La N-VA regarde attentivement, mais à distance, vers les trois "rois mages", comme on les surnomme en Flandre. Georges-Louis Bouchez (MR), Joachim Coens (CD&V) et Egbert Lachaert (Open VLD) tentent depuis plusieurs semaines déjà de faire émerger une solution gouvernementale.
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La N-VA regarde attentivement, mais à distance, vers les trois "rois mages", comme on les surnomme en Flandre. Georges-Louis Bouchez (MR), Joachim Coens (CD&V) et Egbert Lachaert (Open VLD) tentent depuis plusieurs semaines déjà de faire émerger une solution gouvernementale. Les trois négociateurs font un pas en avant, un pas en arrière. Plus de 400 jours après les élections, la formation a atteint un nouveau creux au début de cette semaine. Une réunion prévue avec les six partis pour une formation dite "Arizona" (CD&V, CDH, Open VLD, MR, N-VA et sp.a) est tombée à l'eau. Le non-évènement a donné lieu à des échanges, réactions et piques en direct sur différents réseaux sociaux. Du côté de la N-VA, on n'a pas bronché, elle qui est pourtant indispensable pour la mise en place de la coalition Arizona. Mais ce n'est pas si évident. Les reproches entre le sp.a et les trois négociateurs ont fusé. Il s'agissait surtout des lignes rouges des socialistes, autrement dit, les garanties que Rousseau voulait avant de vouloir s'asseoir à la table des négociations. La rencontre a finalement pu avoir lieu ce jeudi, ce qui confirme que le dialogue, rompu début de semaine, est de retour et que l'Arizona est toujours en projet. Hier, c'est le président du cdH, Maxime Prévot, qui avait rencontré Bouchez-Coens-Lachaert.On a demandé aux socialistes flamands leurs exigences, et de lâcher le PS. Mais ces dernières semaines, pas un mot n'a été dit sur les exigences du plus grand parti du pays, la N-VA. Pourquoi ce silence assourdissant, se demandent nos confrères de Knack. Tout d'abord, le président Bart De Wever a adhéré à une devise simple : ne réagir publiquement que si les événements l'exigent, s'il y a un véritable rebondissement. Malgré l'agitation politique de ces dernières semaines, on n'a guère avancé en termes de contenu, mais si, cette semaine, les contacts avec les partenaires potentiels se sont finalement renforcés.La dernière déclaration remarquée de De Wever, c'était fin juin. Gwendolyn Rutten (Open VLD) avait alors affirmé que la N-VA avait proposé à son parti de gouverner avec le Vlaams Belang pour constituer le gouvernement flamand. Interrogé sur une chaine locale anversoise, le président de la N-VA a répondu, non sans sarcasme, qu'il préférait tondre son gazon plutôt que de réagir.À côté de ce silence officiel, on peut néanmoins noter quelques piques échangées entre la N-VA et le s.pa. Par exemple, après l'annulation de la réunion de lundi, les jeunes N-VA ont publié un montage avec la tête de Rousseau, 27 ans, sur une pierre tombale, symbolisant la fin de son "courage politique". Dans un passé pas si lointain, Rousseau n'a pas été embrassé à mort par De Wever.Sander Loones y a également été de sa petite pique : "Plus d'un an après les élections... mais le sp.a et Conner Rousseau pensent toujours qu'il est 'trop tôt' pour venir à une table des négociations. (...) La Belgique ne fonctionne pas." Un message repris en substance par Theo Francken : "Les plus grands défenseurs de la patrie l'enterrent."L'agitation entre les partis politiques traditionnels désarçonne la N-VA. Il n'est pas surprenant que des partis comme le Vlaams Belang et, dans une certaine mesure, la N-VA elle-même, essaient de mettre des bâtons dans les roues du modèle belge. Mais le fait que les présidents du MR, du CD&V, de l'Open VLD, et du sp.a gâchent la fête en public, même le plus grand parti nationaliste flamand ne l'avait pas vu venir. "Si cela ne tenait qu'à nous, la formation serait sur les rails depuis longtemps", lance non sans ironie un membre de la N-VA. "Les déclarations publiques des autres partis alimentent la méfiance et cela conduit à une impasse totale." Ainsi, la N-VA poursuit la ligne qui a été suivie depuis des mois : ce sont les autres qui gâchent tout. Et tant que la N-VA estime que les partis traditionnels déroulent eux-mêmes le tapis rouge de l'anti-politique, pourquoi dont y contribuer ? Autant rester dans l'ombre et laisser faire. Sans fuites et les petites phrases auxquels la N-VA nous avait habitué, il est difficile d'évaluer dans quelle mesure le parti souhaite réellement participer à l'Arizona. Mais la discrétion est également une stratégie de prudence : l'Arizona pourrait être la dernière coalition possible qui rende la N-VA indispensable. En tout cas, il est clair que la faim de gouverner est grande à la N-VA - mais pas à n'importe quel prix. Le ministre-président flamand Jan Jambon (N-VA) a présenté les contours d'un futur accord de coalition à Knack cette semaine (également disponible en français via ce lien) : "S'il s'agit d'un programme de gauche sans réforme de l'État et sans politique de sécurité et de migration digne d'intérêt, ce n'est évidemment pas la peine de nous l'envoyer."Quoi qu'il en soit, le parti ne peut pas se reposer sur ses lauriers. Depuis que les socialistes Rousseau et Magnette ont lancé la piste du gouvernement minoritaire consistant en une tripartite classique, l'ingéniosité s'est développée à la Rue de la Loi. Dès le début de la mission des "trois rois mages", il a été dit qu'une coalition minoritaire n'était pas l'option favorisée. La N-VA constate aujourd'hui que l'appel à une majorité flamande ne résonne plus guère chez Joachim Coens et reste donc méfiante. Chaque erreur peut être payée cash.