On n'avait jamais vu Sophie Wilmès aussi tendue par la situation. Même lors des multiples conférences de presse suite aux Conseils nationaux de sécurité pendant la crise sanitaire, l'ex-Première Ministre libérale semblait plus calme. Ce mercredi après-midi s'est tenu un point presse virtuel par vidéo-conférence avec ses collègues les plus concernés, la ministre de la Défense, Ludivine Dedonder (PS), et le secrétaire d'État à l'Asile et la Migration, Sammy Madhi (CD&V), pour expliquer les aspects techniques de l'opération militaire "Red Kite" (littéralement cerf-volant rouge) qui doit ramener en sécurité des centaines de Belges d'Afghanistan. Et l'atmosphère était plutôt fébrile.
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On n'avait jamais vu Sophie Wilmès aussi tendue par la situation. Même lors des multiples conférences de presse suite aux Conseils nationaux de sécurité pendant la crise sanitaire, l'ex-Première Ministre libérale semblait plus calme. Ce mercredi après-midi s'est tenu un point presse virtuel par vidéo-conférence avec ses collègues les plus concernés, la ministre de la Défense, Ludivine Dedonder (PS), et le secrétaire d'État à l'Asile et la Migration, Sammy Madhi (CD&V), pour expliquer les aspects techniques de l'opération militaire "Red Kite" (littéralement cerf-volant rouge) qui doit ramener en sécurité des centaines de Belges d'Afghanistan. Et l'atmosphère était plutôt fébrile. L'opération militaire s'annonce en effet fastidieuse et risquée. Sur place la situation est hors de contrôle, autour de l'aéroport de Kaboul dont le périmètre intérieur est sécurisé par les Américains, mais dont les talibans en contrôlent le périmètre extérieur et ont établi des check-points. Selon les dires de la Ministre des Affaires Etrangères, "la situation est mouvante, change d'heure en heure", avec en outre, des informations souvent contradictoires. La difficulté est aussi de convaincre les talibans de laisser sortir les personnes et les membres de leur famille du pays, alors qu'elles n'ont pas toujours les bons documents prouvant leur nationalité. Au total, 580 personnes se sont manifestées à l'heure d'écrire ces lignes auprès de l'ambassade de Belgique au Pakistan, également compétente pour l'Afghanistan voisin, selon les chiffres actualisés du cabinet Wilmès ce jeudi. Il s'agit de 344 Belges, 222 Afghans (membres de la famille de Belges ou de personnes bénéficiant d'un statut de protection) et un petit nombre de parents de Belges ayant la nationalité luxembourgeoise ou néerlandaise, entre autres.Le gouvernement belge est critiqué pour sa lenteur dans sa prise de décisions. Contrairement aux États-Unis, à la France, à l'Allemagne et aux Pays-Bas, notre pays n'a pas décidé dimanche d'envoyer des avions militaires, mais lundi, trop tard selon certains observateurs. Le gouvernement pensait jusque-là que les Belges et leurs familles pouvaient revenir avec des avions en provenance d'autres pays de l'UE. Une erreur de calcul, qui ne semble finalement pas porter à conséquences vu le chaos à l'aéroport de Kaboul en début de semaine qui a paralysé le trafic aérien. Le Premier ministre Alexander De Croo a réagi lors d'une interview accordée à la RTBF aux critiques sur la lenteur avec laquelle cette opération a été mise en place. "Certains disent qu'on a pris un peu plus de temps? Nous estimons que pour une opération comme celle-là, vers un pays qu'on connaît un peu, sans être de grands spécialistes de la région, qu'il vaut mieux bien préparer à l'avance", ajoute-t-il.Mercredi, c'est donc quatre avions de transport belges qui se sont envolés de Melsbroek à destination d'Islamabad. La capitale pakistanaise servira de base arrière pour des vols vers l'aéroport international de Kaboul, dernier refuge pour les Afghans et les ressortissants étrangers tentant de quitter le pays.Une partie de cette décision tardive d'envoyer de l'aide vient du fait que les talibans ont pris le pouvoir de manière fulgurante. Vendredi dernier, les services de renseignement occidentaux s'attendaient encore à ce que Kaboul tombe aux mains des extrémistes musulmans dans les trente à 80 jours.Pourtant, les Affaires étrangères ont bien demandé aux Belges enregistrés dans le pays de le quitter, et cela, à trois reprises par téléphone et par e-mail : fin juillet, début août et samedi dernier, rapporte De Morgen. Même la dernière fois - un jour avant la chute de Kaboul - il n'y a eu pratiquement aucune réponse. "Le dimanche après-midi, les talibans ont déclaré la victoire. Jusqu'à 14 heures ce jour-là, nous n'avons reçu qu'une seule demande d'assistance", indiquent les milieux diplomatiques. "Dans la soirée, la situation a complètement changé."Depuis que les talibans ont pris Kaboul, le gouvernement belge a tout mis en oeuvre pour établir un contact avec ces personnes sur place. Les interprètes, le personnel militaire et humanitaire, les militants des droits de la femme et le personnel des organisations internationales sont également autorisés à s'inscrire au rapatriement. Pourtant, l'évacuation s'annonce chaotique et compliquée. Sophie Wilmès, lors du point presse de mercredi, évoquait cette difficulté de gérer un nombre croissant de demandes de rapatriement heure par heure, "just in time". La centaine de demandes de début de semaine a grimpé à 470 hier et a encore gonflé d'une petite centaine ce jeudi, avec 580 inscrits à l'évacuation. De quoi s'embrouiller dans cette situation d'urgence où les documents des personnes désireuses d'être évacuées ne sont pas toujours en ordre pour l'une ou l'autre raison administrative.Des procédures pour collecter ces informations sur le lien effectif avec la Belgique sont nécessaires. "Un screening administratif est en cours pour vérifier l'appartenance de ces personnes avec notre pays", explique le Secrétaire d'Etat à l'Asile et à la Migration. Des dossiers individuels sont traités dans l'urgence. Pour l'heure, une quarantaine de ces personnes sont autorisés à venir en Belgique selon le cabinet de l'Asile et la Migration."On doit bien savoir à l'avance qui sont les gens qu'on veut rapatrier", souligne Alexander De Croo. "On doit être aussi clair qu'on ne peut pas prendre tout le monde. Les gens qu'on rapatrie avec nos avions doivent répondre à des critères qui sont très clairs".Le service "Asile et migration" attend des personnes de nationalité belge et de leur famille nucléaire qu'elles aient leur propre lieu de résidence dans notre pays. Les personnes qui ont travaillé pour la Défense dans le passé seront également reçues par la Défense. Les autres bénéficieront d'un accueil et d'un accompagnement par le service de l'immigration et seront inscrits dans un parcours pour obtenir ou non un statut de résident en Belgique.Mais, selon le journal flamand De Morgen, la Belgique est aussi confrontée dans cette crise aux conséquences de "l'optimisation et de la rationalisation" des missions diplomatiques fin 2014. Le gouvernement Michel avait alors décidé de fermer l'ambassade de Belgique à Kaboul, ce qui signifie que toutes les demandes de rapatriement doivent passer par l'ambassade d'Islamabad, au Pakistan. Il est donc plus difficile pour les personnes sur le terrain de soumettre des demandes, mais aussi de les traiter.Le journal flamand évoque également l'évacuation tardive des interprètes afghans et des autres personnels militaires. Le 7 mai 2021, le kern a donné le feu vert à un protocole permettant aux interprètes d'obtenir un visa humanitaire. Mais la procédure est, selon l'association internationale des interprètes de conférence AICC, "trop bureaucratique, trop lente et pas assez accessible". Une seule famille l'a utilisé avant la prise de Kaboul par les talibans. L'AICC : "Cela contraste fortement avec des pays comme les États-Unis et la Grande-Bretagne, qui avaient procédé à des évacuations depuis des mois."Selon Wilmès, Mahdi et Dedonder, l'opération n'est aussi possible que grâce à l'étroite coopération entre leurs trois SPF et les autres pays. Alors que ces derniers jours, des tensions sont évoquées entre les cabinets de Dedonder (PS) et celui du Secrétaire d'Etat à l'Asile et à la Migration Sammy Mahdi (CD&V). Selon De Morgen, la Défense aurait minimiser son rôle dans l'identification du personnel local. Chacun se renvoyant la balle. La question de savoir si cette collaboration était optimale fera l'objet d'un débat au Parlement fédéral, évoque De Morgen. Une commission spéciale y sera convoquée dans laquelle Wilmès, Dedonder et Mahdi devront répondre. Aucune date n'a été avancée. Les premiers rapatriements de ressortissants belges devraient avoir lieu ce vendredi, si la situation sur place le permet. Aucun timing exact n'est annoncé par la Défense. Selon l'état actuel des choses, la Belgique dispose demain de quatre créneaux horaires pour faire atterrir les deux avions C130 à l'aéroport de Kaboul. Cela signifie que chacun des deux avions peut atterrir deux fois et débarquer ses passagers dans la capitale pakistanaise Islamabad. De là, les personnes seront évacuées vendredi soir pour la Belgique grâce à un troisième avion de transport militaire, un A400M. Les autres retours vers l'Europe devraient s'effectuer par des avions de ligne.Cependant, rien n'est certain en raison de la situation volatile sur le terrain. Les représentants belges sur place veilleront à ce que les appareils soient remplis au maximum de leur capacité (une soixantaine de personnes), en sachant que le temps d'embarquement disponible est réduit à trente minutes. Aucune précision n'était donnée jeudi sur le nombre de passagers attendu pour la journée de vendredi.Les militaires belges n'ont pas l'intention, pour l'instant, d'escorter les personnes vers l'aéroport, comme l'a fait la France de manière inattendue jeudi.A l'aéroport de Kaboul, les avions de rapatriement des différents pays se bousculent sur le tarmac. La coordination internationale est cruciale dans ce contexte délicat. Elle a déjà permis à des Belges de rentrer avec l'aide d'autres pays voisins. 7 Belges sont ainsi arrivés à Amsterdam via un vol affrété par les Pays-Bas mercredi soir en provenance de Kaboul. La France a évacué 216 personnes dans la nuit de mardi à mercredi, parmi elles figurait un Belge.