La Première ministre, Sophie Wilmès (MR), entame la partie la plus délicate de sa gestion de la crise du coronavirus: le maintien nécessaire du confinement (jusqu'au 3 mai, en l'état) couplé à la nécessité de préparer le déconfinement. En évitant que la seconde nécessité ne court-circuite la première - et vice-versa. Et en parsemant son discours ferme de notes d'espoir.

Il lui faut en outre tenir compte des différentes sensibilités qui s'impatientent, tant dans les partis politiques que dans la société au sens large. Son gouvernement fédéral a beau être doté de pouvoirs spéciaux, il n'en reste pas moins minoritaire, bien que soutenu de l'extérieur. Cet exercice d'équilibriste a donné lieu, hier soir et ce matin, à une communication peu convaincante, rapidement critiquée et limitée, les sujets les plus délicats étant reportés à la semaine prochaine.

Un manque de vision

Confinée depuis un mois, la population commence à trépigner d'impatience et demande des perspectives aussi claires que possibles. Tant pour retrouver un cours de vie un peu plus normal que pour sauver une économie en voie de déliquescence accélérée. "L'exercice du déconfinement est hyper délicat et va exiger de la rigueur au niveau scientifique et de la souplesse au niveau de son application", a répété Sophie Wilmès ce matin dans de multiples interviews. Ou encore : "La situation est trop délicate pour improviser et devoir éventuellement revenir sur ce qu'on a dit." On s'attendait toutefois à un cap plus clair, à l'image de ce qui a été annoncé en Autriche, en Italie ou en France : un horizon pour les petits magasins, pour les entreprises, pour les écoles, pour les sorties privées, bref une stratégie pour le déconfinement...

Le report des décisions à un nouveau Conseil national de sécurité, organisé dans dix jours, s'explique par la complexité du processus à mettre en place, mais aussi par la volonté de ne pas induire un relâchement trop rapide des mesures et - sans que cela ne soit avoué - à des arbitrages difficiles à faire entre partis, Régions, experts, secteurs concernés... Il suffit de voir le petit couac concernant les écoles, hier, pour se rendre compte du caractère épineux de l'exercice : le ministre-président wallon, Elio Di Rupo (PS), avait évoqué la réouverture en matinée avant de se rétracter en affirmant qu'une concertation était nécessaire - le secteur fulminait. Résultat ? Il n'y a pas eu un mot sur les écoles.

Un manque de concertation

Ce fut tout simplement incroyable de voir les réactions fuser hier soir à l'annonce de visites rendues possibles dans les maisons de repos, les institutions pour personnes handicapées ou aux personnes seules qui ne peuvent pas se déplacer (une seule personne, désignée à l'avance). L'intention est pleine d'humanité : il s'agit d'ouvrir une petite fenêtre là où le désespoir s'installe. Mais le secteur des maisons de repos s'est indigné de ne pas avoir été consulté, estimant la mesure extrêmement difficile à mettre en oeuvre : quid des familles divisées ? quid des tests pour la personne désignée ? quid du possible appel d'air susceptible d'avoir lieu dans un secteur en grosse difficulté, qui compte ses morts par centaines?

Comme si cela ne suffisait pas, un chaos politique est venu s'y ajouter. Le ministre flamand du Bien-Être, Wouter Beke (CD&V), a critiqué la mesure pourtant approuvée par son propre parti au fédéral et par son ministre-président, Jan Jambon (N-VA), au sein du Conseil national de sécurité. Ce jeudi matin, son président Joachim Coens a tenté de remettre l'église au milieu du parti : "Cette mesure fédérale doit être lue comme la création d'une possibilité, c'est une ouverture humaine, mais pas encore praticable, son exécution pratique doit être élaborée par la Flandre en concertation avec le secteur.'' Et de nombreux observateurs de s'interroger : la concertation n'aurait-elle pas pu avoir lieu avant ?

Un manque d'égalité

La réouverture des jardineries et des magasins de bricolage est une autre dose d'humanité offerte par le gouvernement fédéral pour soulager le poids du confinement prolongé. Si cette décision est saluée par le secteur et par tous ceux qui pourront en profiter, elle est aussi critiquée et ironisée par tous ceux qui vivent avec des moyens limités, dans des appartements exigus et loués, ce serait une nouvelle illustration du fait que les politiques sont décidément coupés de certaines réalités sociales.

Un manque de précision et d'anticipation

Tant pour les visites en maisons de repos, les magasins réouverts, les écoles qui doivent s'y préparer ou les autres entreprises dans l'attente, les questions se multiplient sur la façon dont cela va s'organiser. Pendant ce temps s'exprime toujours un sentiment mitigé au sujet du manque d'anticipation en termes de matériel de protection, notamment. Le port du masque est désormais conseillé pour tous, mais leur nombre fait toujours défaut et c'est le règne de la débrouille.

Le personnel soignant se plaint désormais d'un risque de pénurie de médicaments (de sédatifs, notamment), mais la ministre de la Santé, Maggie De Block, leur rétorque que ce sont... des "fake news" - exacerbant encore la grogne. Comme si tout cela ne suffisait pas, la Belgique est montrée du doigt à l'étranger pour le lourd tribut payé au coronavirus et la même ministre laisse entendre... que l'on va changer le mode de comptabilité

Un manque... de soutien

Tout cela augure des moments difficiles lorsqu'il s'agira de réconcilier la santé et l'économie, une manoeuvre délicate au moment du déconfinement. Ce n'est sans doute pas par hasard que Sophie Wilmès a confié ce matin : "Dès que nous serons sortis de l'urgence sanitaire, je plaide pour qu'on ait un gouvernement fédéral avec une majorité en son sein car nous allons devoir poser des choix idéologiques pour la relance économique."

Les arbitrages à venir prometttent en effet de nouvelles heures de blocage difficiles. Avouons que pour tous ces manquements, dans notre pays compliqué, Sophie Wilmès n'est pas la seule responsable. Les manoeuvres politiques continuent à fleurets mouchetés, davantage en Flandre qu'en Wallonie pour l'instant, d'ailleurs. Et certains secteurs de la société, déconenancés il est vrai par l'ampleur de la catastrophe, peinent à sortir de leur conservatisme habituel pour chercher des solutions créatives, se contentant d'attendre les impulsions de la politique.

Lire aussi l'éditorial: des questions et trop peu de réponses

La Première ministre, Sophie Wilmès (MR), entame la partie la plus délicate de sa gestion de la crise du coronavirus: le maintien nécessaire du confinement (jusqu'au 3 mai, en l'état) couplé à la nécessité de préparer le déconfinement. En évitant que la seconde nécessité ne court-circuite la première - et vice-versa. Et en parsemant son discours ferme de notes d'espoir. Il lui faut en outre tenir compte des différentes sensibilités qui s'impatientent, tant dans les partis politiques que dans la société au sens large. Son gouvernement fédéral a beau être doté de pouvoirs spéciaux, il n'en reste pas moins minoritaire, bien que soutenu de l'extérieur. Cet exercice d'équilibriste a donné lieu, hier soir et ce matin, à une communication peu convaincante, rapidement critiquée et limitée, les sujets les plus délicats étant reportés à la semaine prochaine.Confinée depuis un mois, la population commence à trépigner d'impatience et demande des perspectives aussi claires que possibles. Tant pour retrouver un cours de vie un peu plus normal que pour sauver une économie en voie de déliquescence accélérée. "L'exercice du déconfinement est hyper délicat et va exiger de la rigueur au niveau scientifique et de la souplesse au niveau de son application", a répété Sophie Wilmès ce matin dans de multiples interviews. Ou encore : "La situation est trop délicate pour improviser et devoir éventuellement revenir sur ce qu'on a dit." On s'attendait toutefois à un cap plus clair, à l'image de ce qui a été annoncé en Autriche, en Italie ou en France : un horizon pour les petits magasins, pour les entreprises, pour les écoles, pour les sorties privées, bref une stratégie pour le déconfinement...Le report des décisions à un nouveau Conseil national de sécurité, organisé dans dix jours, s'explique par la complexité du processus à mettre en place, mais aussi par la volonté de ne pas induire un relâchement trop rapide des mesures et - sans que cela ne soit avoué - à des arbitrages difficiles à faire entre partis, Régions, experts, secteurs concernés... Il suffit de voir le petit couac concernant les écoles, hier, pour se rendre compte du caractère épineux de l'exercice : le ministre-président wallon, Elio Di Rupo (PS), avait évoqué la réouverture en matinée avant de se rétracter en affirmant qu'une concertation était nécessaire - le secteur fulminait. Résultat ? Il n'y a pas eu un mot sur les écoles.Ce fut tout simplement incroyable de voir les réactions fuser hier soir à l'annonce de visites rendues possibles dans les maisons de repos, les institutions pour personnes handicapées ou aux personnes seules qui ne peuvent pas se déplacer (une seule personne, désignée à l'avance). L'intention est pleine d'humanité : il s'agit d'ouvrir une petite fenêtre là où le désespoir s'installe. Mais le secteur des maisons de repos s'est indigné de ne pas avoir été consulté, estimant la mesure extrêmement difficile à mettre en oeuvre : quid des familles divisées ? quid des tests pour la personne désignée ? quid du possible appel d'air susceptible d'avoir lieu dans un secteur en grosse difficulté, qui compte ses morts par centaines?Comme si cela ne suffisait pas, un chaos politique est venu s'y ajouter. Le ministre flamand du Bien-Être, Wouter Beke (CD&V), a critiqué la mesure pourtant approuvée par son propre parti au fédéral et par son ministre-président, Jan Jambon (N-VA), au sein du Conseil national de sécurité. Ce jeudi matin, son président Joachim Coens a tenté de remettre l'église au milieu du parti : "Cette mesure fédérale doit être lue comme la création d'une possibilité, c'est une ouverture humaine, mais pas encore praticable, son exécution pratique doit être élaborée par la Flandre en concertation avec le secteur.'' Et de nombreux observateurs de s'interroger : la concertation n'aurait-elle pas pu avoir lieu avant ?La réouverture des jardineries et des magasins de bricolage est une autre dose d'humanité offerte par le gouvernement fédéral pour soulager le poids du confinement prolongé. Si cette décision est saluée par le secteur et par tous ceux qui pourront en profiter, elle est aussi critiquée et ironisée par tous ceux qui vivent avec des moyens limités, dans des appartements exigus et loués, ce serait une nouvelle illustration du fait que les politiques sont décidément coupés de certaines réalités sociales.Tant pour les visites en maisons de repos, les magasins réouverts, les écoles qui doivent s'y préparer ou les autres entreprises dans l'attente, les questions se multiplient sur la façon dont cela va s'organiser. Pendant ce temps s'exprime toujours un sentiment mitigé au sujet du manque d'anticipation en termes de matériel de protection, notamment. Le port du masque est désormais conseillé pour tous, mais leur nombre fait toujours défaut et c'est le règne de la débrouille. Le personnel soignant se plaint désormais d'un risque de pénurie de médicaments (de sédatifs, notamment), mais la ministre de la Santé, Maggie De Block, leur rétorque que ce sont... des "fake news" - exacerbant encore la grogne. Comme si tout cela ne suffisait pas, la Belgique est montrée du doigt à l'étranger pour le lourd tribut payé au coronavirus et la même ministre laisse entendre... que l'on va changer le mode de comptabilitéTout cela augure des moments difficiles lorsqu'il s'agira de réconcilier la santé et l'économie, une manoeuvre délicate au moment du déconfinement. Ce n'est sans doute pas par hasard que Sophie Wilmès a confié ce matin : "Dès que nous serons sortis de l'urgence sanitaire, je plaide pour qu'on ait un gouvernement fédéral avec une majorité en son sein car nous allons devoir poser des choix idéologiques pour la relance économique." Les arbitrages à venir prometttent en effet de nouvelles heures de blocage difficiles. Avouons que pour tous ces manquements, dans notre pays compliqué, Sophie Wilmès n'est pas la seule responsable. Les manoeuvres politiques continuent à fleurets mouchetés, davantage en Flandre qu'en Wallonie pour l'instant, d'ailleurs. Et certains secteurs de la société, déconenancés il est vrai par l'ampleur de la catastrophe, peinent à sortir de leur conservatisme habituel pour chercher des solutions créatives, se contentant d'attendre les impulsions de la politique.Lire aussi l'éditorial: des questions et trop peu de réponses