La cavale du militaire Jürgen Conings, ses sympathies et ses connexions à l'extrême droite en Flandre, ainsi que les manifestations de soutien exprimées physiquement et via les réseaux sociaux, suscitent bien des inquiétudes et des indignations, en ce compris du côté francophone.
...

La cavale du militaire Jürgen Conings, ses sympathies et ses connexions à l'extrême droite en Flandre, ainsi que les manifestations de soutien exprimées physiquement et via les réseaux sociaux, suscitent bien des inquiétudes et des indignations, en ce compris du côté francophone.Des groupes Facebook sont apparus dernièrement, en soutien au militaire fugitif. Le groupe "Als 1 achter Jurgen" ("comme un seul homme derrière Jürgen") compte déjà plus de 44.000 membres. Des militaires figurent parmi les internautes exprimant des messages de soutien."Quand donc va-t-on interdire et empêcher ce soutien explicite à un extrémiste de droite qui menace de violences un scientifique et des lieux de culte? Inacceptable", scande Ahmed Laaouej, chef de file PS à la Chambre, en interpellant la ministre de l'Intérieur, Annelies Verlinden (CD&V).Ludivine Dedonder (PS), ministre de la Défense, avait déjà condamné samedi l'attitude de ces quelques militaires soutenant leur collègue extrémiste en cavale: "Cet individu qui menace notre société n'est pas un héros! Il ne représente PAS la Défense, ses valeurs, les femmes et les hommes qui la composent. Il est inacceptable qu'il reçoive autant de soutien. Je le répète: je condamne avec l'État-Major, fermement toute forme d'extrémisme!" Des mesures d'éloignement ont par ailleurs été prises à l'encontre de onze militaires ayant des sympathies à l'extrême droite et ayant accès à des armes. La Sûreté de l'Etat avait mis en évidence, dès février, la présence de plusieurs dizaines de militaires radicalisés au sein de l'armée.Zakia Khattabi, ministre fédérale Ecolo, insiste, quant à elle: "Il est urgent que nous, démocrates, levons le nez des jeux politiciens partisans qu'on espère voir nous faire gagner individuellement et qui n'ont pour effet que de nous affaiblir collectivement... Ce qui se joue aujourd'hui en Flandre est notre affaire à tous! Aucun doute la Flandre n'est pas l'extrême-droite mais sa banalisation dans les médias, sur les RS, par des intellectuels, des leaders d'opinion etc. laisse un goût amer. Soutien aux démocrates en Flandre! Unissons-nous pour mettre à jour le logiciel anti extrême-droite.""DéFI est suspect dès qu'on parle du Nord, reconnaît son président, François De Smet, et pourtant... C'est parce que j'aime la Flandre, qui fait toujours partie de mon pays, qu'il est légitime de s'inquiéter du poids de l'extrême droite dans l'opinion. Et de questionner le rôle du nationalisme dans cette radicalisation."A droite, du côté francophone, on s'inquiète tout autant du risque de déstabilisation de l'Etat que représente la cavale de Jürgen Conings, ainsi que ces trop nombreuses marques de soutien, y compris au sein de l'armée.Mais le président du MR, Georges-Louis Bouchez, tient à dénoncer également la complaisance francophone à l'encontre de l'extrême gauche et le communautarisme des partis démocrates: "Interpellant comme le monde médiatique francophone est prolixe au sujet de l'extrême droite en Flandre mais est beaucoup moins loquace sur les horreurs du communautarisme de la gauche francophone. Les deux sont à combattre avec la même force, ils détruisent la société.""Mettre sur un pied d'égalité l'extrême droite et les partis de gauche a été une étape majeure d'un point de vue historique pour permettre de justifier ultérieurement une alliance 'tactique' avec l'extrême droite, s'indigne en retour Jérémy Tojerow, militant PS. Un vrai libéral qui connaît l'histoire ne devrait pas dire cela." "De la banalisation de l'extrême droite, désormais sur le même pied que n'importe quelle orientation de politique publique. Ce n'est pas un fait isolé, c'est une posture de plus en plus dangereuse du président du MR", appuie le politologue Jérémy Dodeigne (UNamur)."Libéraux et gauches avaient en commun la défense de l'égalité des droits et de la laïcité, le goût du progrès social, le rejet du communautarisme, avant que vous ne tourniez le dos à ces principes et qu'ils soient repris par d'autres, argumente le libéral foirestois Youssef Lakhloufi. Par ces abandons la gauche alimente l'extrême droite."Les libéraux épinglent aussi la manque de réactivité de la ministre de la Défense, après les révélations de la Sûreté de l'Etat aus sujet de la présence d'extrémistes au sein de l'armée. "L'affaire Conings/Dedonder est une affaire d'Etat!", lançait ce week-end Denis Ducarme, député fédéral, à La Libre. Il n'hésitait pas à évoquer la possibilité de mettre en place une commission d'enquête à la Chambre des Représentants. A ses yeux, la responsabilité de la ministre de la Défense, Ludivine Dedonder (PS), pourrait être engagée.