"On n'avait plus vu ça depuis la cellule de Jumet", nous glisse un avocat liégeois. Flash-back: il y a plus de douze ans, une escouade d'enquêteurs de l'Office central pour la répression de la corruption (OCRC) avait été détachée de Bruxelles vers Charleroi pour former une cellule spéciale. En jeu: les dossiers délicats liés au PS carolo (Van Cau, Carolorégienne, fonds de pension de la Ville...). Avec la juge France Baekelandt à l'instruction et Christian De Valkeneer à la tête du parquet, les bretteurs aguerris de l'OCRC avaient fait mouche. Inculpations et arrestations se sont multipliées. Même si tous les dossiers ne se sont pas terminés comme attendu devant les tribunaux, la justice aura tout de même donné un fameux coup de torchon dans la métropole carolo.
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"On n'avait plus vu ça depuis la cellule de Jumet", nous glisse un avocat liégeois. Flash-back: il y a plus de douze ans, une escouade d'enquêteurs de l'Office central pour la répression de la corruption (OCRC) avait été détachée de Bruxelles vers Charleroi pour former une cellule spéciale. En jeu: les dossiers délicats liés au PS carolo (Van Cau, Carolorégienne, fonds de pension de la Ville...). Avec la juge France Baekelandt à l'instruction et Christian De Valkeneer à la tête du parquet, les bretteurs aguerris de l'OCRC avaient fait mouche. Inculpations et arrestations se sont multipliées. Même si tous les dossiers ne se sont pas terminés comme attendu devant les tribunaux, la justice aura tout de même donné un fameux coup de torchon dans la métropole carolo. Idem à Liège, avec les affaires Moreau-Fornieri? On y retrouve un même triangle de choc: des gars de l'OCRC, De Valkeneer au parquet général et un juge d'instruction d'une rectitude, une discrétion et une fermeté comparables à celles de Baekelandt. Depuis 2015, Frédéric Frenay, qui a migré du palais de justice de Huy vers la Cité ardente, a hérité des dossiers sensibles liés à la nébuleuse Moreau. A l'époque, le juge Philippe Richard, en charge de l'instruction, avait dû se déporter après une requête en récusation de Stéphane Moreau portant sur un conflit d'intérêts avec un bureau d'expertise et une affaire plus privée. Si l'enquête Tecteo/Ogeo, emmanchée par Richard, s'est conclue mollement par une transaction pénale peu avant Noël dernier, le volet Nethys semble bien mieux engagé pour aboutir devant un tribunal. Bien que Flémallois, Frédéric Frenay a un avantage: n'avoir pas trempé dans la soupe liégeoise ces dernières années. Cela dit, c'est loin d'être un novice, lui dont l'enquête sur les tracts d'Anne-Marie Lizin avait finalement entraîné une condamnation pénale de l'ancienne bourgmestre huttoise. Et ce jeune quinqua vient de montrer qu'il n'avait pas froid aux yeux en incarcérant, à Lantin et à Marche, en pleine Covid, Moreau et Fornieri, en larmes, paraît-il, dans son bureau. Il ne l'a certainement pas fait à la légère. Mais le signal est clair: l'ancien patron de Nethys et ses acolytes ne sont désormais plus intouchables. Avant de lancer les inculpations et les mandats d'arrêts, le magistrat, réputé bosseur opiniâtre, a construit son dossier avec minutie. Il a pu surtout compter sur des enquêteurs solides de l'OCRC qui ont connu la cellule de Jumet. En outre, les moyens humains étaient, cette fois, à la hauteur de l'instruction. Dans celle de Tecteo/Ogeo, un policier de l'Office central avait repris, à mi-temps seulement, en 2013, l'enquête du commissaire Marc Van de Wouwer de la PJ de Liège, écarté à la suite de la question parlementaire de Julie Fernandez Fernandez (devenue présidente d'Enodia, ex-Publifin), sur sa neutralité en tant que dirigeant d'une association protestante évangélique. Dans le volet Nethys, ils sont environ six enquêteurs de l'OCRC à avoir, pendant plus d'un an et demi, épluché, étudié, recoupé les cartons. Il faut reconnaître que depuis l'arrivée d'Eric Snoeck à la tête de la police judiciaire fédérale, mi-2019, le cadre de l'OCRC a enfin été rempli, comme l'avait promis cet ancien patron de la PJF de Liège qui considère que les dossiers de corruption et de criminalité financière ont une grande importance sociétale. Le voilà déjà récompensé. A vrai dire, le manque endémique de personnel au sein de l'OCRC devenait très préoccupant (un tiers du cadre était rempli avant 2019), au point d'être sévèrement montré du doigt par le Groupe d'Etats contre la corruption (Greco), dépendant du Conseil de l'Europe, dans son dernier rapport sur la Belgique. Frédéric Frenay et les enquêteurs se sont également montrés plus fins stratèges que le juge Richard, qui a eu tendance à s'éparpiller en ouvrant trop de portes dans le dossier Tecteo/Ogeo. Sur la trentaine de notices du parquet de Liège touchant de près ou de loin la sphère Moreau, ils se sont concentrés, ici, sur quatre d'entre elles, principalement les indemnités de rétention. Ils ont travaillé vite et bien, armés de plus de 200 pages de questions face aux anciens dirigeants de Nethys et leurs avocats, une belle brochette des meilleurs ténors du barreau (maîtres Masset, Preumont, Franchimont, Matray, Risopoulos, Buyle...). Pour Christian De Valkeneer, qui quittera bientôt le parquet général de Liège pour prendre la présidence du tribunal de première instance de Namur, ce coup de tonnerre tombe à pic. Après la transaction pénale critiquée dans le dossier Tecteo, il pourra partir la tête haute, lui qui se sera frotté à quelques carrures politiques en tant que procureur. Cela dit, il s'agit d'une pure coïncidence, nous jure-t-on. Le plan d'enquête n'a pas tenu compte du plan de carrière du PG, d'autant que la Covid est passée par là et aurait retardé quelque peu les choses. Espérons néanmoins que cela se terminera mieux à Liège qu'à Charleroi pour les enquêteurs de l'OCRC. En effet, en 2012, après que la juge Baekeland a remis son tablier de juge d'instruction carolo pour officier à la cour d'appel de Liège, les superflics anticorruption, dont les investigations menaient de plus en plus vers Mons, ont connu d'incroyables ennuis judiciaires pour une histoire absurde et téléguidée de notes de frais. Totalement blanchis, mais cassés, ils n'en sont pas sortis indemnes: gros couacs de santé, burnout... Un triste épisode dont Christian De Valkeneer, lui-même, n'est pas très fier.