Le bureau de Jean-Claude Marcourt au parlement de Wallonie, son bureau supposé au parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, ainsi que son domicile à Liège ont été ciblés, le 5 février dernier, par des ordonnances de perquisition délivrées par la première présidente (faisant fonction) de la cour d'appel de Liège, Christiane Malmendier, à la demande du juge d'instruction Frédéric Frenay.
...

Le bureau de Jean-Claude Marcourt au parlement de Wallonie, son bureau supposé au parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, ainsi que son domicile à Liège ont été ciblés, le 5 février dernier, par des ordonnances de perquisition délivrées par la première présidente (faisant fonction) de la cour d'appel de Liège, Christiane Malmendier, à la demande du juge d'instruction Frédéric Frenay.L'ordonnance que Le Vif a pu consulter indique que "les nécessités de l'instruction et certaines pièces du dossier justifient que des actes d'instruction soient réalisés relativement à monsieur Jean-Claude Marcourt, qui a le statut de suspect". Jean-Claude Marcourt n'est donc pas considéré par la justice comme un simple témoin. Il aurait pu l'être: des témoins sont parfois perquisitionnés car ils peuvent détenir des preuves matérielles d'infractions commises par des tiers. Mais ce n'est pas le cas ici.Certaines pièces du dossier, à lire l'ordonnance, ont justifié la perquisition des bureaux et du domicile de Jean-Claude Marcourt: "La lecture des pièces de la procédure permet de considérer qu'il est nécessaire à la manifestation de la vérité d'ordonner une perquisition" dans les bureaux et au domicile de Jean-Claude Marcourt "afin de procéder à des recherches informatiques" dans les ordinateurs, disques durs, smartphones et tablettes qu'il utilise.Quelles sont ces pièces appelant à des perquisitions pour que la vérité "se manifeste"? Mystère: secret de l'instruction. Mais Me Jean-Pierre Buyle, l'avocat de Pol Heyse, ex-bras droit financier de Stéphane Moreau, a eu accès au dossier pénal. Et il a pu, notamment, lire les auditions des membres du comité de rémunération (François Fornieri, Pierre Meyers, Jacques Tison) et du comité de direction (Stéphane Moreau, Bénédicte Bayer et son client Pol Heyse) qui ont tous été inculpés par le juge d'instruction Frenay."Lorsque j'ai eu accès au dossier, a déclaré Me Buyle cette semaine au Vif, j'ai constaté qu'il y avait une convergence entre les déclarations des membres des comités de rémunération et de direction de Nethys, ainsi que d'autres personnes, pour dire que certains politiques avaient joué un rôle dans la problématique [de l'octroi d'indemnités de rétention]." Il y a deux semaines, il avait lancé, sans citer le moindre nom, que "la plupart des décisions dont on parle ont été validées, suggérées et recommandées par différents politiques de la région de Liège."Le président du comité de rémunération de Nethys, François Fornieri, et le président du comité de direction, Stéphane Moreau, ont-ils déclaré aux enquêteurs de l'OCRC avoir eu l'aval de "JCM" pour l'octroi des 14,7 millions d'euros d'indemnités de rétention au quatuor de managers Moreau-Heyse-Bayer-Aquilina? La question semble rhétorique.L'ordonnance de perquisition note en tout cas prudemment que "les faits visés au réquisitoire précité, à les supposer établis et sous réserve de la présomption d'innocence, auraient pu être commis notamment à l'intervention ou avec le concours de Monsieur Jean-Claude Marcourt". D'où son statut de suspect.C'est en tant que président de la coupole provinciale du PS liégeois (qui chapeaute les trois fédérations du PS de la province: Liège, Huy-Waremme et Verviers) que Jean-Claude Marcourt est soupçonné d'être la principale "main invisible" politique ayant donné son feu vert aux décisions stratégiques majeures prises chez Nethys ces dernières années. Dont celles prises en mai 2018 de distribuer de faramineuses indemnités de rétention à des membres de l'ex-management, et en mai 2019 de vendre à François Fornieri deux filiales de Nethys - Win et Elicio - à prix cassés.L'homologue libéral de Jean-Claude Marcourt, Daniel Bacquelaine (MR), a pour sa part nié toute implication dans l'affaire Nethys. "Je ne fais pas partie de ces mains invisibles. Ce concept est un concept complotiste", a-t-il récemment déclaré à nos confrères de La Libre Belgique. Daniel Bacquelaine n'a, à ce stade de l'enquête, pas été entendu et encore moins perquisitionné.Marcourt et Bacquelaine avaient au moment des faits litigieux - et ont toujours aujourd'hui - la haute main sur Enodia/Nethys. En effet, PS et MR contrôlent en coalition depuis plus de trente ans la Province de Liège qui détient 54% des parts de l'intercommunale Enodia (ex-Publifin). La Ville de Liège, dirigée par Willy Demeyer (PS), arrive en deuxième position avec 8% des parts.