"Cette histoire va mal finir." En relayant le nouvel appel à un rassemblement non-autorisé, lancé voici dix jours sur Facebook, cet écologiste exprime son inquiétude. Tout le monde a encore en tête les images de l'intervention au Bois de La Cambre, jeudi soir, après une fête consécutive à un appel similaire.
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"Cette histoire va mal finir." En relayant le nouvel appel à un rassemblement non-autorisé, lancé voici dix jours sur Facebook, cet écologiste exprime son inquiétude. Tout le monde a encore en tête les images de l'intervention au Bois de La Cambre, jeudi soir, après une fête consécutive à un appel similaire. Lire aussi: Les incidents du Bois de La Cambre, révélateurs d'une société lasse et diviséeInitialement prévu au Cinquantenaire, le rassemblement de ce vendredi soir, baptisé "l'Abîme", a été déplacé au même Bois de La Cambre. Sous-titre: "La fête pour le droit de se réunir." 1500 personnes annoncent leur présence et près de 5000 sont intéressées. Comme pour appeler à un nouveau bras de fer, après les incidents de la veille. Philippe Close (PS), bourgmestre de Bruxelles, prévient: "Si cela recommence ce soir, la police sera présente. Comme hier."La police soulignait au moment où l'invitation a été lancée, le 24 mars dernier, qu'il s'agissait d'une "fake news", mais l'inquiétude prévaut, désormais, car les images des affrontements entre les jeunes, visiblement infiltrés par des casseurs, ont fait le tour d'Europe et, potentiellement, échauffé les esprits. "En chargeant brutalement (et à cheval!) ses propres enfants, la Belgique a été jusqu'au bout de la logique à l'oeuvre depuis le début de la pandémie: ce sont les jeunes forcément inconscients qui tuent les vieux, ils sont l'ennemi à enfermer!", s'indigne Jean Quatremer, correspondant européen de Libération. Qui relaie, avec d'autres, des images assez fortes d'une charge à cheval apparemment violente - une enquête est ouverte à ce sujet.Politiquement, les tensions sont vives dans la capitale. "En agissant trop tard, le Ville de Bruxelles a mis en danger les promeneurs alors que le Bois de la Cambre doit être un lieu de détente sécurisé pour tous les Bruxellois", estime David Weytsman, chef de file des libéraux bruxellois. Selon lui, le bourgmestre Philippe Close (PS), avait été prévenu lors du dernier conseil communal de tout faire pour éviter un tel rassemblement de masse et à haut risque: "Nous constatons que l'ampleur de la manifestation a été une fois plus totalement sous-estimée". En compagnie des sociaux-chrétiens, le MR demande une réunion d'urgence du conseil communal.De toutes parts, les politiques ont condamné le rassemblement de jeudi à Bruxelles, avec ces milliers de participants ne respectant pas la distanciation sociale. Même le Premier ministre, Alexander De Croo (Open VLD) parle de "faits inacceptables". Mais en même temps, cette expression rejoint celle, plus large, de nombreuses demandes énoncées depuis des semaines en faveur d'une échappatoire pour les jeunes : afin qu'ils soient consultés pour les mesures ou qu'on leur offre des moments de liberté en plein air. "Toute violence est inacceptable, synthétise Sophie Rohonyi, députée fédérale DéFI. Tout rassemblement de masse compromet nos efforts et sacrifices. Les organisateurs doivent être sanctionnés. Le gouvernement fédéral doit admettre avoir perdu l'adhésion aux mesures et réagir en concertant les jeunes qui veulent vivre mais surtout être écoutés."Voix de plus en plus dissonante parmi les experts, l'épidémiologiste Yves Coppieters reconnaît dans un entretien à La Libre que ce genre de rassemblements comportent des risques sanitaires, alors que la recrudescence de l'épidémie n'est pas sous contrôle. Mais il ajoute : "On se rend compte qu'il y a un malaise dans la population, c'est quand même le signal d'une situation qui ne peut pas perdurer en termes de limitation des activités sociales. Il faut un minimum de relâchement.La Belgique est une marmite sous pression alors que débutent ces vacances de Pâques "sous cloche". Le personnel infirmier dénonce les comportements "irresponsables" de ceux qui se rassemblement et souligne combien les soignants sont "à bout". Lire aussi: "Il est temps que le vaccin arrive, car les équipes sont à genoux"Les syndicats policiers s'inquiètent des violences : "On a le droit de trouver que les mesures Covid sont stupides, illégales et fatigantes au bout d'un an, dit Vincent Gilles, patron du syndicat SLFP Police, mais on n'a pas le droit de frapper sur des policiers qui ne font que rappeler, généralement le plus diplomatiquement possible, ces règles qui sont difficiles à vivre pour toute la population belge. A-t-on idée de frapper son facteur parce qu'il emmène une facture à payer? Non!"D'autres pans de la société voient venir ces quinze prochains jours avec inquiétude, notamment au sein de la SNCB où l'on devra gérer les flux de voyageurs et faire respecter la mesure décidée par le Comité de concertation : limiter les places assises aux seuls sièges le long de la fenêtre. Sophie Dutordoir, CEO de la SNCB, a déjà annoncé qu'elle considérait cette mesure "ingérable", tandis que son ministre de tutelle, Georges Gilkinet (Ecolo) promet des renforts.Et l'on ne parle évidemment pas de tous ces secteurs à l'arrêt qui sont au bord de la crise de nerfs: horeca, culture, événemetniel, métiers de contact, ou encore les commerces non-essentiels peu fréquentés.Dans ce contexte tendu, finalement, les politiques trouveront sans doute un élément pour les rassurer : en début de semaine prochaine, les températures seront à nouveau glaciales.