"Het lijkt me a no-brainer", et puis "ce que Bouchez fait n'a aucun sens", a dit Bart De Wever, le vendredi 4 décembre, à la télévision flamande. Pareil propos, reproductible industriellement et sur tout sujet dans sa bouche entraînée, est désormais pour lui une espèce de morale universelle. Il portait, cette fois, sur l'insistance très surjouée des réformateurs à obtenir l'autorisation de recevoir deux personnes plutôt qu'une à Noël.
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"Het lijkt me a no-brainer", et puis "ce que Bouchez fait n'a aucun sens", a dit Bart De Wever, le vendredi 4 décembre, à la télévision flamande. Pareil propos, reproductible industriellement et sur tout sujet dans sa bouche entraînée, est désormais pour lui une espèce de morale universelle. Il portait, cette fois, sur l'insistance très surjouée des réformateurs à obtenir l'autorisation de recevoir deux personnes plutôt qu'une à Noël. Passées presque inaperçues, ces déclarations ne procèdent pas d'une de ces tentatives de l'adolescent violent ou du chat incontinent d'attirer une attention médiatique déclinante. Ni de récupérer une influence sanitaire sévèrement dépréciée depuis qu'il y a huit mois, Bart De Wever le bourgmestre ne voulait pas sanctionner les Anversois qui enfreignaient certaines règles du confinement. Ou depuis qu'il y a cinq mois, il ne voulait pas leur imposer un couvre-feu. Ou depuis qu'il y a six semaines, Bart De Wever le président appuyait Jan Jambon le ministre-président, qui ne voulait pas "éteindre un incendie qui n'a pas commencé" alors que les flammes rôtissaient déjà la queue du lion des Flandres. Ce subit assaut de vertu, poignant appel à la responsabilité, est surtout adressé à un ancien féal qui a trahi, celui dont on était le plus sûr de la fidélité, celui dont la trahison a tout changé. Celui à cause de qui la N-VA a perdu le pouvoir fédéral. L'insulte à Bouchez, le mépris pour son parti, portent un message que toute la Flandre, désormais, partage, et qui sert moins à enfoncer le MR qu'à salir son parti frère, l'Open VLD. C'est l'Open VLD, en effet, qui, l'été dernier, a choisi de s'associer avec le MR plutôt qu'avec la N-VA, que les derniers sondages pointent à 10% des voix, que seule la réussite de la Vivaldi et d'Alexander De Croo pourrait sauver, que Bart De Wever n'a pas fini d'humilier, et que Georges-Louis Bouchez continue d'embarrasser. C'est à Egbert Lachaert et à Alexander De Croo, qui ne peuvent aujourd'hui déjà plus défendre, au nord, une formation frangine qu'ils ont, en août et puis en septembre, sauvée deux fois de l'opposition, que Bart De Wever adresse sa première facture de la crise. Ce sont eux qui paient, au nord, ce qui, peut-être, rapporte un peu au sud. C'est à eux qu'en voulaient déjà les indépendantistes flamands, parce qu'ils les ont trahis. C'est à eux qu'en voudront les indépendants flamands, parce qu'ils ne les auront pas assez défendus. Et c'est à eux qu'en voudront tous les autres Flamands, parce qu'ils auront laissé le MR rompre l'union censément sacrée d'un jeune gouvernement en proie à une pandémie mal contenue. Cette posture comique de Pierre-Yves Jeholet, qui fait croire qu'il fait convoquer un comité de concertation le 18 décembre alors qu'un comité de concertation est déjà prévu le 18 décembre, cette joyeuse pression pour assouplir les contraintes pesant sur les métiers de contact, cette rage de prétendre sauver Noël qui est déjà perdu recèlent de possibles profits à court terme pour les libéraux du sud, que les derniers mois n'ont pas épargnés et pour qui les prochains s'annoncent tempétueux. Elles sont aussi de coûts immédiats pour ceux du nord. Ils pourraient, un de ces jours, finir par vouloir se rembourser sur le compte de ce frère ingrat.