Ce jeudi 9 juin marque le retour à une certaine normalité, tant attendue, avec la reprise de l'horeca, la réouverture des cinémas ou un premier élargissement de la bulle sociale, qui en appelle d'autres. Ce déconfinement progressif et prudent doit être prolongé, notamment lors d'un Comité de concertation, le 18 juin. Le Premier ministre Alexander De Croo (Open VLD) a publié un message assez "basique" sur les réseaux sociaux pour inviter les Belges à "en profiter" et à "se faire vacciner".
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Ce jeudi 9 juin marque le retour à une certaine normalité, tant attendue, avec la reprise de l'horeca, la réouverture des cinémas ou un premier élargissement de la bulle sociale, qui en appelle d'autres. Ce déconfinement progressif et prudent doit être prolongé, notamment lors d'un Comité de concertation, le 18 juin. Le Premier ministre Alexander De Croo (Open VLD) a publié un message assez "basique" sur les réseaux sociaux pour inviter les Belges à "en profiter" et à "se faire vacciner".Politiquement, c'est toutefois le début d'une nouvelle ère, amorcée depuis deux semaines avec le débat sur les signes convictionnels ou l'accord social. Dans les mots et dans les actes, partis, ministres et partenaires sociaux déconfinent, eux aussi. Avec le retour de tensions d'autres natures, la necessité de reprendre le fil - difficile - d'une vision à plus long terme.Voici les enjeux de cette épreuve de véritéFrank Vandenbroucke (Vooruit, nouveau nom du SP.A), ministre fédéral de la Santé, a largement dominé cette première période de la Vivaldi. C'est lui qui donnait le tempo des Comités de concertation, lui qui faisait la pluie et le beau temps durant cette crise sanitaire, urgence numéro un pour tous les niveaux de pouvoir. Alexander De Croo (Open VLD) en a fait son allié numéro un. Pour asseoir son pouvoir, rien de tel que la rigueur scientifique portée par des experts transformés en oracles de la vie politique belge. Rappelons, tout de même, que la virulence des critiques contre les experts et le fleau extrémiste imposent depuis trois semaines au virologue Marc Van Ranst de vivre reclus avec sa famille, menacé par un Jürgen Conings qui demeure introuvable.Au-delà de ce drame, cette période politique se termine. Frank Vandenbroucke et les experts rentrent dans le rang. Alexander De Croo doit trouver de nouveaux équilibres politiques, avec une aile flamande de son gouvernement fragilisée (le dernier sondage est catastrophique pour son parti et le CD&V), un PS qui entend reprendre l'ascendant (c'est le premier parti de la coalition et le vice-Premier Pierre-Yves Dermagne monte en puissance) et un MR qui reste fébrile, voire isolé par moments.Un média se posait fort justement la question en début de semaine: la parole politique déconfinée méritait-elle vraiment que le sujet des signes convictionnels dans l'administration publique soit le premier dossier mis en avant? Pour être de bon compte, il convient de rappeler que ce thème s'est imposé en raison d'une décision de justice (l'ordonnance du tribunal du travail de Bruxelles sur la STIB) ainsi que d'un choix politique (la nomination d'une commissaire à l'égalité hommes-femmes voilée par Ecolo) et qu'il vit davantage du côté francophone que flamand (où c'est le sujet sensible de la liberté d'expression qui est en jeu). Le positionnement des uns et des autres étant connu, place désormais à la négociation.L'heure de vérité de la Vivaldi débute sous cet étrange auspice, mais c'est sa capacité à gérer quatre dossiers majeurs qui est désormais mise à l'épreuve. Un: le socio-économique, après l'accord social, le menu est copieux avec la stratégie de relance, une réforme fiscale, la nécessité de doper le marché de l'emploi, les équilibres budgétaires... autant de noeuds entre gauche et droite. Deux: l'enjeu climatique, avec le dossier énergétique (la fin ou non du nucléaire), les mesures à prendre pour atteindre la neutralité carbone en 2050... et des choix possibles (dixit la ministre Ecolo du Climat, Zakia Khattabi, étude à l'appui), mais qui imposent des arbitrages courageux. Trois: l'institutionnel avec une consultation "populaire" en vue d'une prochaine réforme de l'Etat qui commencera en septembre, face aux forces conjuguées de la N-VA et du Vlaams Belang en Flandre. L'avenir de la Belgique sera en jeu en 2024.Quatre, et c'est peut-être le plus important: le chantier démocratique, avec ce "renouveau" prôné de manière un peu floue par la Vivaldi et les nombreux dégâts occasionnés par la crise sanitaire à une relation de confiance déjà difficile entre élus et citoyens. Partout en Europe, le climat politique devient de plus en plus "tendu" et cela est appelé à devenir une priorité majeure.Avec cette parole qui se déconfine, le retour des enjeux majeurs et un climat potentiellement difficile, c'est toute la capacité du Premier ministre, Alexander De Croo, à mener son équipe qui sera en jeu ces prochains mois. Durant la crise sanitaire, il a fait preuve de charisme, mais aussi... d'une grande prudence. L'objectif était clair: éviter à tout prix une nouvelle vague de l'épidémie, une ambition à demi-remplie en raison du retard de la vaccination. Dans les rangs de la Vivaldi, certains dénonçaient à demi-mots sa volonté de plaire à tout prix et de s'appuyer sur Vandenbroucke et les experts.Désormais, il y a le feu à la Vivaldi en Flandre, plusieurs partis sont impatients de réaliser leurs objectifs et les forces en tous sens imposent que le Premier ministre reprenne les rênes de sa coalition. Avec une vision claire pour l'avenir et une détermination pour convaincre deux opinions publiques très différentes, au nord et au sud.Ce n'est pas un message appellant à "profiter" du déconfinement que les Belges attendent, mais un vrai leader pour les deux prochaines années. Désormais, plus question pour le Premier ministre de se cacher derrière le ministre de la Santé.