Qu'est-ce que le flair ? En politique, une idée répandue le réduirait à la faculté de changer de position au gré du vent dominant. En réalité, le flair consiste plutôt à mettre en avant ce qui est socialement séduisant dans ses positions, et à cacher ce qui ne l'est pas. Ainsi, sur l'avenir de la Belgique fédérale, les choix tactiques du PTB, du MR, de la N-VA et du Vlaams Belang témoignent que leurs communicants ont le nez creux, et les résultats de notre enquête le démontrent. Lorsqu'il vend des t-shirts rouges "We are one", floqués d'une étoile tricolore, dans l'effervescence des championnats d'Europe de football, le PTB a du flair. Il sent que l'instant est propice, et que c'est le moment de mettre son unitarisme en avant. Lorsqu'il enfile son masque noir-jaune-rouge et qu'il déclare à la Belgique une passion romantique, Georges-Louis Bouchez est un homme politique raisonnable. Il voit que le fédéralisme ennuie les francophones, et que l'indépendantisme les inquiète. Et lorsque la N-VA, dont le premier article des statuts professe "opter logiquement pour une république indépendante de Flandre", ou lorsque le Vlaams Belang, dont le premier article de la déclaration de principes annonce que "le parti combat pour une Flandre indépendante", mais qu'ils n'en font jamais un sujet de campagne, ils calculent tout ...

Qu'est-ce que le flair ? En politique, une idée répandue le réduirait à la faculté de changer de position au gré du vent dominant. En réalité, le flair consiste plutôt à mettre en avant ce qui est socialement séduisant dans ses positions, et à cacher ce qui ne l'est pas. Ainsi, sur l'avenir de la Belgique fédérale, les choix tactiques du PTB, du MR, de la N-VA et du Vlaams Belang témoignent que leurs communicants ont le nez creux, et les résultats de notre enquête le démontrent. Lorsqu'il vend des t-shirts rouges "We are one", floqués d'une étoile tricolore, dans l'effervescence des championnats d'Europe de football, le PTB a du flair. Il sent que l'instant est propice, et que c'est le moment de mettre son unitarisme en avant. Lorsqu'il enfile son masque noir-jaune-rouge et qu'il déclare à la Belgique une passion romantique, Georges-Louis Bouchez est un homme politique raisonnable. Il voit que le fédéralisme ennuie les francophones, et que l'indépendantisme les inquiète. Et lorsque la N-VA, dont le premier article des statuts professe "opter logiquement pour une république indépendante de Flandre", ou lorsque le Vlaams Belang, dont le premier article de la déclaration de principes annonce que "le parti combat pour une Flandre indépendante", mais qu'ils n'en font jamais un sujet de campagne, ils calculent tout aussi juste. Car ils savent aussi que Diables rouges ou pas, avec ou sans masque tricolore, cette facette pourtant fondatrice, de leur identité, n'est que peu partagée par l'électorat qu'ils visent.C'est ainsi qu'à la question "quel futur souhaitez-vous pour la Belgique ?", à peine 15,4 % des sondés néerlandophones répondent "une Flandre et une Wallonie indépendantes". C'est toujours plus qu'en Belgique francophone (4,5 % des sondés y sont favorables, sans grande différence entre Wallons et Bruxellois), mais c'est tout de même beaucoup moins que ceux qui, en Flandre même, voudraient voir "le rétablissement d'une Belgique unitaire, avec seulement un parlement national et un gouvernement national" : on trouve encore, au nord du pays, 24 % d'unitaristes. Les francophones sont près de deux fois plus nombreux que les Flamands à révérer la Belgique unitaire de papa, mais la proposition d'un retour à celle-ci recueille tout de même une majorité relative chez les sondés néerlandophones. Entre les deux suggestions les plus extrêmes, de l'indépendance au belgicanisme, les options intermédiaires, plus floues et plus complexes (un Etat confédéral, un Etat fédéral renforcé par davantage de compétences communes ou le statu quo), éparpillent les répondants façon puzzle. Si bien d'ailleurs qu'au total des Belges, après l'hypothèse d'un retour à la situation antérieure au fédéralisme, celle qui séduit le plus est... l'indifférence, près d'un répondant sur cinq avouant n'avoir aucune idée sur le sujet. Le camp paradoxal des indépendantistes, des unitaristes et des je-m'en-foutistes regroupe ainsi près de deux tiers des Belges, aussi bien en Flandre qu'à Bruxelles et en Wallonie.Est-ce alors le flair qui pousse une coalition à se donner pour "objectif une nouvelle structure de l'Etat à partir de 2024 avec une répartition plus homogène et plus efficace des compétences dans le respect des principes de subsidiarité et de solidarité interpersonnelle. Cela devrait conduire à un renforcement des entités fédérées dans leur autonomie et du niveau fédéral dans son pouvoir", comme il est écrit dans l'accord du gouvernement De Croo ? Quelle formule mathématique mène Paul Magnette, président du plus grand parti francophone, à dépenser une fraction de son capital médiatique à défendre un modèle fédéral à quatre Régions fortes, dont certaines maintiendraient, à l'aide d'arrangements institutionnels illisibles, une solidarité privilégiée en matière d'enseignement ou de service public de radio-télévision, par exemple ? Sans doute pas le flair, en tout cas. Car cantonné sur cette ligne, le président socialiste se condamne à n'intéresser que le petit tiers restant de francophones ni belgicains, ni rattachistes, ni indépendantistes, ni indifférents. Et parmi ce petit tiers, encore y en a-t-il qui ne s'y intéressent que parce qu'ils s'y opposent - ceux, par exemple, qui se sentent davantage francophones que wallons ou bruxellois. Au gouvernement, deux ministres des Réformes institutionnelles, David Clarinval et Annelies Verlinden, issus de partis aux aspirations opposées, vont donc devoir passer encore trois ans à poser les bases d'une nouvelle architecture fédérale. La solution, inévitablement complexe, qu'ils devraient dégager sera une pièce de la campagne électorale de 2024, cruciale pour la Belgique, risque elle aussi, de ne mobiliser qu'une partie de ce tiers restant, dont une partie de la partie sera nécessairement insatisfaite du compromis proposé. C'est sans doute ce qui pousse le vétéran CD&V Eric Van Rompuy, jadis à la pointe du combat pour l'autonomie flamande, à estimer beaucoup trop risquée toute nouvelle réforme de l'Etat, pour son parti, qui "disparaîtrait" "dans une grande négociation institutionnelle comme la veut Bart De Wever", comme pour la Belgique car "si nous faisons un pas de plus, cela mènera à la déstabilisation du pays, tout simplement", s'exprimait-il, le 21 juin, dans une interview au Soir. Toutefois, côté flamand, mettre l'avenir de la Belgique en campagne en portant une solution, fût-elle compliquée, de compromis pourrait forcer l'opposition nationaliste à se dévoiler. Il s'agira, pour les quatre partis flamands du gouvernement en général, et pour Alexander De Croo en par ticulier, de mettre l'électeur flamand au parfum : le flair de la N-VA et du Vlaams Belang leur impose, depuis longtemps, de masquer leur fragrance naturelle, celle du séparatisme. Il faudra la laisser renifler en l'exhaussant. Or, mettre le futur de la Belgique à l'agenda, c'est mettre sa fin en débat : une fin dont à peine 15 % des Flamands disent vouloir. A cet égard, que moins d'un tiers des sondés néerlandophones se montrent favorables à un gouvernement flamand alliant, en 2024, la N-VA au Vlaams Belang, alors qu'ensemble les deux partis rassemblent à chaque sondage près de la moitié des suffrages, devrait stimuler l'odorat des stratèges de la Vivaldi. Lire l'autre volet de notre sondage > le Belge en veut moins aux politiques, plus aux scientifiques