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Elle a une réponse depuis plusieurs semaines déjà. Maggie De Block doit partir. Maggie De Block va partir. Mais les raisons de l'inéluctable ne sont pas celles que l'on croit. Maggie De Block ne doit pas partir parce qu'elle a dit que le coronavirus n'était rien d'autre qu'une petite grippe, car c'est ce que tout le monde a dit à l'époque où elle le disait. Pas plus parce qu'elle a fait détruire des millions de masques, car personne ne le lui avait reproché à l'époque où elle les faisait détruire. Pas non plus parce qu'elle raconte que ces masques ne servent à rien alors qu'ils servent à quelque chose, ni parce qu'elle raconte qu'en trois ans c'était techniquement impossible de commander un stock de plusieurs millions de masques alors qu'elle a passé ces derniers jours à commander plusieurs millions de masques, car elle n'est pas la seule à raconter des énormités de cette indicible hauteur, de ces temps-ci. Pas davantage parce qu'elle a limité les dépenses somptuaires en soins de santé, car d'autres l'ont fait avec elle et avant elle. Et pas parce qu'elle a énervé tout le monde, car au fond personne n'a eu besoin d'elle pour s'énerver. Parce qu'elle ne doit pas partir par devoir, Maggie De Block, pas par remords ni par dignité, pas par modestie ni par contrition, pas par courage ni par peur. Elle doit partir par destination. Elle doit partir parce qu'elle ne peut pas rester. Elle doit partir parce que c'est inévitable. Elle doit partir parce qu'elle doit payer. Elle doit partir pour racheter certaines de ses erreurs , bien sûr, mais surtout pour avoir l'air de racheter les erreurs de tous les autres en même temps. Elle va partir parce que son départ sera le prix à payer pour que rien ne change. Elle doit partir pour apaiser la masse des médecins qu'elle a choqués, des infirmiers qu'elle a brusqués, des gens qu'elle a révoltés. Elle partira pour ça, pour qu'une fois partie et une fois les médecins déchoqués, les infirmiers débrusqués et les gens dérévoltés, les mêmes mais sans elle puissent recommencer à détruire plusieurs millions de masques quand personne n'y fera attention, à raconter des énormités d'une hauteur indicible ou à limiter les dépenses somptuaires en soins de santé. Elle va partir parce que son départ est désormais la condition nécessaire de la conservation du confort de ses collègues autant que de l'assouvissement de la rage de ses adversaires. Elle va partir parce que quand Jacqueline Galant est devenue ministre de la Mobilité, Charles Michel espérait faire de Jacqueline Galant la Maggie De Block wallonne. Elle doit partir parce que quand Jacqueline Galant est partie, le confort des collègues s'est rétabli, la rage des adversaires s'est assouvie, mais les politiques de mobilité n'ont pas changé. Elle doit partir parce qu'aujourd'hui, Sophie Wilmès et les autres ont fait de Maggie De Block la Jacqueline Galant flamande et que, quand elle sera partie, le confort des collègues se sera rétabli, la rage des adversaires se sera assouvie, et que quand la ministre de la Santé publique ne sera plus là, les politiques de la Santé publique pourront continuer à ne pas changer.