Frank Vandenbroucke ne cache pas son inquiétude par rapport à la situation épidémiologique au Portugal. Pour l'instant, les autorités belges n'ont pas encore édicté de mesures pour les voyageurs qui reviennent de ce pays. "Tester les voyageurs qui rentrent du Portugal et qui n'ont pas encore été complètement vaccinés: je ne comprends pas pourquoi c'est trop demander à certains. Le Portugal compte actuellement environ trois fois plus d'infections que nous, et le variant delta y est deux fois plus fréquent qu'ici. La probabilité que des personnes soient infectées par cette variante est six fois plus élevée qu'en Belgique. Il y a suffisamment de raisons d'être prudent avec tous ceux qui reviennent du Portugal aujourd'hui."
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Frank Vandenbroucke ne cache pas son inquiétude par rapport à la situation épidémiologique au Portugal. Pour l'instant, les autorités belges n'ont pas encore édicté de mesures pour les voyageurs qui reviennent de ce pays. "Tester les voyageurs qui rentrent du Portugal et qui n'ont pas encore été complètement vaccinés: je ne comprends pas pourquoi c'est trop demander à certains. Le Portugal compte actuellement environ trois fois plus d'infections que nous, et le variant delta y est deux fois plus fréquent qu'ici. La probabilité que des personnes soient infectées par cette variante est six fois plus élevée qu'en Belgique. Il y a suffisamment de raisons d'être prudent avec tous ceux qui reviennent du Portugal aujourd'hui."N'est-il pas illusoire de penser que nous pouvons encore arrêter le variant delta ?Frank Vandenbroucke: Nous ne pouvons pas l'arrêter. Ce que nous devons faire, c'est nous assurer que nous ne laissons pas de trous dans notre digue. La campagne de vaccination est une course contre le virus. Nous pouvons gagner cette course, mais nous ne devons pas donner d'avantage supplémentaire au virus.On parle de voyages depuis des mois. Pourtant, dès le premier jour des vacances, les politiciens semblent en désaccord sur les règles de voyage. Sommes-nous une fois de plus mal préparés pour l'été ?Nous ne nous attendions pas à voir une telle résurgence en Europe si tôt. Mais il ne faut pas exagérer ces discussions. Tout au long de l'été, nous allons devoir revoir les règles. Nous avons une liste de pays hors d'Europe avec des règles strictes, et nous allons même les évaluer chaque semaine.Il est dommage que l'on ne prenne pas la décision évidente pour le Portugal. La recrudescence y est vraiment inquiétante, mais je pense qu'elle restera une exception. Il ne s'agira pas d'une cascade de foyers inattendus. Si le variant delta est effectivement présent partout dans la même mesure, nous n'avons évidemment pas besoin d'imposer des restrictions supplémentaires de voyages. Malheureusement, le Portugal est simplement en avance par rapport à nous. Je ne peux que déconseiller aux personnes qui n'ont pas encore été vaccinées de se rendre au Portugal.Êtes-vous confiant dans la course contre le virus cet été ?Je suis confiant, oui. Notre campagne de vaccination se déroule très bien, nous sommes maintenant l'un des pays qui vaccinent le plus rapidement du monde. La volonté de se faire vacciner est très élevée ici, et nous sommes également l'un des rares pays à avoir réussi à protéger un million et demi de personnes souffrant de pathologies sous-jacentes telles que le diabète et l'hypertension artérielle. C'est déjà une digue solide.Toutefois, nous ne devons pas crier victoire trop tôt, c'est ce qu'on voit aussi en Grande-Bretagne. La Grande-Bretagne a un mois d'avance sur nous pour les vaccinations et deux mois d'avance pour la propagation du variant delta. Leur situation est désormais bien pire que la nôtre. Nous devons donc être très prudents, en tout cas jusqu'à ce que beaucoup plus de personnes soient complètement vaccinées. Les gens ne sont pas bien protégés tant qu'ils ne sont pas complètement vaccinés.Pour l'instant, chacun voit tous les matins dans les journaux les chiffres en baisse spectaculaire des infections et des admissions à l'hôpital.C'est fini. Les chiffres augmentent à nouveau. C'est l'inconvénient des moyennes hebdomadaires : nous apportons les bonnes et les mauvaises nouvelles trop tard. Chacun doit continuer à faire attention. Nous avons traversé une pandémie qui a tué 25 000 personnes rien que dans notre pays. On ne peut pas l'oublier. D'autant plus que le virus a déjà prouvé qu'il crée toujours des rebondissements inattendus.Vous attendiez-vous à la chute rapide des chiffres ? Après le comité de concertation annonçant de grands assouplissements, vous avez estimé qu'il valait mieux fixer des objectifs chiffrés, tels que 500 patients en soins intensifs. Nous sommes tombés en dessous très rapidement.En effet, je voulais que nous affichions ces ambitions. Cela prouve également que nous aurions pu le faire facilement.Ou ça prouve que vous étiez trop inquiet.Il est de mon devoir, en tant que ministre de la Santé, de m'en préoccuper. Nous devons être armés au cas où les choses tourneraient mal. Ce n'est pas parce que ça n'a pas mal tourné que ce n'était pas une bonne idée.Une enquête réalisée par Le Vif et Knack le mois dernier révèle qu'environ la moitié des Belges sont pessimistes quant à la fin de la crise de la corona après l'été. Que leur répondriez-vous ?Je ne suis pas pessimiste, mais je crains les accidents en cours de route. Le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies indique également que, pour l'instant, il n'y a pas lieu de s'inquiéter beaucoup des premières semaines de juillet, mais qu'il faut faire attention au mois de septembre et à l'automne. Supposons qu'en août, de grands groupes de jeunes de 15 à 25 ans soient infectés. Il n'est pas nécessaire qu'ils tombent gravement malades pour subir les conséquences graves du virus. Allons-nous alors rouvrir toutes les écoles en septembre en toute sérénité ? Je ne demanderais pas mieux. Mais je ne suis pas encore tout à fait tranquille.J'espère que cet automne, nous n'aurons pas à nouveau une situation tendue. Nous n'aurons certainement pas à revenir à l'arsenal brutal de mesures que nous avions pendant le confinement. Au fond, dès aujourd'hui, la réponse se trouve dans ce que je préfère appeler simplement la "santé publique". Nous devons veiller à ce que notre population soit et reste en bonne santé, et ne pas nous contenter d'agir lorsque quelqu'un est malade ou - pire encore - lorsque les hôpitaux risquent d'être débordés. Nous devons donc consacrer beaucoup plus d'efforts à la prévention, par exemple en investissant massivement dans la ventilation. Le Parlement flamand a récemment approuvé une résolution de Caroline Gennez (Vooruit) à ce sujet. C'est un très bon texte, que les ministres de l'Enseignement feraient bien d'accrocher au-dessus de leur lit.