"Cette préoccupation s'exprime au travers du vote des parlementaires dont la liberté d'expression est un des fondements de notre démocratie. Je rappelle que le Parlement travaille en toute indépendance et n'est soumis au contrôle d'aucun gouvernement. S'agissant de la qualification des crimes de génocide ou crimes contre l'humanité, nous considérons que cela relève de la compétence des cours et tribunaux ou d'instances internationales", ajoute la cheffe de la diplomatie belge.

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"Nous avons néanmoins une responsabilité de prévention et un rôle de premier plan à jouer pour soutenir les initiatives permettant d'établir les faits. La situation des minorités ouïghoures constitue un motif d'inquiétude important, y compris pour le gouvernement. Avec nos partenaires européens et like-minded, nous allons donc continuer à promouvoir et défendre sans relâche le caractère universel des droits humains. La Chine reste néanmoins un partenaire important avec lequel nous avons un intérêt durable à coopérer pour relever de manière efficace certains défis mondiaux, tels que la lutte contre le COVID, l'atténuation du changement climatique ou la reprise économique", précise-t-elle.

Après le vote en commission le mois dernier, la ministre des Affaires étrangères Sophie Wilmès avait déjà défendu l'indépendance et les libertés de réflexion et d'expression du Parlement belge, alors que Pékin avait mis en garde la Belgique d'une possible dégradation des relations bilatérales entre les deux pays.

La Chambre reconnaît le risque de génocide

La Chambre a donc approuvé jeudi en séance plénière une proposition de résolution qui reconnaît "un risque sérieux de génocide" de la minorité ouïghoure en Chine et condamne les "crimes de persécution et les violations massives des droits humains dans la région autonome du Xinjiang qui peuvent être constitutives de crimes contre l'humanité".

L'utilisation du mot "génocide" constituait l'un des enjeux des travaux que la Chambre a entamés sur ce sujet après le dépôt de résolutions de plusieurs partis. Il figurait dans une proposition des écologistes et a valu à un de leurs députés, Samuel Cogolati, de figurer au nombre des personnalités européennes visées par des sanctions chinoises.

La commission des Relations extérieures de la Chambre a mené deux après-midis d'auditions sur le sujet, marquées notamment par le témoignage d'une rescapée des camps "de rééducation" chinois, aujourd'hui réfugiée aux Pays-Bas.

Avec cette approbation en séance plénière, la Belgique rejoint les parlements néerlandais, canadien, lituanien, tchèque et britannique ainsi que l'administration du président américain Joe Biden.

La reconnaissance d'un risque sérieux de génocide implique l'adoption de mesures préventives, conformément à la convention internationale de 1948 sur la prévention et la répression du crime de génocide.

La proposition de résolution contient 20 demandes au gouvernement fédéral belge, notamment de condamner la politique menée à l'égard des Ouïghours, le travail forcé ou les stérilisations forcées dont cette population musulmane fait l'objet, de plaider auprès des instances européennes pour un élargissement des sanctions à l'égard de la Chine si la répression des Ouïghours ne cessait pas ou encore de dénoncer les traités d'extradition bilatéraux avec la Chine si la situation devait s'aggraver.

ouïghours, AFP
ouïghours © AFP

Le texte s'attache également à l'accord d'investissement entre l'Union européenne et la Chine en cours de négociation. Il demande d'en geler l'approbation tant que des sanctions sont appliquées à la République populaire et que des engagements contraignants ne sont pas pris en matière de droits de l'homme, du travail, sociaux et environnementaux.

"C'est un vote historique, chargé d'émotion car il marque la fin d'un parcours du combattant pour faire reconnaître les crimes contre l'humanité et le risque sérieux de génocide contre les Ouïghours. Nous sommes particulièrement fiers de faire de la Belgique le sixième pays au monde à briser le silence envers la Chine. Le travail ne s'arrête pas là; il ne fait que commencer. Nous devons à présent activer tous les leviers concrets dont nous disposons ici en Europe pour faire cesser les atrocités là-bas en Chine : geler la Convention d'investissements entre l'Union européenne et la Chine, mettre fin à la convention d'extradition vers la Chine et interdire les importations des produits issus du travail forcé", a commenté Samuel Cogolati (Ecolo-Groen), qui a porté le texte.

Cogalati, belga
Cogalati © belga

"La Chambre demande très clairement à la Chine de mettre fin à la détention arbitraire des minorités ethniques et de libérer de manière immédiate et inconditionnelle les personnes détenues arbitrairement dans ces camps de rééducation.¿ Ces pratiques constituent des violations des droits humains graves et nous ne pouvons les tolérer", a clamé Malik Ben Achour (PS), l'un des cosignataires. "Nous devons demander la constitution d'une commission d'enquête internationale indépendante pour établir de la manière la plus précise les faits et qualifications juridiques applicables et enfin nous devons veiller à ne prêter aucune assistance au maintien de la situation découlant des violations des droits de la population ouïghoure."

"C'est important de pouvoir qualifier les grands crimes perpétrés sur la planète", a souligné Georges Dallemagne (cdH). "Ce texte a déjà un impact. On le voit dans les menaces et les intimidations. Nous faisons preuve de courage par rapport à ces crimes commis par le régime chinois aujourd'hui. Nous ne menons aucune guerre à l'égard de la Chine. J'espère qu'elle entendra le message et qu'elle ne se contentera pas de paroles d'opposition", a-t-il encore précisé.

Le PTB s'est abstenu. "Nous ne rentrerons pas dans la logique de guerre froide", a justifié le député communiste Nabil Boukili. À ses yeux, "derrière l'intérêt soudain de certains gouvernements au sort des Ouïghours, se cachent d'autres intérêts."

"Les intimidations chinoises sont scandaleuses", a répondu François De Smet (DéFI), en référence aux sanctions édictées à l'encontre de Samuel Cogolati et à l'appel formulé à la Belgique de "corriger son erreur". "Cette seule intimidation (de M. Cogolati) aurait mérité un vote unanime. On ne négocie pas avec les droits humains et encore moins avec les crimes contre l'humanité."

Les associations se réjouissent de la reconnaissance d'un risque de génocide

La Belgium Uyghur Association et l'Union des Étudiants Juifs de Belgique (UEJB) se félicitent de la reconnaissance par le parlement fédéral du risque de génocide à l'encontre de la minorité ouïghoure par le gouvernement chinois.

"Même si la Belgique est un petit pays, elle a une place importante en Europe. Cette prise de position revêt donc une importance cruciale et j'espère que cela inspirera les autres pays à faire de même", déclare Abdullam Imerov, président de la Belgium Uyghur Association, cité dans le communiqué. Cette reconnaissance est une étape importante pour les associations, qui ont organisé de nombreuses manifestations et actions à travers la Belgique pour condamner le traitement infligé à la minorité turcophone. "C'est l'aboutissement d'un combat long de plusieurs années pour la diaspora ouïghoure de Belgique", embraye Sacha Guttmann, coprésident de l'UEJB. "Nous sommes arrivés à un stade où, de la jeunesse belge au Parlement fédéral, tout le monde a pris ses responsabilités afin de faire en sorte que la Belgique respecte ses engagements dans la lutte contre la tentative d'effacement du peuple ouïghour. La balle est désormais dans le camp de l'Exécutif et nous attendons tous des mesures fortes à même d'inspirer l'ensemble des pays démocratiques."

"Cette préoccupation s'exprime au travers du vote des parlementaires dont la liberté d'expression est un des fondements de notre démocratie. Je rappelle que le Parlement travaille en toute indépendance et n'est soumis au contrôle d'aucun gouvernement. S'agissant de la qualification des crimes de génocide ou crimes contre l'humanité, nous considérons que cela relève de la compétence des cours et tribunaux ou d'instances internationales", ajoute la cheffe de la diplomatie belge. Lire aussi: "Nous avons néanmoins une responsabilité de prévention et un rôle de premier plan à jouer pour soutenir les initiatives permettant d'établir les faits. La situation des minorités ouïghoures constitue un motif d'inquiétude important, y compris pour le gouvernement. Avec nos partenaires européens et like-minded, nous allons donc continuer à promouvoir et défendre sans relâche le caractère universel des droits humains. La Chine reste néanmoins un partenaire important avec lequel nous avons un intérêt durable à coopérer pour relever de manière efficace certains défis mondiaux, tels que la lutte contre le COVID, l'atténuation du changement climatique ou la reprise économique", précise-t-elle. Après le vote en commission le mois dernier, la ministre des Affaires étrangères Sophie Wilmès avait déjà défendu l'indépendance et les libertés de réflexion et d'expression du Parlement belge, alors que Pékin avait mis en garde la Belgique d'une possible dégradation des relations bilatérales entre les deux pays.La Chambre a donc approuvé jeudi en séance plénière une proposition de résolution qui reconnaît "un risque sérieux de génocide" de la minorité ouïghoure en Chine et condamne les "crimes de persécution et les violations massives des droits humains dans la région autonome du Xinjiang qui peuvent être constitutives de crimes contre l'humanité". L'utilisation du mot "génocide" constituait l'un des enjeux des travaux que la Chambre a entamés sur ce sujet après le dépôt de résolutions de plusieurs partis. Il figurait dans une proposition des écologistes et a valu à un de leurs députés, Samuel Cogolati, de figurer au nombre des personnalités européennes visées par des sanctions chinoises. La commission des Relations extérieures de la Chambre a mené deux après-midis d'auditions sur le sujet, marquées notamment par le témoignage d'une rescapée des camps "de rééducation" chinois, aujourd'hui réfugiée aux Pays-Bas. Avec cette approbation en séance plénière, la Belgique rejoint les parlements néerlandais, canadien, lituanien, tchèque et britannique ainsi que l'administration du président américain Joe Biden. La reconnaissance d'un risque sérieux de génocide implique l'adoption de mesures préventives, conformément à la convention internationale de 1948 sur la prévention et la répression du crime de génocide. La proposition de résolution contient 20 demandes au gouvernement fédéral belge, notamment de condamner la politique menée à l'égard des Ouïghours, le travail forcé ou les stérilisations forcées dont cette population musulmane fait l'objet, de plaider auprès des instances européennes pour un élargissement des sanctions à l'égard de la Chine si la répression des Ouïghours ne cessait pas ou encore de dénoncer les traités d'extradition bilatéraux avec la Chine si la situation devait s'aggraver. Le texte s'attache également à l'accord d'investissement entre l'Union européenne et la Chine en cours de négociation. Il demande d'en geler l'approbation tant que des sanctions sont appliquées à la République populaire et que des engagements contraignants ne sont pas pris en matière de droits de l'homme, du travail, sociaux et environnementaux. "C'est un vote historique, chargé d'émotion car il marque la fin d'un parcours du combattant pour faire reconnaître les crimes contre l'humanité et le risque sérieux de génocide contre les Ouïghours. Nous sommes particulièrement fiers de faire de la Belgique le sixième pays au monde à briser le silence envers la Chine. Le travail ne s'arrête pas là; il ne fait que commencer. Nous devons à présent activer tous les leviers concrets dont nous disposons ici en Europe pour faire cesser les atrocités là-bas en Chine : geler la Convention d'investissements entre l'Union européenne et la Chine, mettre fin à la convention d'extradition vers la Chine et interdire les importations des produits issus du travail forcé", a commenté Samuel Cogolati (Ecolo-Groen), qui a porté le texte. "La Chambre demande très clairement à la Chine de mettre fin à la détention arbitraire des minorités ethniques et de libérer de manière immédiate et inconditionnelle les personnes détenues arbitrairement dans ces camps de rééducation.¿ Ces pratiques constituent des violations des droits humains graves et nous ne pouvons les tolérer", a clamé Malik Ben Achour (PS), l'un des cosignataires. "Nous devons demander la constitution d'une commission d'enquête internationale indépendante pour établir de la manière la plus précise les faits et qualifications juridiques applicables et enfin nous devons veiller à ne prêter aucune assistance au maintien de la situation découlant des violations des droits de la population ouïghoure." "C'est important de pouvoir qualifier les grands crimes perpétrés sur la planète", a souligné Georges Dallemagne (cdH). "Ce texte a déjà un impact. On le voit dans les menaces et les intimidations. Nous faisons preuve de courage par rapport à ces crimes commis par le régime chinois aujourd'hui. Nous ne menons aucune guerre à l'égard de la Chine. J'espère qu'elle entendra le message et qu'elle ne se contentera pas de paroles d'opposition", a-t-il encore précisé. Le PTB s'est abstenu. "Nous ne rentrerons pas dans la logique de guerre froide", a justifié le député communiste Nabil Boukili. À ses yeux, "derrière l'intérêt soudain de certains gouvernements au sort des Ouïghours, se cachent d'autres intérêts." "Les intimidations chinoises sont scandaleuses", a répondu François De Smet (DéFI), en référence aux sanctions édictées à l'encontre de Samuel Cogolati et à l'appel formulé à la Belgique de "corriger son erreur". "Cette seule intimidation (de M. Cogolati) aurait mérité un vote unanime. On ne négocie pas avec les droits humains et encore moins avec les crimes contre l'humanité." La Belgium Uyghur Association et l'Union des Étudiants Juifs de Belgique (UEJB) se félicitent de la reconnaissance par le parlement fédéral du risque de génocide à l'encontre de la minorité ouïghoure par le gouvernement chinois."Même si la Belgique est un petit pays, elle a une place importante en Europe. Cette prise de position revêt donc une importance cruciale et j'espère que cela inspirera les autres pays à faire de même", déclare Abdullam Imerov, président de la Belgium Uyghur Association, cité dans le communiqué. Cette reconnaissance est une étape importante pour les associations, qui ont organisé de nombreuses manifestations et actions à travers la Belgique pour condamner le traitement infligé à la minorité turcophone. "C'est l'aboutissement d'un combat long de plusieurs années pour la diaspora ouïghoure de Belgique", embraye Sacha Guttmann, coprésident de l'UEJB. "Nous sommes arrivés à un stade où, de la jeunesse belge au Parlement fédéral, tout le monde a pris ses responsabilités afin de faire en sorte que la Belgique respecte ses engagements dans la lutte contre la tentative d'effacement du peuple ouïghour. La balle est désormais dans le camp de l'Exécutif et nous attendons tous des mesures fortes à même d'inspirer l'ensemble des pays démocratiques."