Ludivine Dedonder (PS), ministre de la Défense, se trouve dans la tourmente, alors que la chasse à l'homme se poursuit toujours, à grands renforts de moyens, pour retrouver ce militaire aux idées d'extrême droite, armé, qui menaçait des personnalités, dont le virologue Marc Van Ranst. Au sein même de la majorité, certains le disent: "Dans un autre pays, la question de sa démission se serait posée". Dans un autre pays...
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Ludivine Dedonder (PS), ministre de la Défense, se trouve dans la tourmente, alors que la chasse à l'homme se poursuit toujours, à grands renforts de moyens, pour retrouver ce militaire aux idées d'extrême droite, armé, qui menaçait des personnalités, dont le virologue Marc Van Ranst. Au sein même de la majorité, certains le disent: "Dans un autre pays, la question de sa démission se serait posée". Dans un autre pays...La séance des questions d'actualité de la Chambre, jeudi après-midi, a donné une indication de l'état de tension qui entoure le dossier et qui menace, potentiellement, la position de la ministre. Surtout en Flandre, plusieurs partis la critiquent vivement. La N-VA en tête, mais ce n'est guère une surprise, depuis les bancs de l'opposition. Mais les socialistes flamands sont assez virulents, eux aussi, et des critiques émanent de toutes parts, au sujet du dossier par la Défense, au sens large, tandis que les socialistes francophones accablent lourdement le "chaos" laissé par les ministres présidents, N-VA durant le gouvernement Michel, avec un intérim du CD&V suite au retrait des nationalistes.Cette expression émanant de la majorité et évoquant une "démission" dans un autre pays a suscité une levée de boucliers au PS et de nombreuses approbations, surtout dans l'opposition nationaliste flamande. Le MR demande que "toute la clarté soit faite".Plusieurs éléments sont de nature à la fragiliser. Le rapport de la Sûreté de l'Etat évoquant une présence inquiétante de l'extrême droite au sein de l'armée, fin février, avait déjà tiré la sonnette d'alarme. Il était question d'une "trentaine de militaires suivis de très près pour leur sympathies et leurs liens évidents avec l'extrême droite". "La situation est très grave, il ne s'agit pas que d'un homme isolé", commente un membre de la majorité."Le menace n'était pas neuve, a appuyé à la Chambre, jeudi après-midi, le député Kris Verduyckt (Vooruit, parti de la majorité). Quand vous, ministre Dedonder, avez dit qu'il n'y a pas grand-chose que l'on peut faire, c'est un non-sens complet!" Ecolo, le CD&V et DeFI ont eu également des mots très critiques et se sont demandé quel était le suivi de cette trentaine de radicalisés."Vous êtes ministre de la Défense depuis de nombreux mois, a lancé Catherine Fonck (CDH, opposition). Votre responsabilité est engagée."Kattrin Jadin, députée MR, membre de la commission de la Défense, insiste ce lundi matin sur LN24 pour que toutes les personnes radicalisées à l'extrême droite soient exclues de l'armée. "Toute la clartée doit être faite", insiste-t-elle.Le parcours du fugitif, Jurgen Conings, laisse également apparaître de sérieuses failles.À partir de 2019, il a progressivement été repéré par le Service général de Renseignement et de Sécurité (SGRS, les renseignements militaires), notamment pour sa proximité avec des mouvements d'extrême droite. Des propos racistes sur Facebook lui ont valu une plainte de l'État-major auprès de la police. Le dossier a été classé sans suite mais l'homme n'a pas échappé à une sanction interne, à savoir quatre jours d'arrêts simples. En juin 2020, Jürgen Conings a été muté dans une fonction de support, en appui des instructeurs en charge de la préparation aux missions à l'étranger. Il avait accès à des armes et munitions pour les mettre à la disposition des militaires qui étaient formés. La même année, son habilitation de sécurité lui a été retirée pour des menaces proférées sur Facebook."Dès que ces comportements sont apparus, ce militaire n'aurait plus dû avoir accès à ces armes et aurait dû faire l'objet d'un contrôle plus strict.", a reconnu la ministre de Défense Ludivine Dendonder, à la Chambre. Les contrôles actuels ne suffisent plus, à ses yeux. Des mesures "fortes" seront prises, comme l'interdiction d'accéder à certains quartiers, aux chambres d'armes et, s'il apparaît que le comportement d'un militaire n'est pas compatible avec son statut, un licenciement pourra être décidé. "Il n'y a pas de place à la Défense pour les racistes et les fascistes", a-t-elle également déclaré.La ministre de la Défense a ajouté: "Plusieurs enquêtes internes (au sein de l'armée) sont en cours par rapport à ce qu'il s'est passé ces derniers jours afin de percevoir les lacunes qui ont conduit à cette situation et les résoudre le plus rapidement possible". Ludivine Dedonder ce vendredi matin sur Bel RTL. Et un retrait de cette habilitation, le cas échéant. Elle précise: "On ne peut pas licencier une personne du jour au lendemain, sur base d'une opinion. Mais on ne peut pas non plus banaliser. Clairement, ces personnes n'ont pas leur place à la Défense."Selon elle, il s'agit d'une "situation anormale" et il pourrait y avoir des sanctions: "On remontera là il faut remonter."Sa responsabilité politique pourrait-elle être engagée? "Il n'en a même pas été question au parlement hier, dit-elle sur Bel RTL. La priorité, c'est de retrouver cet individu. Et ensuite, de comprendre là où il y a eu des problèmes. Je suis dans ce département depuis quelques mois. Je ne compte pas abandonner les femmes et les hommes qui se battent pour le pâys.""Il faut pouvoir screener l'ensemble des militaires qui ont accès à des informations sensibles et à des armes", a encore ajoutéLa ministre renvoie encore, avec force, la responsabilité au désinvestissement dans l'armée et au "chaos" dont elle a hérité des anciens ministres de la Défense, tous deux N-VA, Steven Vandeput et Sander Loones. Elle pointe aussi du doigt les incitations à la haine émanant des nationalistes et de l'extrême droite, ces dernières années, suscitant l'ire de la N-VA.En prenant connaissance des critiques émanant de la majorité et estimant que "dans un autre pays, la question de sa démission se serait posée, Ahmed Laaouej, chef de file PS à la Chambre, s'est étranglé: "N'importe quoi! Qu'on demande plutôt de rendre des comptes à ceux qui ont, ces dernières années et au plus haut niveau de l'Etat, tenu ou banalisé des propos et attitudes aux relents d'extrême droite." Réplique ironique de Theo Francken (N-VA): "Le PS est nerveux".La chasse à l'homme se poursuit. Aucun acte irréparable n'a été commis. Les enquêtes seront menées. Personne n'a demandé la démission de la ministre. Il n'empêche: "dans un autre pays..."