En date du 17 mars, un total de 1 243 cas de coronavirus ont été rapportés: 756 cas (61%) en Flandre, 303 (24%) en Wallonie et 153 cas (12%) à Bruxelles. Dix décès sont à déplorer à ce jour. Si la situation est encore relativement calme, face à l'épidémie qui prend de l'ampleur, les hôpitaux s'organisent pour faire face à la prise en charge en flux tendu de patients. La situation pourrait, en effet, rapidement basculer.

"Restez chez vous"

"Pour l'instant, l'hôpital est très bien organisé. Aujourd'hui, seul le département d'infectiologie accueille les patients atteints de coronavirus. La communication envers le personnel soignant se fait de manière très efficace", nous explique une médecin, spécialisée en gériatrie dans un hôpital bruxellois. Elle souligne toutefois la pénurie imminente de matériel de protection et de masques. Elle incite tous ceux qui seraient en possession de masques de les déposer à l'hôpital le plus proche. Pour le reste, elle n'a qu'un message, pressant, à adresser à la population : "Restez chez vous !"

"C'est rassurant, mais ça va venir"

Au CHR de Namur, des dispositions spéciales ont été prises. Des protocoles inspirés d'autre épidémies de grande ampleur ont été mis en place selon les instructions des autorités fédérales. "Mais l'hôpital fonctionne normalement. Il y a des patients qui souffrent, par exemple, de problèmes cardiaques, nous devons continuer à les traiter" explique Didier Decamps, directeur médical de l'institution, à L'Avenir.

Le coronavirus reste au centre de toutes les attentions même si jusqu'ici, l'épidémie ne touche que très faiblement la province de Namur. "C'est rassurant, mais ça va venir" , prévient le médecin. Ce dernier encourage d'ailleurs très vivement la population à respecter la distanciation sociale.

Au CHR de Namur, un plan stratégique a été mis en place. "On monte progressivement en puissance. Un peu comme aux échecs, nous avons plusieurs coups d'avance" , explique Didier Decamp, qui a vécu l'épidémie de SRAS en Asie, en 2003. "Nous avons aussi pu nous inspirer de ce qui a été fait pour le H5N1. Globalement, les théories restent les mêmes, les procédures également."

Concrètement, les équipes de soins intensifs ont été renforcées et une certaine transversalité entre les forces vives s'organise. L'activité va diminuer dans certains services. Des médecins et des infirmières viendront renforcer les effectifs des urgences. Une zone tampon y a également été créée pour isoler les patients suspects. Des consignes ont été données concernant l'utilisation du matériel, et plus particulièrement les masques de protection. "Nous avons réalisé des vidéos avec les protocoles à suivre pour mettre les masques et les enlever. Nous formons le personnel pour utiliser le matériel à bon escient." Parmi les nombreux défis qui s'annoncent est en effet celui de garder le personnel disponible pour gérer les malades", explique Didier Decamps dans L'Avenir.

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A Mons, la situation inquiète

A Mons et La Louvière, par contre, les hôpitaux ressentent déjà une certaine pression. Catherine Winant, une des directrices médicales des hôpitaux du groupe Jolimont (Mons et La Louvière), ne cache pas son inquiétude. "Ici, c'est vraiment le calme avant la tempête. On est face à une crise aïgue. On n'a pas arrêté ce week-end depuis l'annonce des mesures par le gouvernement qui étaient les bonnes à prendre selon moi. On a mobilisé tous les services et réorganisé totalement en quelques jours le fonctionnement de nos hôpitaux en collaboration avec tous les médecins. On a diminué drastiquement l'activité pour se concentrer sur les cas de coronavirus. On a été les premiers à interdire les visites, c'est dur psychologiquement pour les patients mais ils sont très compréhensifs.

Pour Catherine Winant, la situation est assez stressante et préoccupante, à Mons avec 26 cas positifs et 4 patients aux soins intensifs, de tout âge. "On évalue la situation en réunion de crise jour après jour. Nous avons ouvert une seconde unité pour accueillir les patients. On espère vraiment qu'on pourra éviter une situation catastrophique comme celle de l'Italie. Pour cela, il faut que toute la population fasse des efforts. La pathologie est difficilement contrôlable. On remarque qu'un patient à l'état stable peut rapidement se dégrader".

Car, selon cette médecin, même si on arrive à aplanir la courbe de l'épidémie, elle sera plus longue. "On est parti comme ça pour au moins deux mois. On espère pouvoir mener tout de front et on se prépare à gérer les malades en flux tendu, avec un personnel qui tiendra le coup. Tout notre personnel soignant est très dévoué même s'il accuse déjà une certaine fatigue à la sortie de l'hiver. Le point critique sera la capacité en personnel soignant au pic de l'épidémie. "

Les messages d'encouragement de la population sont indispensables", ajoute-t-elle. "C'est notre cohésion qui fera qu'on tiendra. Tout le monde doit prendre part à la lutte". Elle déplore notamment les soirées lockdown organisées dans tout le pays vendredi qui ont participé à l'épidémie.

"Les soins intensifs vont se transformer en zone 100% covid-19"

Si tous les hôpitaux belges sont sur le front, la pression est pour l'instant gérable à l'UZ Brussel (Jette). Néanmoins, l'afflux de patients est en évolution et l'on s'attend dans un futur proche à ce que le service des soins intensifs devienne une zone 100% covid-19.

Un comité de crise a été mis sur pied à l'UZ Brussel, il évalue chaque jour la situation. Quatre groupes de travail y analysent différents domaines tels que l'afflux de patients, la gestion des stocks, etc. "L'évolution à laquelle on assiste montre que les soins intensifs vont se transformer, peut-être demain, en une zone 100% covid-19. Pour l'instant, il y a une distinction entre les patients qui ont besoin de soins 'classiques', ceux qui attendent les résultats d'un test coronavirus et les cas avérés", explique Gerard Eeckman, porte-parole de l'hôpital universitaire de la VUB, à Belga.

Si les soins non urgents sont annulés, des services spécifiques auront moins de travail et le personnel pourra être transféré où il est le plus utile. "Il y a pour l'instant des services avec un surplus de travail, comme les soins intensifs ou les urgences, et de l'autre des services qui ferment. Nous pensons transférer les médecins et infirmières et infirmiers d'autres services vers ceux à forte intensité", explique-t-il. Il y a pour l'instant assez de personnel à l'UZ Brussel mais l'on craint des problèmes si les écoles mettent un terme à l'accueil des enfants.

"Lundi, les absences n'étaient pas plus importantes que dans d'autres circonstances. Pour le moment nous travaillons dans de bonnes conditions, grâce à l'accueil dans les écoles", poursuit le porte-parole. Le gros point noir reste, ici aussi, la pénurie de masques et protections pour le personnel hospitalier. L'établissement de santé va lancer un appel et espère que la commande du gouvernement fédéral arrivera rapidement.

"A la fin de la semaine, une situation totalement différente"

Le plus dur arrivera dans les prochaines semaines dans les hôpitaux. Et sur ce plan, tout le monde se prépare au mieux. "Nous avons le sentiment que nous allons pouvoir y faire face", déclare le professeur Philippe Jorens, responsable des soins intensifs à l'UZ Antwerpen au Morgen.

"Irréelle". C'est ainsi que le professeur Jorens résume la situation dans son hôpital. Les couloirs sont déserts, le parking est en grande partie vide. "Je marche dans les couloirs ici pendant que je vous parle, et je ne rencontre presque personne. C'est si calme ici qu'on oserait même se demander si on ne nous raconte pas des salades. Mais la réalité est qu'à la fin de la semaine nous serons dans une situation complètement différente. Alors, ce sera sérieux".

Dans le journal flamand, il explique : "On ne peut jamais vraiment se préparer à cela. Mais nous avons étudié et nous sommes formé pour cela, donc nous devons être capables de le gérer. C'est surtout un énorme problème logistique. Comment faire en sorte de sauver vos patients mais aussi de protéger au mieux vos employés ? Car ces employés doivent aussi être vos employés après-demain."

"Une organisation logistique incroyable"

Le professeur s'inquiète aussi du manque de matériel. "Et bien sûr, nous sommes inquiets. Surtout en ce qui concerne le manque de matériel, bien qu'il n'y ait aucune raison de paniquer pour le moment. Mais des solutions sont absolument nécessaires. Parce que le jour où le personnel tombe malade et que vous n'avez plus de personnel pour s'occuper des patients, nous avons un énorme problème. C'est à cela que l'Italie doit faire face".

A l'hôpital, des mesures logistiques ont été prises : "Nous avons libéré des lits dans d'autres services. Mais l'architecture a également été adaptée. Dans les unités de soins intensifs, nous avons érigé des murs en peu de temps, ajouté des portes et modifié le flux des patients, ce qui nous a permis de tenir les patients potentiellement infectés à l'écart des autres. Nous avons également très bien pratiqué la procédure d'habillage et de déshabillage avec notre personnel."

A l'UZ Antwerpen, la personne a été déployé de manière à ce que chacun se trouve là où il est le plus utile. Sur demande des autorités fédérales, les interventions non urgentes seront reportées. "Cela permettra de libérer le personnel qui peut être déployé pour cette crise. Même si nous continuerons bien sûr à faire les choses urgentes. Si quelqu'un a une hémorragie cérébrale ou souffre d'un traumatisme grave et qu'il doit être opéré d'urgence, c'est ce que nous ferons".

"C'est une organisation logistique incroyable. Nous avons travaillé sur ce sujet pratiquement tout le week-end. Et ce dont je me réjouis, c'est de la grande solidarité. Partout dans l'organisation, les gens offrent leur soutien".

En date du 17 mars, un total de 1 243 cas de coronavirus ont été rapportés: 756 cas (61%) en Flandre, 303 (24%) en Wallonie et 153 cas (12%) à Bruxelles. Dix décès sont à déplorer à ce jour. Si la situation est encore relativement calme, face à l'épidémie qui prend de l'ampleur, les hôpitaux s'organisent pour faire face à la prise en charge en flux tendu de patients. La situation pourrait, en effet, rapidement basculer. "Pour l'instant, l'hôpital est très bien organisé. Aujourd'hui, seul le département d'infectiologie accueille les patients atteints de coronavirus. La communication envers le personnel soignant se fait de manière très efficace", nous explique une médecin, spécialisée en gériatrie dans un hôpital bruxellois. Elle souligne toutefois la pénurie imminente de matériel de protection et de masques. Elle incite tous ceux qui seraient en possession de masques de les déposer à l'hôpital le plus proche. Pour le reste, elle n'a qu'un message, pressant, à adresser à la population : "Restez chez vous !"Au CHR de Namur, des dispositions spéciales ont été prises. Des protocoles inspirés d'autre épidémies de grande ampleur ont été mis en place selon les instructions des autorités fédérales. "Mais l'hôpital fonctionne normalement. Il y a des patients qui souffrent, par exemple, de problèmes cardiaques, nous devons continuer à les traiter" explique Didier Decamps, directeur médical de l'institution, à L'Avenir.Le coronavirus reste au centre de toutes les attentions même si jusqu'ici, l'épidémie ne touche que très faiblement la province de Namur. "C'est rassurant, mais ça va venir" , prévient le médecin. Ce dernier encourage d'ailleurs très vivement la population à respecter la distanciation sociale. Au CHR de Namur, un plan stratégique a été mis en place. "On monte progressivement en puissance. Un peu comme aux échecs, nous avons plusieurs coups d'avance" , explique Didier Decamp, qui a vécu l'épidémie de SRAS en Asie, en 2003. "Nous avons aussi pu nous inspirer de ce qui a été fait pour le H5N1. Globalement, les théories restent les mêmes, les procédures également." Concrètement, les équipes de soins intensifs ont été renforcées et une certaine transversalité entre les forces vives s'organise. L'activité va diminuer dans certains services. Des médecins et des infirmières viendront renforcer les effectifs des urgences. Une zone tampon y a également été créée pour isoler les patients suspects. Des consignes ont été données concernant l'utilisation du matériel, et plus particulièrement les masques de protection. "Nous avons réalisé des vidéos avec les protocoles à suivre pour mettre les masques et les enlever. Nous formons le personnel pour utiliser le matériel à bon escient." Parmi les nombreux défis qui s'annoncent est en effet celui de garder le personnel disponible pour gérer les malades", explique Didier Decamps dans L'Avenir.A Mons et La Louvière, par contre, les hôpitaux ressentent déjà une certaine pression. Catherine Winant, une des directrices médicales des hôpitaux du groupe Jolimont (Mons et La Louvière), ne cache pas son inquiétude. "Ici, c'est vraiment le calme avant la tempête. On est face à une crise aïgue. On n'a pas arrêté ce week-end depuis l'annonce des mesures par le gouvernement qui étaient les bonnes à prendre selon moi. On a mobilisé tous les services et réorganisé totalement en quelques jours le fonctionnement de nos hôpitaux en collaboration avec tous les médecins. On a diminué drastiquement l'activité pour se concentrer sur les cas de coronavirus. On a été les premiers à interdire les visites, c'est dur psychologiquement pour les patients mais ils sont très compréhensifs. Pour Catherine Winant, la situation est assez stressante et préoccupante, à Mons avec 26 cas positifs et 4 patients aux soins intensifs, de tout âge. "On évalue la situation en réunion de crise jour après jour. Nous avons ouvert une seconde unité pour accueillir les patients. On espère vraiment qu'on pourra éviter une situation catastrophique comme celle de l'Italie. Pour cela, il faut que toute la population fasse des efforts. La pathologie est difficilement contrôlable. On remarque qu'un patient à l'état stable peut rapidement se dégrader". Car, selon cette médecin, même si on arrive à aplanir la courbe de l'épidémie, elle sera plus longue. "On est parti comme ça pour au moins deux mois. On espère pouvoir mener tout de front et on se prépare à gérer les malades en flux tendu, avec un personnel qui tiendra le coup. Tout notre personnel soignant est très dévoué même s'il accuse déjà une certaine fatigue à la sortie de l'hiver. Le point critique sera la capacité en personnel soignant au pic de l'épidémie. " Les messages d'encouragement de la population sont indispensables", ajoute-t-elle. "C'est notre cohésion qui fera qu'on tiendra. Tout le monde doit prendre part à la lutte". Elle déplore notamment les soirées lockdown organisées dans tout le pays vendredi qui ont participé à l'épidémie.Si tous les hôpitaux belges sont sur le front, la pression est pour l'instant gérable à l'UZ Brussel (Jette). Néanmoins, l'afflux de patients est en évolution et l'on s'attend dans un futur proche à ce que le service des soins intensifs devienne une zone 100% covid-19.Un comité de crise a été mis sur pied à l'UZ Brussel, il évalue chaque jour la situation. Quatre groupes de travail y analysent différents domaines tels que l'afflux de patients, la gestion des stocks, etc. "L'évolution à laquelle on assiste montre que les soins intensifs vont se transformer, peut-être demain, en une zone 100% covid-19. Pour l'instant, il y a une distinction entre les patients qui ont besoin de soins 'classiques', ceux qui attendent les résultats d'un test coronavirus et les cas avérés", explique Gerard Eeckman, porte-parole de l'hôpital universitaire de la VUB, à Belga. Si les soins non urgents sont annulés, des services spécifiques auront moins de travail et le personnel pourra être transféré où il est le plus utile. "Il y a pour l'instant des services avec un surplus de travail, comme les soins intensifs ou les urgences, et de l'autre des services qui ferment. Nous pensons transférer les médecins et infirmières et infirmiers d'autres services vers ceux à forte intensité", explique-t-il. Il y a pour l'instant assez de personnel à l'UZ Brussel mais l'on craint des problèmes si les écoles mettent un terme à l'accueil des enfants. "Lundi, les absences n'étaient pas plus importantes que dans d'autres circonstances. Pour le moment nous travaillons dans de bonnes conditions, grâce à l'accueil dans les écoles", poursuit le porte-parole. Le gros point noir reste, ici aussi, la pénurie de masques et protections pour le personnel hospitalier. L'établissement de santé va lancer un appel et espère que la commande du gouvernement fédéral arrivera rapidement.Le plus dur arrivera dans les prochaines semaines dans les hôpitaux. Et sur ce plan, tout le monde se prépare au mieux. "Nous avons le sentiment que nous allons pouvoir y faire face", déclare le professeur Philippe Jorens, responsable des soins intensifs à l'UZ Antwerpen au Morgen."Irréelle". C'est ainsi que le professeur Jorens résume la situation dans son hôpital. Les couloirs sont déserts, le parking est en grande partie vide. "Je marche dans les couloirs ici pendant que je vous parle, et je ne rencontre presque personne. C'est si calme ici qu'on oserait même se demander si on ne nous raconte pas des salades. Mais la réalité est qu'à la fin de la semaine nous serons dans une situation complètement différente. Alors, ce sera sérieux".Dans le journal flamand, il explique : "On ne peut jamais vraiment se préparer à cela. Mais nous avons étudié et nous sommes formé pour cela, donc nous devons être capables de le gérer. C'est surtout un énorme problème logistique. Comment faire en sorte de sauver vos patients mais aussi de protéger au mieux vos employés ? Car ces employés doivent aussi être vos employés après-demain."Le professeur s'inquiète aussi du manque de matériel. "Et bien sûr, nous sommes inquiets. Surtout en ce qui concerne le manque de matériel, bien qu'il n'y ait aucune raison de paniquer pour le moment. Mais des solutions sont absolument nécessaires. Parce que le jour où le personnel tombe malade et que vous n'avez plus de personnel pour s'occuper des patients, nous avons un énorme problème. C'est à cela que l'Italie doit faire face".A l'hôpital, des mesures logistiques ont été prises : "Nous avons libéré des lits dans d'autres services. Mais l'architecture a également été adaptée. Dans les unités de soins intensifs, nous avons érigé des murs en peu de temps, ajouté des portes et modifié le flux des patients, ce qui nous a permis de tenir les patients potentiellement infectés à l'écart des autres. Nous avons également très bien pratiqué la procédure d'habillage et de déshabillage avec notre personnel."A l'UZ Antwerpen, la personne a été déployé de manière à ce que chacun se trouve là où il est le plus utile. Sur demande des autorités fédérales, les interventions non urgentes seront reportées. "Cela permettra de libérer le personnel qui peut être déployé pour cette crise. Même si nous continuerons bien sûr à faire les choses urgentes. Si quelqu'un a une hémorragie cérébrale ou souffre d'un traumatisme grave et qu'il doit être opéré d'urgence, c'est ce que nous ferons"."C'est une organisation logistique incroyable. Nous avons travaillé sur ce sujet pratiquement tout le week-end. Et ce dont je me réjouis, c'est de la grande solidarité. Partout dans l'organisation, les gens offrent leur soutien".