En sortant sa proposition de réforme des pensions dans la presse à la fin de la semaine dernière, la ministre des Pensions et de l'Intégration sociale Karine Lalieux s'est attiré une volée de bois vert de l'opposition, mais aussi de certains de ses collègues de la majorité.
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En sortant sa proposition de réforme des pensions dans la presse à la fin de la semaine dernière, la ministre des Pensions et de l'Intégration sociale Karine Lalieux s'est attiré une volée de bois vert de l'opposition, mais aussi de certains de ses collègues de la majorité. Les critiques ont parfois été particulièrement dures et ont renforcé l'image d'une coalition gouvernementale fragile. On savait, depuis l'instant où la Vivaldi est née, que les positionnements idéologiques des uns et des autres donneraient lieu à d'âpres négociations dès que la situation sanitaire en laisserait le temps. C'est maintenant le cas. Pour autant, les sorties diverses et multiples par médias interposés peuvent aussi se concevoir comme autant de marqueurs à partir desquels la négociation peut commencer. Car cette proposition de réforme contient une série d'éléments sur lesquels les partenaires de la majorité devraient pouvoir trouver un terrain d'entente. L'idée d'une pension à temps partiel (mi-temps ou 1/5e temps) est plutôt bien accueillie, tout comme le statu quo fiscal des pensions complémentaires, l'équilibre homme-femme que la réforme pourrait partiellement rétablir, le maintien des 67 ans comme âge du départ ou le montant de 1 500 euros de pension minimale. Même sur le retour du bonus pension (peut-être en y ajoutant un malus?) ou la durée du travail effectif - demandée à vingt ans par les libéraux et proposée à dix ans par la ministre socialiste -, un compromis ne semble pas hors de portée. Par contre, un point, et non des moindres, suscite l'unanimité contre lui, c'est la faisabilité financière. Selon Karine Lalieux, cette réforme, parce qu'elle laisserait davantage de gens au travail et pendant plus longtemps, serait budgétairement neutre. Intenable, hors des clous, martèle la sphère politique. De la mauvaise gouvernance, renchérissent les économistes. "Neutre", répète la ministre, même en dehors d'un taux d'emploi de 80%. Pourtant, comment dissocier la réforme des pensions de celle du marché du travail? Comment financer la première si le taux d'emploi ne progresse pas? Ou comment la financer si l'emploi créé est exonéré de cotisations? Peut-on dépenser maintenant de l'argent qui sera hypothétiquement récupéré plus tard? Comment éviter que les plus de 55 ans ne passent sous le régime des malades de longue durée, si on ne prend pas en compte la pénibilité de certaines professions? C'était d'ailleurs l'un des points centraux de la Conférence pour l'emploi: améliorer le taux d'activité des 55-64 ans. Un point que le ministre de l'Economie et du Travail, Pierre-Yves Dermagne, devra intégrer dans son plan de réforme du marché du travail attendu dans les prochaines semaines. C'est donc sur ces réformes, si intiment liées, qu'il va falloir concentrer les énergies et concerter les partenaires, en parallèle.