La saga des signes convictionnels se prolonge et donne lieu à de singuliers rapprochements politiques, par-delà les majorités fédérale et régionale. Le MR, partisan d'une interdiction totale dans les services publics, est proche de DeFI sur la question, mais attaque vertement son ancien partenaire en raison du compromis conclu au sein du gouvernement bruxellois.
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La saga des signes convictionnels se prolonge et donne lieu à de singuliers rapprochements politiques, par-delà les majorités fédérale et régionale. Le MR, partisan d'une interdiction totale dans les services publics, est proche de DeFI sur la question, mais attaque vertement son ancien partenaire en raison du compromis conclu au sein du gouvernement bruxellois. Désormais, au fédéral, c'est avec la N-VA que le MR recrée des liens sur le fond. Les libéraux entretiennent l'idée d'une certaine nostalgie de la Suédoise, s'il n'y avait la question communautaire pour diviser fortement les deux partis. Et s'il n'y avait la loyauté à l'égard de la Vivaldi.La N-VA réclamait l'audition d'Ihsane Haouach, commissaire générale du gouvernement fédéral auprès de l'Institut pour l'égalité hommes-femmes, après des propos contestés tenus au Soir ce week-end. Le CDH le soutenait. Sur le fond, le MR partageait la même inquiétude, mais il s'est abstenu sur le vote.Ce mardi matin, Theo Francken annonçait que son parti demande l'audition d'Ihsane Haouach, commissaire générale du gouvernement fédéral à l'Institut pour l'égalité hommes-femmes. "Le gouvernement a un problème, Ihsane Haouach, souligne l'ancien secrétaire d'Etat N-VA. Si elle pense ce qu'elle disait au Soir, elle peut difficilement rester." Dans un post sur son blog, Theo Francken qualifie même la commissaire générale de "soeur des Frères musulmans" et souligne que cette organisation profite "de la naïveté" de la Vivaldi."Les principes fondateurs ne sont pas mis en danger par l'apparence mais par la montée des réactions d'extrême droite, disait Ihsane Haouach au quotidien, ce week-end. La discussion n'est pas: est-ce qu'on remet en cause la séparation de l'Eglise et de l'Etat? C'est: comment la décline-t-on avec un changement démographique?" "Cette déclaration de la commissaire du gouvernement à l'institut égalité homme femme est extrêmement dangereuse et illustre son incapacité à faire preuve de la neutralité nécessaire à cette fonction", tranchait dimanche Georges-Louis Bouchez, président libéral. Le MR, soutenu par DeFI, compte demande des explications à Sarah Schlitz, secrétaire d'Etat Ecolo à l'origine de sa nomination.Le CDH était favorable, lui aussi, à l'audition d'Ihsane Haouach. "Je trouverais ça utile et intéressant qu'elle clarifie ses propos", souligne le député Georges Dallemagne à La Libre, qui a invité Sarah Schlitz, secrétaire d'État à l'Egalité des genres et à la Diversité, à s'exprimer également sur la question au Parlement. "Il faut arrêter de dire que lorsqu'on demande une neutralité au sein des services publics, c'est discriminatoire, comme elle l'a dit." Selon lui, la commissaire fédérale contredit la cour constitutionnelle, "qui a dit qu'il n'y avait aucun problème à ne pas accepter le voile dans des hautes écoles". "Elle dit donc l'inverse. Et ça m'inquiète", a ajouté le député fédéral à La Libre.Un vote est finalement intervenu en commission parlementaire. N-VA et CDH ont voté en faveur de l'audition, les partis de la Vivaldi s'y sont opposés, mais le MR s'est abstenu. "Nous souhaitions l'interroger en séance plénière pour assurer la pleine transparence ce qui n'était pas possible si on votait en commission", explique Georges-Louis Bouchez. Qui souligne par ailleurs: "La règle: les commissaires du gouvernement répondent devant le gouvernement et non le parlement. Nous avons proposé audition de la commissaire avec la ministre! Refusé, mais nous interpellerons la ministre en plénière."Danie Bacquelaine, représentant du MR, s'est exprimé: "Une commissaire du gouvernement, qui est tenue à un devoir de réserve par sa fonction , relativise un principe fondamental absolu: la séparation des Eglises et de l'Etat. Qu'est ce que ça veut dire? C'est inacceptable.""On peut donc remettre en cause le principe de neutralité en endossant une fonction d'autorité et de représentation, sans jamais devoir s'en expliquer, grince toutefois Sophie Rohonyi (DeFI). Dont acte." La députée ajoute: "Le Parlement pouvait très bien interpeller Mme Schlitz en plénière jeudi et auditionner Mme Haouach en commission. L'un n'empêche pas l'autre!"Theo Francken le regrette. Et précise que la secrétaire d'Etat Sara Schiltz (Ecolo), à l'origine de la nomination de la commissaire générale, sera bien interrogée au sujet de ses propos.Au cabine de la secrétaire d'Eytat Sarah Schlitz, on fait observer que la commissaire du gouvernement a donné cette interview à titre personnel, souligne la RTBF. "Il y a des contacts réguliers entre le cabinet et la commissaire du gouvernement. C'est toujours le cas et cela le restera, vu la fonction de Mme Haouach." Le cabinet rappelle par ailleurs la fonction de contrôle d'un commissaire du gouvernement. "Elle veille à ce que les travaux soient conformes à l'accord de coopération entre l'Institut et le gouvernement. En ce sens, la commissaire du gouvernement ne représente pas l'Institut, ni même le gouvernement". Une expression curieuse épinglée de toutes parts.Tandis que certains reprochent au MR de se focaliser sur ce sujet des signes convictionnels alors que d'autres enjeux sont prioritaires, comme la relance ou le climat, son président coupait mardi matin: "Une gauche bien-pensante explique qu'il faudrait débattre du climat au lieu d'évoquer les signes convictionnels. Je les invite à porter ce propos auprès de leurs amis qui désignent des personnes portant ces signes convictionnels et organisent les horaires des piscines."Le rapprochement entre le MR et la N-VA sur le thème de la défense des libertés était déjà perceptible lors du confinement, quand les deux formations ferraillaient pour obtenir un relâchement des mesures pour certains secteurs. Il l'est désormais sur cette question sensible."Dommage que votre parti se trouve au gouvernement avec la 'gauche bien pensante'', tacle en retour Assita Kanko, députée européenne N-VA, ancienne du MR. En soulignant que la "défense des Valeurs des lumières" aurait été possible avec la N-VA au gouvernement.La vision de l'avenir est, en outre, un fossé béant entre les deux partis: la N-VA réclame le confédéralisme, là où le MR se veut par moments "belgicain" et favorable à des refédéralisations. Ce week-end encore, alors que Bart De Wever réveillait l'idée d'un "grand accord" avec le PS pour 2024, le président du MR soulignait que les nationalistes "se mettaient hors jeu".C'est cette vision commune de l'avenir du pays qui a donné naissance à la Vivaldi. Philsophiquement, par contre, la coalition tangue de plus en plus.