Pascal Delwit, politologue à l'ULB, analyse les résultats du sondage Le Vif/Knack au sujet de la gestion de la crise du coronavirus.
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Pascal Delwit, politologue à l'ULB, analyse les résultats du sondage Le Vif/Knack au sujet de la gestion de la crise du coronavirus.Nous sommes en période de sortie de crise: le sentiment général véhiculé par notre sondage est certes nuancé, mais il illustre globalement une adhésion sur la façon dont elle a été gérée par le gouvernement De Croo. surpris?Je pense qu'il y a deux grands éléments qui jouent. Premièrement, qu'on l'aime ou qu'on ne l'aime pas, on sent que depuis l'installation du gouvernement De Croo, la crise est pilotée, en particulier par le ministre fédéral de la Santé, Frank Vandenbroucke. Certes, on le sait, c'est une personnalité rigide, mais cela a l'avantage de trancher avec le gouvernement précédent, singulièrement avec une ministre de la Santé, Maggie De Bock, qui n'a pas été un grand pilote dans l'avion.En outre, le gouvernement De Croo s'appuie sur une majorité parlementaire. Politiquement, c'est plus fort.Autant la Belgique n'avait pas été championne dans la gestion primaire de la crise, autant on sent que les choses se sont mises en place depuis le lancement de la campagne de vaccination. Beaucoup de critiques ont certes été exprimées sur les réseaux sociaux, mais cela ne veut pas dire que c'est l'état de l'opinion sur le choix logistique posé par les gouvernements, avec ces grands centres de vaccinologie, qui était assez cohérent. Tout n'était pas parfait, mais les choses tournent.La seule difficulté qui reste, c'est de convaincre certains publics qui restent rétifs à la vaccination. Mais pour le reste, la Belgique me semble être un des pays les mieux préparés à une éventuelle nouvelle vague due aux variants. Votre sondage a été réalisé début juin: il y a certainement aussi une satisfaction après la décision sur les premiers assouplissements. Cela a induit une nouvelle dynamique.Les Belges sondés expriment en outre une prudence, une volonté que l'on ne déconfine pas plus vite que ce que préconisent les experts...Certains ne mesurent pas bien l'inquiétude qui reste dans la population. Nous le mesurons concrètement, nous, à l'université, avec la question de l'ouverture ou non des auditoires. Il y a un segment de l'opinion qui reste très craintive d'avoir le Covid, à côté de ceux qui plaident en faveur de l'ouverture et du présentiel. Ces gens plus craintifs ne s'expriment pas beaucoup sur les réseaux sociaux. Dans l'espace public bruxellois, c'est frappant de voir que beaucoup de personnes portent encore le masque, alors qu'il n'est plus obligatoires partout.Ce sont des craintes légitimes et compréhensibles, je ne porte pas de jugement. S'ajoute à cela la volonté de vouloir s'épargner une troisième étape de confinement. Personnellement, je ne suis pas étonné de voir cette part importante de la population qui demande de la prudence dans la démarche. Il y a d'ailleurs un certain consensus pour dire que l'été dernier, on a été un peu trop vite pour relâcher les mesures, surtout sous pression économique. C'est ce qui a contraint le gouvernement De Croo à prendre des mesures extrêmement radicales dès son arrivée.On assiste à un débat similaire avant le Comité de concertation du 16 juillet: certains veulent tout relâcher, d'autres mettent en garde.Il n'y a aucun miracle: sans être épidémiologiste, on peut dire que si l'on remélange les gens, on donne fatalement des canaux de transmission à l'épidémie, dans un contexte où il y a des variants et que la vaccination n'a pas atteint l'immunité collective, qui n'est pas facile à atteindre. C'est ce que l'on voit en Israël et dans une certaine mesure en Grande-Bretagne. On verra aussi ce qui se passera en Hongrie, mais ces matchs de l'Euro organisés à Budapest sans mesure particulière, c'est quand même très risqué. En 2019, tout avait notamment commencé dans un match de football en Italie, lors d'un fameux match de l'Atalanta à Bergame.Non, je ne suis pas étonné de voir la prudence de certains.Politiquement, certains se sont-ils profilés à bon compte, que ce soit les libéraux ou les écologistes francophones?D'une manière générale, les réseaux sociaux donnent une perception déformée de la réalité sur une question qu'en réalité, peu de gens maîtrisent: comment fonctionne la dynamique d'une pandémie? On peut tous avoir un avis, mais scientifiquement, c'est d'un intérêt limité.Politiquement, bien sûr, les partis au gouvernement étaient sous la pression des secteurs: le culturel, l'horeca, le scolaire... Des lobbies jouent et chaque parti tente de défendre les publics dont il se veut proche. Ce fut le cas pour les libéraux Clarinval et Ducarme pour l'horeca, c'est clair, mais aussi Ecolo, à sa manière. C'est compréhensible, mais c'est parfois indépendant de la réalité de l'épidémie. Il est important de garder une certaine modestie.Dans le champ scientifique, on voit bien qu'il y a eu aussi des batailles "politiques", pour la notoriété...Avec parfois des recommandations scientifiques aux sensibilités différentes...Il y a trois catégories de scientifiques, me semble-t-il. La première, que je qualifierais de "rigoriste", est très liée à la science dura, à l'analyse des datas... Il y une deuxième catégorie plus "rassuriste", qui s'en détachait un peu. Et enfin, sans être méchant avec mes collègues, certains qui disaient n'importe quoi.En réalité, ce n'est pas nouveau. Le monde scientifique, par définition, est un monde de débats.Un autre volet de notre sondage témoigne du peu de soutien à l'encontre de l'indépendance de la Flandre et de la Wallonie. Cela reste en phase avec d'autres sondages réalisés ces dernières années.De manière générale, l'idée de l'indépendance de la Flandre a toujours été très minoritaire. Il y a certes des variations due à l'actualité au sujet des volontés d'autonomie accrue, de de fédéralisme plus large... mais peu d'éléments d'actualité se prêtaient à une lecture communautaire. La gestion de la crise s'est faite en collaboration étroite avec les entités fédérées. Les débats avaient souvent lieu entre Flamands, avec des interventions du ministre-président flamand Jan Jambon.On voit, c'est vrai, une différence d'appréciation entre Flamands et francophones sur l'action des gouvernements Wilmès et De Croo. Une grande majorité de Flamands soutiennent l'action du gouvernement De Croo contre celle de son prédécesseur, alors que c'est plus nuancé du côté francophone. Aujourd'hui, les deux principaux gestionnaires sont De Croo et Vandenbroucke, cela ne prête pas vraiment à une lecture communautaire.Le Vlaams Belang, en forme dans les sondages, se nourrit donc d'autres chose?Le Belang se nourrit toujours de l'immigration et du refus d'une partie de la société d'intégrer la diversité. C'est lié aussi à un lien entre affirmation nationaliste et affirmation sociale: dans ses tracts, c'est un parti qui réclamait le retour de la pension légale à 65 ans, le salaire minimum relevé... Le terreau de ce parti, c'est davantage l'affirmation d'une communauté rassurante dans un contexte où les choses se vivent naturellement dans un contexte international.