Cela ne suffit pas, cela ne suffit plus. Adopté depuis plus d'un an par le gouvernement fédéral, pour limiter la saturation des systèmes hospitaliers, le "stop and go" permanent, consistant à alterner des périodes de confinement et de déconfinement, a montré ses limites.
...

Cela ne suffit pas, cela ne suffit plus. Adopté depuis plus d'un an par le gouvernement fédéral, pour limiter la saturation des systèmes hospitaliers, le "stop and go" permanent, consistant à alterner des périodes de confinement et de déconfinement, a montré ses limites. Il ne laisse guère de marge de manoeuvre et donne le sentiment de dirigeants politiques navigant à vue et sans boussole. Surtout, il épuise psychologiquement, physiquement, socialement, économiquement et se heurte toujours plus à de la résistance. Les chiffres pas assez bons ou les admissions trop importantes en soins intensifs ne convainquent plus. La stratégie du "tout au vaccin" ne suffit plus non plus. Parce qu'un nouveau variant, à l'image du mutant britannique, pourrait à nouveau tout bouleverser. Parce que, même en augmentant le rythme de la campagne de vaccination, il n'est pas du tout certain que l'immunité collective soit atteinte avant l'automne. Et parce que les scientifiques ignorent encore l'efficacité des vaccins sur le long terme. Alors, on fait quoi ? On change de doctrine. C'est ce qu'ont demandé un trio d'experts de renom (ne siégeant pas en revanche dans le groupe conseillant le gouvernement) dans Le Soir du 12 avril et sur les plateaux de télévision. Pour Nathan Clumeck, professeur en maladies infectieuses à l'université libre de Bruxelles (ULB) et au CHU Saint-Pierre, Marius Gilbert, épidémiologiste et vice-recteur à la recherche à l'ULB, et Leïla Belkhir, infectiologue aux Cliniques universitaires Saint-Luc, il s'agit non pas de vivre avec le virus, mais malgré lui, c'est-à-dire en réduisant "de façon considérable les risques de transmission de manière beau coup plus ciblée". En résumé, ils proposent un déconfinement au cas par cas, plus secteur par secteur, mais lieu par lieu. Pour chaque endroit, les risques de contamination seraient analysés et évalués selon leur procédé de ventilation, leur système de purification d'air, le contexte précis, la configuration, la surface, la durée d'exposition, la possibilité de distanciation physique... Les lieux qui respecteraient une série de critères, une espèce de cahier de charges, recevraient un label "Covid safe" et pourraient dès lors rester ouverts. "Dispositifs de ventilation, dispositifs de désinfection de l'air, filtres EPA, détecteurs de CO2 , protocoles de circulation : tous ces moyens existent", écrivent les trois experts. C'est qu'aujourd'hui, on a les outils, les masques, les vaccins, les autotests, les tests antigéniques. Il y aurait alors un chemin qui permet de tenir sans confiner. La logique qui sous-tend la proposition repose sur une analyse de bon sens : au sein d'un même secteur, il existe des situations épidémiologiques variables et, donc, des risques différents. En somme, le petit coiffeur du quartier, ce n'est pas la même chose qu'un réseau de salons et le danger d'exposition au virus n'est pas équivalent. Même si le risque zéro n'existe pas, la "transmission peut être réduite à un risque résiduel parfaitement acceptable". En réalité, l'idée d'un label "sans danger de Covid" n'est pas neuve. Elle est même déjà en test. En mars, Philippe Close, bourgmestre de Bruxelles, et Nathan Clumeck, déjà, lançaient des expériences pilotes dans huit lieux publics et privés. But : les sécuriser pour en faire des espaces "Covid safe". Un appel était lancé aux entreprises pour qu'elles proposent des solutions innovantes. Jusqu'ici, une quarantaine de solutions technologiques ont été proposées à la task force bruxelloise chargée de valider et d'auditer les futures infrastructures sans Covid. D'autres pays testent le même principe. Ainsi, les Pays-Bas ont organisé, durant le mois de mars, huit événements "Corona proof" dans le cadre du projet pilote Fieldlab Evenementen : une soirée dansante, un concert, un festival de danse, un festival de musique ou encore un match de football. Les premiers résultats soulignent que la ventilation renforcée s'annonce comme l'élément clé pour la reprise des activités. "Le problème, ce ne sont pas les restaurants, les coiffeurs, les salles de spectacle ou les étudiants. Le problème, ce sont les situations où un grand nombre de personnes parlent sans masque dans un lieu mal ventilé", notent les trois scientifiques dans leur texte. En effet, la plupart des spécialistes estiment désormais que le risque de transmission aérienne, par postillons et aérosols (des particules qui restent dans l'air plus longtemps), est bien plus fort - d'où l'importance du port du masque et de la ventilation qui limitent la probabilité que le virus n'arrive jusqu'à l'appareil respiratoire et contamine un patient sain. Voilà, donc, pour la proposition.Mais, en creux, elle suscite des interrogations. Qui va payer la mise en place des protocoles sanitaires (la ventilation, notamment) ? L'Horeca, par exemple, est rendu exsangue par des mois de fermeture. Selon ces experts, le surcoût devrait être en partie assuré par l'Etat. Le calcul est simple : le soutien public "est probablement nettement moins coûteux pour les dépenses publiques que de payer des subsides pour fermeture ou chômage partiel des activités dites non essentielles auxquelles de nouvelles résurgences épidémiques pourraient nous exposer". La stratégie est également jugée complexe. Ce label ne risque-t-il pas de créer différents traitements à l'intérieur d'un même secteur ? Que faire des établissements qui ne peuvent pas appliquer les règles sanitaires, s'équiper en matériel ? Le bistrot du coin ne pourra pas pousser ses murs. Devra-t-il fermer, définitivement ? Autre os à ronger : qui va contrôler le respect du label ? Le trio estime qu'on pourrait mobiliser l'autorité communale. En a-t-elle les moyens comme les compétences ? "Il s'agit d'adapter une stratégie à moyen terme, commente Marius Gilbert. L'objectif est de ne plus jamais devoir fermer des secteurs entiers." Le ministre de la Santé, Frank Vandenbroucke, parle, en évoquant la proposition, d'une "contribution importante".