La reine Maggie De Block est nue, définitivement. Le crédit de la ministre libérale flamande de la Santé est désormais proche de zéro, tant auprès du personnel soignant que de ses collègues. Elle rencontrait ce matin le front commun syndical, qui menace d'actions de grève dans les hôpitaux. Mais en coulisses, la pièce avait déjà largement été écrite, par d'autres.
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La reine Maggie De Block est nue, définitivement. Le crédit de la ministre libérale flamande de la Santé est désormais proche de zéro, tant auprès du personnel soignant que de ses collègues. Elle rencontrait ce matin le front commun syndical, qui menace d'actions de grève dans les hôpitaux. Mais en coulisses, la pièce avait déjà largement été écrite, par d'autres.Lundi, en marge d'une visite du Bozar rouvert au public, la Première ministre Sophie Wilmès (MR) a estimé qu'il fallait "répondre rapidement aux demandes du personnel soignant". Les images des dos tournés, ce week-end, ont il est vrai marqué les esprits. Sophie Wilmès s'est longuement prononcée en faveur d'un "vrai dialogue", évoqué une nécessaire revalorisation salariale.Elle avait aussi annoncé que les arrêtés ministériels contestés de Maggie De Block, qui prévoient une possible mobilisation des aides-soignants pour remplacer le personnel soignant, seraient réétudiés par le "kern élargi", qui réunit samedi dix partis, ceux présents au sein du gouvernement minoritaire et ceux qui soutiennent les pouvoirs spéciaux. Le couperet est rapidement tombé. Alors que plusieurs partis (PS, Ecolo, CDH et DéFi) réclamaient déjà le retrait de ces arrêtés, le MR a annoncé à son tour qu'il réclamait son retrait... précisément au moment où Maggie De Block se préparait à rencontrer le front commun syndical. Les arrêtés serontbel et bien suspendus, les syndicats se félicitant de cette première victoire de leur mobilisation.Si un consensus assez large avait certes soutenu ces textes début avril, au moment où l'on cragnait un manque de personnel en raison de la pandémie, celui-ci s'est vite effiloché au fil des semaines et de la désapprobation des infirmiers, pour qui il s'agissait d'une façon de "brader" leur formation. Mais alors que cette grogne s'étendait, Maggie De Block a rajouté cette semaine une provocation supplémentaire en affirmant que ceux ayant perdu leur emploi durant cette crise pourrait eux aussi venir en aide. Ces propos, ainsi que les critiques de la ministre Marie-Christine Marghem sur l'action de ce week-end, n'ont pas aidé à ramener la sérénité.La nervosité est palpable dans les rangs politiques. Le début du déconfinement progressif a généré son lot de tensions aux relents préélectoraux, notamment entre le MR et Ecolo. Surtout, des enquêtes témoigne d'une érosion de la confiance des Belges envers les mesures prises par les politiques, maintenant que la situation sanitaire s'améliorer. Interrogés par le Standaard sur leur soutien global à la politique corona du gouvernement fédéral, les participants montrent un pic de satisfaction (46%) vers la mi-avril, avant que ce pourcentage ne recule fortement jusqu'à 27% en fin de mois. Et la confiance envers la plupart des ministres s'érode à la vitesse de l'éclair.Le même sondage montre une chute libre de l'image de la Première ministre (ils ne sont plus que 30% des sondés à avoir une bonne image d'elle, fin avril, contre 53% début du mois), mais aussi de tous les ministres en charge (Maggie De Block passe de 37 à 27). Seul Ben Weyts (N-VA), ministre flamand de l'Enseignement, progresse.La nervosité est aussi générée par l'instabilité politique chronique qui menace de reprendre le mois prochain. Les socialistes ont donc entamé des consultations informelles. Le président du MR estime qu'il s'agit "presque d'un coup d'Etat" car le Palais n'est pas impliqué (formellement, il ne peux pas l'être en période de pouvoirs spéciaux) et affirme que les "cinq principaux partis" doivent constituer le coeur d'une future majorité (donc : N-VA, PS, libéraux et CD&V). Les observateurs constatent que ce faisant, les libéraux excluent pratiquement les écologistes. Certains socialistes francophones ricanent en disant que les propos de Bouchez pourraient presque justifier une alliance PS- N-VA sans le MR. Et le PS, à titre officiel, se demande s'il y a "un pilote dans l'avion libéral" en épinglant la volonté de revalorisation salariale du personnel soignant envisagée par la Première ministre, mais exclue, selon le PS, par son propre président de parti.Tout cela sent l'impasse, les élections... ou le désaveu aggravé.