A vrai dire, personne ne s'attendait à ce que Sophie Wilmès devienne l'héroïne d'une Belgique confrontée à l'une des plus graves crises de son histoire. Mardi, elle a prêté serment au palais à la tête d'un gouvernement de plein exercice, avant de faire une déclaration solennelle à la Chambre pour appeler à la "grande union" nationale. Surtout, le soir, elle est apparue à la télévision pour annoncer un confinement général, ce mercredi midi. Sans grand chichi. Sans parler de "guerre" à l'instar du président français Emmanuel Macron, et sans son éloquence non plus.

Mais visiblement, au vu des réactions, cette sobriété a plu car elle rassure. Sophie Wilmès a su donner un caractère raisonné, avec juste une pointe d'émotion, à une décision inédite. Elle a "trouvé le ton juste" souligne Alain Gerlache, qui fut entre autres choses porte-parole d'un certain Guy Verhofstadt au Seize. Sophie Wilmès est la capitaine du navire dans un pays complexe enfin doté d'une majorité stable. C'est une notaire, visionnaire à sa manière.

Qu'il semble loin le temps où Charles Michel, au Seize, avait nommé cette échevine inconnue de Rhode-Saint-Genèse en remplacement d'un Hervé Jamar hésitant au ministère du Budget. On criait à l'époque que le MR manquait de personnel politique. La nouvelle venue avait pris le temps de s'installer, de rencontrer les uns et les autres, la presse aussi à laquelle elle s'intéressait avec un zeste d'admiration. Sans vagues, elle maîtrisait ses dossiers pour se faire une place au sein du gouvernement. Pas étincelante: gardienne des chiffres et d'un déficit fortement controversé par l'opposition.

La première Première de l'Histoire

De là à devenir Première ministre - la première de l'histoire belge ! - au moment du départ de Charles Michel pour le Conseil européen, il y avait un pas que peu aurait franchi. Si ce n'est Charles Michel lui-même - à qui l'on peut reprocher beaucoup de choses, mais pas de ne pas prendre des risques. Ses premiers pas au Seize sont hésitants, réservés. N'est-elle pas là à titre transitoire, sans pouvoir à la tête d'un gouvernement minoritaire en affaires courantes ? En début d'année, trois mois après son arrivée, Le Vif/L'Express publie un portrait intitulé "une si discrète Première" dans lequel on lit que peu de monde la connaît, qu'elle colmate les brèches, qu'elle délègue, qu'elle "fait ce qu'elle peut, c'est-à-dire peu". C'est exactement comment on la perçoit en début d'année - c'était il y a un siècle!

La crise du coronavirus a tout bouleversé. Tout d'abord, la Belgique a besoin d'une capitaine en cette période d'incertitude et elle le comprend parfaitement. Ensuite, le chaos institutionnel national et l'absence de début d'une perspective d'avoir un gouvernement en raison de l'opposition PS - N-VA font d'elle une personnalité incontournable. Ce n'est pas simple, mais elle tient le cap, consulte des experts, forme un duo complémentaire avec sa ministre de la Santé, Maggie De Block (Open VLD). Et l'incroyable se produit lorsque nationalistes flamands et socialistes flamands se mettent soudain en branle pour un gouvernement d'urgence. Bart De Wever se verrait bien au Seize. Sur les réseaux sociaux fleurissent les hashtags "keepSophie". La population s'éprend de cette mère de famille naturellement attentive aux craintes de la population et visiblement loin de l'ambition qui sied généralement aux politiques.

On lui découvre une fermeté et un vrai sens politique. Lorsqu'il s'agit de décider des mesures au sein du Conseil national de sécurité, on la surprend à dire au ministre-président flamand, Jan Jambon (N-VA) : "Et il en sera ainsi". La Première ministre renoue avec ce pragmatisme cher aux dirigeants belges, de toute date. Elle navigue aussi dans un contexte différent : la N-VA s'auto-exclut et les partis francophones se serrent les coudes. L'élève, avec cette crise, dépasse le maître : certains se réjouissent désormais de voir que l'on retiendra davantage le nom de Sophie Wilmès... que celui de Charles Michel. Même s'il est un peu tôt, évidemment, pour écrire l'Histoire dans son ensemble. La crise sera longue et sa notoriété nouvelle risque d'être soumise à rude épreuve.

Au MR, comme le révèle notre incroyable saga du dénouement provisoire de la crise politique, on a compris que Sophie Wilmès devenait une star. Cela a conforté la position ferme de son président de parti, Georges-Louis Bouchez, durant la négociation. Une star, malgré elle. Sans qu'elle le revendique, tant la priorité est ailleurs: sauver des vies.

A vrai dire, personne ne s'attendait à ce que Sophie Wilmès devienne l'héroïne d'une Belgique confrontée à l'une des plus graves crises de son histoire. Mardi, elle a prêté serment au palais à la tête d'un gouvernement de plein exercice, avant de faire une déclaration solennelle à la Chambre pour appeler à la "grande union" nationale. Surtout, le soir, elle est apparue à la télévision pour annoncer un confinement général, ce mercredi midi. Sans grand chichi. Sans parler de "guerre" à l'instar du président français Emmanuel Macron, et sans son éloquence non plus.Mais visiblement, au vu des réactions, cette sobriété a plu car elle rassure. Sophie Wilmès a su donner un caractère raisonné, avec juste une pointe d'émotion, à une décision inédite. Elle a "trouvé le ton juste" souligne Alain Gerlache, qui fut entre autres choses porte-parole d'un certain Guy Verhofstadt au Seize. Sophie Wilmès est la capitaine du navire dans un pays complexe enfin doté d'une majorité stable. C'est une notaire, visionnaire à sa manière.Qu'il semble loin le temps où Charles Michel, au Seize, avait nommé cette échevine inconnue de Rhode-Saint-Genèse en remplacement d'un Hervé Jamar hésitant au ministère du Budget. On criait à l'époque que le MR manquait de personnel politique. La nouvelle venue avait pris le temps de s'installer, de rencontrer les uns et les autres, la presse aussi à laquelle elle s'intéressait avec un zeste d'admiration. Sans vagues, elle maîtrisait ses dossiers pour se faire une place au sein du gouvernement. Pas étincelante: gardienne des chiffres et d'un déficit fortement controversé par l'opposition.De là à devenir Première ministre - la première de l'histoire belge ! - au moment du départ de Charles Michel pour le Conseil européen, il y avait un pas que peu aurait franchi. Si ce n'est Charles Michel lui-même - à qui l'on peut reprocher beaucoup de choses, mais pas de ne pas prendre des risques. Ses premiers pas au Seize sont hésitants, réservés. N'est-elle pas là à titre transitoire, sans pouvoir à la tête d'un gouvernement minoritaire en affaires courantes ? En début d'année, trois mois après son arrivée, Le Vif/L'Express publie un portrait intitulé "une si discrète Première" dans lequel on lit que peu de monde la connaît, qu'elle colmate les brèches, qu'elle délègue, qu'elle "fait ce qu'elle peut, c'est-à-dire peu". C'est exactement comment on la perçoit en début d'année - c'était il y a un siècle!La crise du coronavirus a tout bouleversé. Tout d'abord, la Belgique a besoin d'une capitaine en cette période d'incertitude et elle le comprend parfaitement. Ensuite, le chaos institutionnel national et l'absence de début d'une perspective d'avoir un gouvernement en raison de l'opposition PS - N-VA font d'elle une personnalité incontournable. Ce n'est pas simple, mais elle tient le cap, consulte des experts, forme un duo complémentaire avec sa ministre de la Santé, Maggie De Block (Open VLD). Et l'incroyable se produit lorsque nationalistes flamands et socialistes flamands se mettent soudain en branle pour un gouvernement d'urgence. Bart De Wever se verrait bien au Seize. Sur les réseaux sociaux fleurissent les hashtags "keepSophie". La population s'éprend de cette mère de famille naturellement attentive aux craintes de la population et visiblement loin de l'ambition qui sied généralement aux politiques.On lui découvre une fermeté et un vrai sens politique. Lorsqu'il s'agit de décider des mesures au sein du Conseil national de sécurité, on la surprend à dire au ministre-président flamand, Jan Jambon (N-VA) : "Et il en sera ainsi". La Première ministre renoue avec ce pragmatisme cher aux dirigeants belges, de toute date. Elle navigue aussi dans un contexte différent : la N-VA s'auto-exclut et les partis francophones se serrent les coudes. L'élève, avec cette crise, dépasse le maître : certains se réjouissent désormais de voir que l'on retiendra davantage le nom de Sophie Wilmès... que celui de Charles Michel. Même s'il est un peu tôt, évidemment, pour écrire l'Histoire dans son ensemble. La crise sera longue et sa notoriété nouvelle risque d'être soumise à rude épreuve.Au MR, comme le révèle notre incroyable saga du dénouement provisoire de la crise politique, on a compris que Sophie Wilmès devenait une star. Cela a conforté la position ferme de son président de parti, Georges-Louis Bouchez, durant la négociation. Une star, malgré elle. Sans qu'elle le revendique, tant la priorité est ailleurs: sauver des vies.