"Il est temps d'adapter notre stratégie." La carte blanche publiée dans Le Soir par trois épîdémiologistes et infectiologues de renom reçoit beaucoup d'écho, précisément au début d'une semaine où se réunit mercredi un nouveau Comité de concertation important. Celui-ci doit évaluer la situation pour confirmer la réouverture des école en présentiel, le 19 avril, mais aussi se pencher sur les "perspectives" à donner aux secteurs.
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"Il est temps d'adapter notre stratégie." La carte blanche publiée dans Le Soir par trois épîdémiologistes et infectiologues de renom reçoit beaucoup d'écho, précisément au début d'une semaine où se réunit mercredi un nouveau Comité de concertation important. Celui-ci doit évaluer la situation pour confirmer la réouverture des école en présentiel, le 19 avril, mais aussi se pencher sur les "perspectives" à donner aux secteurs."A court terme, le report éventuel de l'ouverture de différents secteurs en raison d'un taux d'occupation des soins intensifs encore trop élevé va venir se heurter de plein fouet à une résistance de plus en plus organisée et déterminée à s'affranchir des mesures par des professions à bout de souffle et par des segments de la population en mal-être psychologique, social ou économique", écrivent Leïla Belkhir (UCLouvain, Saint-Luc), Nathan Clumeck (CHU Saint-Pierre) et Marius Gilbert (ULB).En vue du Comité de concertation de ce mercredi, le secteur de l'horeca réclame en effet que tout soit fait afin de garantir une réouverture le 1er mai, comme initialement promis, et des établissements ont déjà annoncé une désobéissance civile si ce n'était pas le cas. Dans le secteur culturel, les occupations se sont poursuivies dans les théâtres, avec une intervention de la police à la Monnaie en fin de semaine, et le Théâtre royal flamand à Bruxelles, notamment, a déjà annoncé une réouverture avec 50 spectateurs par soir. Des représentants du secteur événementiel sont quant à eux derrière l'organisation de La Boum, au Bois de La Cambre, et annoncent déjà une Boum 2 le 1er mai.Au sein des majorités, le MR a déjà annoncé vendredi qu'il appuyait l'annonce d'une réouverture progressive, le 1er mai. L'idée serait de permettre des formules tests avec un nombre limité de participants pour tester un protocole permettant une réouverture plus large, dans un second temps. "L'approche secteur par secteur qui a pu se justifier dans l'urgence du premier déconfinement montre aujourd'hui ses limites, écrivent Leïla Belkhir, Nathan Clumeck et Marius Gilbert. Il y a aujourd'hui bien plus de différences entre les situations épidémiologiques au sein d'un même secteur qu'entre eux. Tant dans le secteur de l'horeca que dans le secteur culturel ou celui des métiers de contact, il est possible d'adapter les lieux et les protocoles de manière à permettre une réduction considérable des risques de transmission."Ce week-end déjà, dans un entretien à La Libre, l'épidémiologiste Yves Coppieters (ULB) soulignait: "Depuis la fin de la deuxième vague, une autre stratégie est possible, mais aucun décideur n'a eu ce courage". Dans un échange sur Twitter, Marius Gilbert précise:"Là ou notre approche se distingue de celle de Yves (Coppieters - Ndlr) ou de Bernard (Rentier - Ndlr), c'est de considérer que les infections naturelles soient "une bonne chose". C'est un virus dangereux avec lequel il ne faut pas transiger." "Je n'ai jamais prétendu qu'aucun virus n'était une bonne chose", précise, en retour, Bernard Rentier (ULg), membre du collectif "Covid rationnel", qui réunit plusieurs scientifiques désireux d'une autre gestion de la criseTant le ministre fédéral de la Santé, Frank Vandenbroucke (Vooruit, ex-SP.A), que l'épidémiologiste Pierre Van Damme, membre de la taskforce vaccination et expert au sein du GEMS, n'ont toutefois voulu se prononcer sur une éventuelle réouverture de l'horeca le 1er mai. La distinction entre intérieur, où le virus circule davantage, et extérieur, pourrait revenir sur la table avec, notamment, une réouverture des terrasses, dans un premier temps."La logique de réglementation par secteur alimente à la fois une stigmatisation des métiers concernés, une opposition de certains secteurs par rapport à d'autres ainsi qu'un marchandage politique permanent et délétère pour la confiance que peut avoir la population dans le bien-fondé des mesures, appuient les auteurs de la carte blanche. Le problème, ce ne sont pas les restaurants, les coiffeurs, les salles de spectacle ou les étudiants. Le problème, ce sont les situations où un grand nombre de personnes parlent sans masque dans un lieu mal ventilé."Ceux-ci n'hésitent pas à plaider pour une stratégie à plus long terme, sur base de la vaccination, mais également en acceptant un risque limité, comme c'est le cas pour la circulation routièreou les incendies. "Dispositifs de ventilation, dispositifs de désinfection de l'air, filtres EPA, détecteurs CO2, protocoles de circulation: tous ces moyens existent et devraient être mobilisés pour contribuer à faire de nos lieux publics des endroits où la transmission peut être réduite à un risque résiduel parfaitement acceptable, quitte à les compléter par des protocoles additionnels comme le port du masque ou l'utilisation de tests pendant des périodes sensibles. Les communes pourraient être investies de la responsabilité de conseiller, soutenir et vérifier la conformité 'covid safe' des lieux publics.'Ces pressions des secteurs et ces appels pressants des experts vont-elles changer la donne pour le Comité de concertation?François De Smet, président de DéFI, salue "une proposition concrète pour dépasser l'approche sectorielle". Et "espère que cette piste de label sera sérieusement étudiée par le Comité de concertation". "Faisons confiance aux secteurset laissons leur la possibilité de travailler de manière "'Covid safe', appuie l'autre députée fédérale DéFI, Sophie rohonyi . Une approche pragmatique de la gestion de crise abandonnant l'approche dogmatique de la fermeture de secteurs entiers depuis 1 an!""Déployer nos armes à 100% avec un plan B permettrait de sortir du yoyo actuel en conciliant sécurité sanitaire et reprise d'activités", souligne elle aussi Catherine Fonck, cheffe de file CDH à la chambre. Qui appuie: "Aux gouvernements d'agir".Au sein de la majorité, la vice-Première ministre MR Sophie Wilmès soutient, elle aussi: "Dans une crise où tout évolue, les mesures de lutte Covid ne font pas exception. Cette carte blanche est une contribution salutaire qui propose une approche intelligente, ciblée et efficace pour un retour progressif et sécurisé vers la normalité."