A l'appel de la CNE, les travailleurs du groupe santé CHC manifestent leur ras-le-bol, ce jeudi, devant l'entrée principale de la clinique MontLégia à Liège. Ils réclament des renforts de toute urgence.
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A l'appel de la CNE, les travailleurs du groupe santé CHC manifestent leur ras-le-bol, ce jeudi, devant l'entrée principale de la clinique MontLégia à Liège. Ils réclament des renforts de toute urgence.Depuis plusieurs jours, les hôpitaux en province de Liège tirent la sonnette d'alarme en raison des chiffres de contaminations au Covid-19 qui ne font que croître, les obligeant à déprogrammer de nombreuses interventions. De plus, le personnel soignant est épuisé et le taux d'absentéisme atteint les 20% dans certains hôpitaux. "La détresse est palpable, les travailleurs n'en peuvent plus. Chaque jour, nous sommes contactés par des collègues à bout de force", souligne Isabelle Linder, pour la délégation CNE du groupe santé CHC. "Les gens se demandent où sont les renforts promis, où sont les primes promises, à quand une reconnaissance des métiers de soins comme métiers pénibles? Ce gouvernement doit répondre à nos demandes, et de toute urgence, c'est vital!" Après la première vague, les politiques ont pris des engagements envers le personnel soignant : prime Covid, revalorisation salariale, meilleures conditions de travail, défiscalisation des heures supplémentaires prestées d'avril à juin, etc. Mais, jusqu'ici, ceux qui se sont épuisés au chevet des malades de la Covid sont comme soeur Anne : ils ne voient rien venir... Arnaud Bruyneel, vice-président de la SIZ Nursing et infirmier aux soins intensifs se sent floué. "Je pensais naivement qu'après la première vague les choses allaient changer, qu'on allait avoir une écoute des politiques mais on a beau proposé des mesures, on est pas écouté. C'est un peu déprimant. On aurait du profiter de l'acalmie entre la première et la deuxième vague pour éviter de tout faire en urgence comme on le fait maintenant, et de mettre des choses au point."Pour les heures sup', un arrêté de pouvoirs spéciaux a bien été adopté et publié cet été. Il prévoit que, pour les secteurs critiques, les heures supplémentaires prestées entre le 1er avril et le 30 juin seront bien défiscalisées, à hauteur de 120 heures maximum. Mais, sur le terrain, ce n'est pas si évident. Quels soignants sont concernés ? Comment calcule-t-on ces heures supplémentaires avec des horaires variés ? Nous avons contacté plusieurs établissements privés et publics qui ont fait face à une charge de travail importante durant la crise : Saint-Luc, Saint-Pierre, Erasme et l'hôpital d'Etterbeek-Ixelles à Bruxelles, Ambroise Paré à Mons, le CHU de Charleroi et le CHR de Liège.Dans bon nombre d'entre eux, on s'est arrangé pour qu'il n'y ait pas d'heures supplémentaires prestées, afin d'éviter d'alourdir des dépenses déjà impactées par la Covid en achat de matériel (masques, respirateurs...). Le CHU de Charleroi a fonctionné avec le système de cohorte, comme en Italie : des équipes de 12 heures, 7 jours d'affilée puis 7 jours de récup. Idem à l'hôpital Ambroise Paré : " Tout le monde est passé à un horaire de 12 heures avec autant de jours de récup que de jours de travail ", explique sa porte-parole. Au CHR de Liège, on a aussi privilégié les jours de récup : " A Ixelles, pas d'heures sup' non plus : les équipes ont été renforcées grâce à des aides venant d'autres services non opérationnels durant la Covid. Résultat : la défiscalisation de " l'effort de guerre " fourni par les infirmiers et infirmières semble être un cadeau en toc.Quant à la prime Covid de 1 450 euros, évoquée en avril, elle est tombée aux oubliettes. Quelques hôpitaux en bénéficie ont pu donner des primes sur fond propre mais rien de structurel. De toute façon, les syndicats n'en voulaient pas. "Nous craignions que ce bonus "sucette'' dispense, à bon compte, les autorités de prendre des mesures "structurelles", commente Yves Hellendorff, secrétaire national de la CNE. Ils ont sans doute eu raison, car un paquet de trois enveloppes totalisant 1,2 milliard d'euros devrait permettre d'alléger le travail des soignants. Tout d'abord, le fonds blouses blanches de 402 millions d'euros, adopté par la Chambre en juin dernier, sera essentiellement affecté au renforcement de l'emploi dans les hôpitaux. C'est la grosse avancée depuis la première vague. Depuis deux semaines, la circulaire du fonds est en vigueur et on sait comment l'appliquer dans les différents hôpitaux.Ensuite, début juillet, un accord a été négocié au fédéral, avec les partenaires sociaux, pour consacrer 600 millions à la revalorisation des salaires et à l'amélioration des conditions de travail dans le secteur de la santé et 200 millions dans celui de la santé mentale. "Le matériel de protection, comme les masques, fait aussi partie de l'accord, complète Jan Piet Bauwens, du Setca. Un stock stratégique revu à la hausse et chiffré est prévu. C'est inédit."Tout cela semble acquis. Le secteur a craint, à un moment, que " les dépenses programmées de 1,2 milliard soient financées en tout ou en partie par les moyens dégagés par la norme de croissance du budget santé. Cela aurait ressembler, en effet, à une tromperie. Car la norme de croissance des dépenses de santé que le Bureau du plan a fixée à 2,5 % - elle est aujourd'hui de 1,5 % -, est liée aux facteurs sociodémographiques (population, vieillissement) et à l'amélioration des traitements, des technologies médicales, etc. Rien à voir avec les conditions de travail ou le salaire. Le gouvernement De Croo semble l'avoir compris. L'année prochaine, le fonds blouses blanches et l'accord social seront bien concrétisés et la norme de croissance préconisée par le Bureau sera appliquée à partir de 2022. Reste à voir si cette norme revue vers le haut sera suffisante dans quatorze mois...Ce jeudi, des actions sont prévues devant l'entrée principale du MontLégia à Liège. Les travailleurs du groupe santé CHC manifestaient 13h et 14h. Est-ce le moment de le faire? "Tout le monde se rend bien compte que la situation est plus gave que la première vague donc il y aura une continuité des soins mais on a besoin de se faire entendre. On est tellement floués et en colère. On a besoin d'exprimer ça" explique Arnaud Bruyneel, vice-président de la SIZ Nursing et infirmier aux soins intensifs. "Les promesses ont été très loin. L'ancien ministre des Pensions, Daniel Bacquelaine nous avait promis de déclarer le métier d'infirmier comme métier pénible et on a rien vu de tout cela. Pas d'action concrète. La frustration est là et il faut qu'on la communique. Le ministre de la Santé vient nous rencontrer c'est bien et c'est déjà une amélioration mais il faut des actions concrètes."Arnaud Bruyneel pointe aussi la différence du retour citoyen. "On a pas la même solidarité qu'à la première vague. On a entendu qu'on agravait la situation pour tirer la couverture vers nous. On passe pour les responsables de la situation alors que personne n'est responsable. "