La question ouïghoure revoient sur la table du parlement belge, ce mardi 18 mai. Un débat, appuyé par des auditions d'experts et de témoins, a lieu au sujet de quatre propositions de résolution visant à dénoncer la politique chinoise à l'égard de cette minorité musulmane du Xinjiang, dont les citoyens sont déplacés dans des camps de réhabilitation et de travaux forces, les femmes stérilisées...
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La question ouïghoure revoient sur la table du parlement belge, ce mardi 18 mai. Un débat, appuyé par des auditions d'experts et de témoins, a lieu au sujet de quatre propositions de résolution visant à dénoncer la politique chinoise à l'égard de cette minorité musulmane du Xinjiang, dont les citoyens sont déplacés dans des camps de réhabilitation et de travaux forces, les femmes stérilisées...Des députés espèrent un vote reconnaissant la qualification de "génocide". Il est temps "d'appeler l'horreur par son nom", ne cesse de marteler Samuel Cogolati, député Ecolo, en rappelant qu'un "génocide" est défini par une Convention de l'ONU de 1948 et que la situation chinoise correspond parfaitement à ce prescrit.Si la résolution était votée, la Belgique rejoindrait les États-Unis, le Canada, le Royaume-Uni et les Pays-Bas. "On ne peut pas tolérer qu'au XXe siècle une minorité musulmane soit confrontée à des détentions arbitraires, on parle de plus d'un million d'êtres humains complètement innocents, y compris des femmes, enfermés dans des camps, de campagnes de stérilisations forcées, de campagnes d'enfants arrachés à leurs parents, soulignait lundi le député écologiste sur RFI. Il est donc important que les Européens soient unis dans leur message vis-à-vis de Pékin." La pression de la Chine est forte pour empêcher ce travail. Le 4 mai dernier, le sujet était déjà au menu de la Chambre, mais une cyberattaque avait empêché la séance de se dérouler. Certains pointaient du doigt la responsabilité de Pékin, sans que ce ne soit encore prouvéSamuel Cogolati, lui, figure depuis le 22 mars sur une liste de dix Européens sanctionnés par la Chine. "C'est choquant, alors que je fais simplement mon travail de parlementaire pour la défense des droits humains, nous disait-il alors. C'est une attaque contre la démocratie. Même si ce que je subis là n'est évidemment rien en comparaison avec ce que subissent des millions de Ouïghours."Le travail parlementaire de ce mardi consistera en une série d'auditions d'experts sur la question et de membres de la minorité ouïghoure. Parmi eux, Vanessa Frangville, professeure en études chinoises à l'ULB. Cette chercheuse soulignait, elle aussi, le raidissement chinois, ces dernières années, dans une carte blanche récente : "Au cours de la dernière décennie, les académiques qui observent attentivement la région ont constaté des changements inquiétants apportés par des politiques régionales de plus en plus arbitraires et agressives, écrivait-elle. Leur connaissance empirique de la situation - la majorité d'entre eux, parlant chinois et ouïghour, ont effectué de longs séjours sur le terrain - les avait déjà conduits à sonner l'alarme quant à la surveillance renforcée par l'État chinois des populations autochtones, en particulier des Ouïghours (et dans une certaine mesure des Kazakhs, Kirghiz, Ouzbeks, etc.). Depuis trois ans maintenant, mener une recherche approfondie sur le terrain est tout simplement devenu impossible et les contacts avec les informateurs et collègues sur place ont été coupés tout aussi net."Elle ajoutait dans ce même texte, publié par Le Soir : "Comme on reconstitue un puzzle, les chercheurs ont par exemple mis au jour la nature, les effets et enjeux des intrusions étatiques dans le quotidien de millions de Ouïghours: envoi de fonctionnaires chargés de surveiller les familles, contraignant celles-ci à partager des espaces et des moments d'intimité (repas, couchage, etc.) ; reconfiguration physique forcée de ces mêmes espaces de vie ; instauration de relations de dépendance économique et symbolique aux autorités locales en privant les familles de leurs sources de revenus ou des systèmes de solidarité propres à la société ouïghoure ; séparation imposée des familles par l'envoi des adultes dans des camps ou des usines, et des enfants dans des internats ; promotion excessive des mariages mixtes ; destruction et interdiction des espaces collectifs constitutifs de la socialité ouïghoure (mosquées, cimetières, lieux sacrés, écoles, banquets conviviaux ou meshrep, fêtes traditionnelles du ramadan ou du noruz, etc.) ; et autant d'autres actions qui, associées, mènent à la destruction progressive mais inéluctable des fondements culturels, sociaux et identitaires ouïghours."Au niveau de la politique belge, le sujet se range désormais aux côtés de la défense des Palestiniens dans la volonté de lutter pour les droits des peuples opprimés. Avec des termes souvent forts et parfois controversés. C'est ce que justifiait la députée écologiste en venant au secours de sa coprésidente de part, Rajae Maouane, attaquée pour avoir déposé sur les réseaux sociaux une image d'un Palestinien en lutte avec, en bande-son, la chanson d'une auteure proche du Hamas. Depuis, elle a reçu le soutien de son parti."Une partie des 25-35 ont une autre façon de porter les idées politiques, souligne Margaux De Ré. Avec leurs tripes. Qui plus est quand ce sont des droits humains qui sont en jeu. #Ouighours #Palestine Merci de sortir de la lecture infantilisante 'c'est un bébé qui ne sait pas ce qu'elle dit'."Le combat en faveur du peuple ouïghoure se greffe aussi sur une rivalité à gauche entre PS, Ecolo et PTB, les deux partis démocratiques soulignant dès qu'ils le peuvent les liens entre l'extrême gauche et la Chine. Sur ces questions, le PTB s'abstient au parlement, contestant la qualification de "génocide"."La dignité humaine ne s'arrête pas aux frontières, appuie Samuel Cogolati. Nous devons oser nous battre pour faire cesser les atrocités. L'abstention systématique du PTB est une honte. Des camps où sont enfermés plus d'un million de Ouïghours innocents, c'est inacceptable au 21e siècle!" "Pourquoi être à ce point prudent au sujet de ces infractions aux droits de l'homme?", demande Fourat Ben Chikha, sénateur Groen.