis dit: ça ne va pas, ils se foutent de nous, c'est une vaste blague!" Le 23 décembre, Christophe Cornet d'Elzius est contacté par l'avocate Audrey Lackner, au courant du projet de revue de son confrère. Elle lui propose d'introduire un recours au Conseil d'Etat, avec le spécialiste en droit public François Viseur. "On était déjà face à une grande déconfiture financière. Avait-on envie d'engager des frais supplémentaires? Mais Audrey m'a dit qu'elle et François étaient prêts à le faire à titre gracieux, et même à travailler le jour de Noël. Sur ce coup-là, les chevaliers blancs de la culture, ce sont eux!" 28 décembre. Soutenue par le Centre culturel d'Auderghem, l'équipe est en pleine répétition générale pour la première, censée avoir lieu le soir même. "Pendant ce temps-là, je tournais comme un lion en cage. Vers 17 heures, François Viseur m'appelle et m'annonce qu'on a gagné. Là, je me mets à hurler, je déboule sur scène en criant "on a gagné, on a gagné!". Tout le monde se lève et commence aussi à crier, c'était l'euphorie. On savait alors que le secteur culturel était libéré parce que la suspension était valable erga omnes, pour tous." Christophe Cornet d'Elzius ne se doutait pas encore du tsunami médiatique qui s'ensuivrait, offrant un fameux coup de projecteur à Sganarelle Productions. Un début tonitruant, c'est le moins qu'on puisse dire.