Depuis le début de la crise, l'efficacité et la réactivité de nos responsables politiques face à la menace sanitaire qu'est le coronavirus pose beaucoup question. Port du masque d'abord dangereux, puis inutile, pour finalement devenir nécessaire... Ces changements d'avis et ces incertitudes à foison lassent la population belge. Population qui pourrait bien perdre toute envie de respecter les mesures sanitaires, comme le montrent les manifestations "d'anti-masques" et autres mouvements de contestation.
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Depuis le début de la crise, l'efficacité et la réactivité de nos responsables politiques face à la menace sanitaire qu'est le coronavirus pose beaucoup question. Port du masque d'abord dangereux, puis inutile, pour finalement devenir nécessaire... Ces changements d'avis et ces incertitudes à foison lassent la population belge. Population qui pourrait bien perdre toute envie de respecter les mesures sanitaires, comme le montrent les manifestations "d'anti-masques" et autres mouvements de contestation.Or, "si on en arrive à ne plus prendre aucune précaution au moment où l'épidémie redémarrera, on se retrouvera dans la situation de mars", avertit Philippe Devos dans une nouvelle note publiée sur son blog personnel. Et c'est bien là la crainte des scientifiques : que la répétition de mesures disproportionnées finisse par convaincre la population d'arrêter de respecter les règles utiles et nécessaires.Le 12 août dernier, les autorités ont pris la décision d'imposer le port du masque dans le grand Bruxelles. À ce moment-là, Sciensano rapportait environ 50 cas pour 100 000 habitants. Et si cette mesure généralisée a eu des effets - le port du masque durant une semaine a réduit les contaminations de 600 personnes, a évité l'admission aux soins intensifs de 10 personnes et a sauvé la vie de 2 personnes -, n'était-elle finalement pas disproportionnée ? En prenant une mesure plus ciblée, peut-être aurait-on obtenu de meilleurs résultats."Imposer le masque à 1,2 million d'habitants partout, même à l'extérieur, est interrogeable dans ces conditions ", déplore le président de l'Absym. "La logique imposait plutôt d'aller se concentrer dans les zones/communes/quartier à plus haute concentration de virus et à appliquer ces mesures fortes dans ces endroits avec une sensibilisation de la population à porter le masque aussi lorsqu'ils quittent leur quartier. Certains quartiers étaient en effet à plus de 120 cas pour 100 000. "Un avis partagé ce week-end par son collègue Jean-Luc Gala, chef de clinique à l'hôpital Saint-Luc et spécialiste des maladies infectieuses à l'UCL. "On surinterprète les chiffres pour prendre des mesures générales à l'échelle du pays alors qu'il faudrait les prendre de manière extrêmement focalisée", explique-t-il, pointant notamment du doigt la bulle des cinq.Pour Philippe Devos, cette mesure serait liée à l'échec d'une politique correcte de prévention : "Quand on a mal anticipé, on se retrouve avec 5 attaquants devant le goal. On ne construit alors plus son jeu, on se contente de dégager loin le ballon : c'est le football panique. Devoir confiner une population était du football panique. Masquer tout Bruxelles aussi. "Le bon respect des mesures sanitaires nécessaires passe par plusieurs choses : non seulement que la population soit bien informée, qu'une majorité de l'information soit exacte, mais également que 20% des gens au minimum ne relaient pas les informations non fondées. "Pour arriver à ces buts, il faut que le gouvernement communique massivement sur tous les médias et que la population ait confiance dans les autorités et le gouvernement ", explique le docteur.Mais à l'heure actuelle, beaucoup déplorent une "infodémie" de la part des médias, c'est-à-dire une circulation massive d'informations sur le coronavirus, dont une majorité d'informations inexactes ou incomplètes car non prouvées par la recherche. Ce sont ces poussées de "football panique" qui nuisent d'abord à la confiance dans les autorités, et contribuent ensuite à la propagation des informations inexactes.En résumé, le plus gros raté des autorités belges en matière de gestion de la crise est le manque de communication claire et précise. Un point sur lequel insiste pourtant l'OMS : "les gouvernements doivent expliquer en détail les raisons scientifiques motivant les mesures prises, les gouvernements doivent faire des communications ciblées aux leaders d'opinion des communautés et aux médecins de terrain, ces communications doivent aussi inclure un plan de réponse complet avec une indication claire de la durée des mesures et des étapes potentielles suivantes"."Comme dirait le grand Schtroumpf, nous en sommes loin, très loin", conclut Philippe Devos. "Or échouer dans sa communication gouvernementale suffit à faire remonter le virus. L'exemple du Japon est criant..."