L'un des endroits clés de la finance internationale pourrait bien se nicher dans les Ardennes. Plus précisément à 694 mètres d'altitude. Voire même un peu plus haut puisqu'on va y installer un pylône de 45 mètres.
...

L'un des endroits clés de la finance internationale pourrait bien se nicher dans les Ardennes. Plus précisément à 694 mètres d'altitude. Voire même un peu plus haut puisqu'on va y installer un pylône de 45 mètres. Cette nouvelle tour devrait accueillir de très classiques antennes GSM, mais aussi et surtout des antennes paraboliques qui permettront de retransmettre, quelques fractions de seconde plus rapidement, les infos boursières des principales bourses européennes que sont Londres et Francfort. Car, le hasard géographique faisant bien les choses, le point culminant de la Belgique se trouve être exactement sur la ligne virtuelle qui relie les deux capitales boursières. Les transactions à haute fréquence (high frequency trading, en anglais) sont une pratique boursière qui repose sur des machines capables d'analyser des phénomènes statistiques et d'exécuter des ordres à très grande vitesse. Soit des algorithmes complexes qui analysent un carnet d'ordres, calculent les écarts entre l'offre et la demande et identifient des valeurs à tendance haussière avant de placer la transaction. De telles transactions tirent profit d'écarts de prix même minimes sur les valeurs. Cette façon de faire du trading est donc avant tout une course contre le temps où quelques poussières de seconde ont leur importance si l'on veut maximiser les gains et devancer les opérations des concurrents susceptibles de changer les cours. Cette technique, qu'on appelle aussi parfois du microtrading, permet de faire des gains de quelques centimes d'euros, mais sur des millions de transactions à chaque seconde. Avec à la clé, on l'aura compris, un sérieux pactole. Or pour y parvenir, il faut que la technologie suive. Il faut donc des algorithmes ultra-rapides, mais aussi réussir à grappiller quelques millièmes de secondes sur la concurrence. L'un des moyens d'y parvenir est de se placer à des endroits stratégiques sur le réseau physique par où transitent les données. Et parce que les câbles à fibres optiques sont encore trop lents, des sociétés privées ont cherché des emplacements situés en altitude afin d'y placer des antennes. Par exemple, donc, le signal de Botrange. La première demande pour le site remonte à six ans. Très vite, deux autres sociétés sortent du bois et montrent d'un intérêt non dissimulé pour ce terrain à priori guère sexy. "On ne comprenait pas d'où venait un tel engouement" explique Jérôme Lejoly" échevin de Waimes dans De Standaard. Heureusement pour la commune, Lejoly vient du monde de la finance et en regardant une émission sur trading haute fréquence (THF), il comprend pourquoi ce terrain intéresse subitement autant de monde, mais aussi la manne que cela pouvait représenter. Après de longues tractations, c'est EOS Tower qui obtient le contrat pour 1,34 million d'euros pour une concession sur 25 ans explique De Standaard. Ou comme l'explique Jérôme Lejoly à l'Echo , "la commune va percevoir un loyer dégressif de 100.000 euros la première année, puis 80.000 euros la deuxième année, puis 60.000 euros, et puis 50.000 euros les années suivantes". Pas mal pour un parking fait de gravier et coincé entre une brasserie décrépite et un office du tourisme qui a connu des jours meilleurs. Ce serait McKay Brothers, une firme spécialisée dans les services télécoms à faible latence et qui un réseau de pylônes en Europe, qui serait derrière ce financement selon le quotidien flamand. Et comme ce n'est pas non plus la commune qui va payer la nouvelle tour, l'argent devrait permettre d'offrir une cure de Jouvence à l'endroit. Néanmoins, l'administration étant ce qu'elle est, la construction ne sera effective que dans 6 mois puisque l'entreprise va devoir, le précédent leur ayant été retiré, réintroduire un nouveau permis d'urbanisme. Ils devront ensuite introduire une procédure d'extraction du réseau forestier au gouvernement wallon puisque le pylône sera situé en zone forestière. On notera que ce n'est pas le seul endroit de notre royaume qui attise le désir des traders. Très bien située, la Belgique est d'ailleurs dans son ensemble particulièrement prisée. On retrouve de telles antennes sur un immeuble d'appartements à Oostduinkerke ou encore sur un ancien pilier de l'OTAN à Houtem dans la commune de Furnes précise De Standaard. Ce pylône rouillé de 244 mètres de haut et plus en fonction depuis la guerre froide a été acheté 5 millions d'euros en 2013 par Jump Trading précise De Standaard. Un tel pylône fait en réalité partie d'un réseau d'antennes relais, car elles n'ont qu'une portée de 120 kilomètres maximum. "Plus le réseau est proche de la ligne théorique qui relie Londres et Francfort, plus il est en toute logique rapide", souligne Alexandre Laumonier, auteur des livres "5" et "6" consacrés au trading à haute fréquence toujours dans l'Echo. Ceci dit il ne faut pas nécessairement une tour, un bâtiment assez élevé suffit. De quoi aussi louer certains endroits en toute discrétion. Discrétion oblige, la plupart de ces relais sont d'ailleurs difficiles à repérer. Il existe plusieurs autres réseaux de tours dans le monde. Notamment celui reliant les bourses de Chicago à New York ou encore Singapour et Tokyo. Certaines bourses s'inquiètent de l'avantage déloyal que donnent ces tours à ceux qui les utilisent par rapport au reste du marché.